Le Cahier de doléances


Le Cahier de doléances de la Foye a été publié dans
l'ouvrage de Léonce Cathelineau : Cahier de doléances des sénéchaussées
de Niort et de Saint-Maixent.
L'auteur en étudie notamment le contenu,
où il relève quelques similarités avec celui des paroisses voisines.
Ainsi la paroisse du Cormenier, placée sous la même autorité des Bénédictins, 
et qui se plaignait elle aussi du Chanoine Müller.

En l’absence du seigneur Müller, aucune décision ne put être prise lors la première assemblée paroissiale du 24 août. Mais la semaine suivante le ton avait changé : les membres de l’assemblée déclarèrent pouvoir se passer du châtelain. Ils firent sans plus attendre le compte rendu des premières revendications.

En fait de revendications, ce sont surtout des observations qui décrivent la pauvreté des paroissiens par rapport à des impôts jugés trop lourds. Il y avait aussi la vétusté de l’église, le délabrement du presbytère et le mauvais état des chemins et des routes, qui nuisaient au commerce. Mais le procès verbal contient déjà l’essentiel des doléances.

Müller, abbé commendataire qui n’entretenait aucun contact avec eux, n’en fut pas moins choisi par le clergé pour représenter la paroisse aux États-généraux. En mars 1789, il se rendit à Poitiers où il participa à la rédaction du Cahier du clergé diocésain. [1]

Au même moment, respectant en cela l'échéance donnée par le roi, Vien avait procédé à la rédaction du Cahier de la Foye. Celui-ci fut apposé de vingt-et-une signatures et porté à Niort par les délégués Jousseaume-Beaupré et Rondeau.

Le contenu du Cahier porte essentiellement sur des aspects pratiques de la vie des paroissiens : on y propose le remplacement de la corvée par l’entretien des chemins, ainsi que l’allégement ou la suppression de certains impôts. En particulier de la dîme honnie perçue par Müller. Se basant en cela sur le procès verbal de l’assemblée du 14 septembre, Vien met en avant les difficultés économiques de la commune, dues à la nature aride du terrain, et l’impact que les impôts ont sur les maigres revenus des paysans. [2]

Quelles que furent, ailleurs en France, les causes réelles des soulèvements –et les influences politiques qui les motivaient parfois–, pour nos bourgeois, notables et marchands provinciaux, et à l’exception peut être de Bory, l’objectif n’était pas de se liguer contre la monarchie. Tous souhaitaient une réforme de l’administration et des impôts. Il s’agissait avant tout d’améliorer leurs conditions de vie, précaires pour beaucoup, médiocres même pour les plus aisés, et de faciliter le développement de l’économie. En finalité, il était devenu nécessaire pour cette bourgeoisie aspirante de débloquer une société verrouillée par les élites.

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Notes
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[1] Plusieurs curés venus des paroisses alentours s’y trouvaient également :  Girard, curé de Marigny, Arnaud, curé du Cormenier et fondé de pouvoir de Melin, curé de Belleville, Landey, diacre, fondé de pouvoir de Bidault de la Chauvetière, curé de la Charrière et Cortial, prieur-curé de Saint-Martin-d’Augé, fondé de pouvoir du curé de Prissé. [Henri Demellier, curé de Saint-Étienne-la-Cigogne, Notes Historiques sur le Canton de Beauvoir, 1921, p24].   [<-]

[2] Les paroisses craignaient toujours de nouvelles impositions. Aussi tentaient-elles d’écarter cette éventualité en exagérant leurs malheurs : « Si l’on parcourt les enquêtes faites par l’autorité civile ou ecclésiastique, les rapports des intendants de provinces sous Louis XVI, les cahiers de doléances des paroisses en 1789, les renseignements sont lamentables, la misère de la France semble inouïe. Pour peu que l’on soit familier avec les documents de l’ancien régime, en ce genre, on sait qu’ils sont fort pessimistes. Ceux à qui le gouvernement demandait des statistiques, craignaient toujours qu’il ne s’agît d’une imposition nouvelle à établir, et, dans le doute, ils jugeaient prudent de pousser au noir et de crier famine par avance, pour réclamer après plus efficacement. Il ne faut donc pas prendre trop au pied de la lettre les appréciations qui ont été publiées par divers auteurs. » [Wikisource, Paysans et ouvriers depuis sept siècles]

Cette mentalité était en partie héritée des injustices grossières commises lors de la répartition d'impôts comme la taille, qui « étouffait chez les taillables l’esprit d’entreprise, les empêchait d’améliorer leur sort, leur faisait une nécessité de cacher comme un crime l’aisance dont ils pouvaient jouir, et de paraître misérables, alors même qu’ils étaient au dessus du besoin. » [Marcel Marion, Impôts Directs sous l’Ancien Régime, principalement au XVIIIe siècle, 1910, p8]   [<-]


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