1659-1661 : Collecte de la taille
à la Foye-Monjault


Liste des paroissiens devant encore une partie de leurs impôts en 1661.


Acte établissant les dettes des paroissiens de la Foye-Monjault, relatives au rôle de la taille de 1659, passé chez POIRIER et BRUNET, notaires à Niort, le 19 février 1661.

Communiqué par Stéphane DALLET.
Transcription originale de Nicolas LAWRIW.
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Extrait des restes dus par les particuliers cotisés aux rôles des tailles de la paroisse de La Foye-Monjault, 1659.

Premièrement la veuve SIBARD CHASTAIN       1 sol
Jean FOUCHER journalier                                    41 sols
Claude SAVARIT                                                       2 sols
La veuve François PINS                                           2 sols
François POIRIER                                                  35 sols
François ALBERT                                                    12 livres
Philipes GUITTEAU                                               12 sols
Michelle BERLIN                                                     6 sols
Jacques LOISEAU                                                  21 livres, 10 sols
La veuve Jacques JAGUIN                                   20 sols
Louis POIRIER                                                       30 sols
La veuve Jacques MERLAUD                                 1 sol
Nicolas ROUSSEAU                                              40 sols
Paul BEAUMONT                                                    8 livres
La veuve Jacques PÉLISSON                               35 sols
Mathurin ALLEAU                                                  11 livres
François PÉROCHE                                                 4 livres
Pierre PASTUREAU                                                 3 livres
La veuve THIBAUD                                                  1 livre

Somme toute : 71 livres, 15 sols.

Signé : POIRIER et BRUNET

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Texte


Par devant les notaires et tabellions royaux à Niort souscrits, ont étés personnellement établis et dument soumis Jean FORESTIER et Mathurin MICHAUD, demeurants en la paroisse de la Foye-Monjault, et deux des collecteurs de l’année 1659 [Michel BURGAUD et André ARNAULT], d’une part, et Me Michel POIRIER, notaire dudit lieu de La Foye-Monjault, y demeurant en nom, et ayant déchargé Michel BURGAUD et André ARNAULT, en outre de [7] FORESTIER et MICHAUD, de leur collecte.

Lesquelles parties, en conséquence de la sentence rendue par messieurs les officiers de l’Élection de cette ville, le 15 janvier dernier, et après s'être aujourd'hui réunies, ont compté entre eux la recette faite par ledit POIRIER sur les rôles des tailles de ladite paroisse, ont pris en compte les paiements faits à la recette par les partis respectifs, ainsi que l'ensemble des frais contractés pour ladite collecte, et pour les deux il a été soustrait par le receveur de l’Élection de cette ville les frais de gîte et geôlage [frais d'emprisonnement] précédant ladite sentence, et autres dépenses faites auparavant, le tout diligemment vérifié par ceux examinés et leurs procureurs.

Il est admis que ledit POIRIER doit payer à la décharge desdits FORESTIER et MICHAUD, à ladite recette, la somme de 59 livres restantes, et garantir lesdits FORESTIER et MICHAUD dudit paiement, dans lequel jugement est compris une quittance de 80 livres, pour lesquelles ledit POIRIER a dit avoir été payée par ledit ARNAULT, l’un de ceux qui a été déchargé et qui sera tenu pour faire valoir.

Et encore c’est trouvé redevable audit POIRIER envers ledit FORESTIER, la somme de 23 livres, laquelle somme ledit POIRIER lui a promis payer dans un mois.

Comme encore ledit MICHAUD s’est trouvé redevable envers ledit FORESTIER de la somme de 30 livres 7 sols, qu’il a promis lui payer dans ledit temps d’un mois.

Demeurent convenus entre lesdites parties les restes des tailles dues par les particuliers, mentionnées au mémoire, attaché aux présents montants, la somme de 71 livres et quinze sols, que ledit POIRIER a affirmé être dû, sauf qu'à l’égard de François ALBERT, pour lequel il reste 12 livres, les parties ont reconnu avoir reçu une barrique de vin dont il faut prendre en compte la valeur.

Pour ce qui est des profits de la recette, il est convenu que chacun se partagera une moitié, et que ledit POIRIER recevra l’autre moitié, de même que les dettes seront recouvrées à frais communs, selon qu'il en aviseront. Et dans le cas où il serait dû quelques frais à la recette, outre ceux qui ont été pris en compte, seront payés par les parties pour les portions dont ils traitent, sans préjudice auxdits FORESTIER et MICHAUD, les frais des instances par eux poursuivies, autre que celle adjugée pour ladite sentence ci-dessus, datée, contre ledit POIRIER, frais et mises des faits en conséquence, qu’encore les gîtes, geôlages et nourriture dudit FORESTIER et ses frais d’instance et procès par lui intenté contre les parties, tous sont demeurés d’accord pour un règlement à l’amiable, sans aucun dommages et intérêt [...]

Et là ou ils n’en pourront convenir, ces derniers seront taxés par lesdits sieurs, officiers de l’Élection, lesquels frais arrêtés ou taxés seront ceux dudit POIRIER, lequel a promis et sera tenu de les payer auxdits FORESTIER et MICHAUD, suivant les portions qui leur échoueront avant le jour de la Toussaint prochaine.

Et en considération des présentes, et pour parvenir par ledit POIRIER à retirer quittance générale dudit receveur en payant ce qui est dû ci-dessus sur le reste, lui ont remis trois quittances, l’une en datte du 9 août d'un montant de 33 livres, payée par ledit MICHAUD, l’autre du même jour d'un montant de 39 livres, payée par ledit FORESTIER, et la dernière du 14 du présent mois d'un montant de 80 livres, payée par ledit FORESTIER [...] intégrées audit présent compte, moyennant quoi lesdits FORESTIER et MICHAUD ont donné pleine et entière main levée [ont renoncés à saisir], dès à présent, audit POIRIER, des bestiaux et meubles, sur lui exécutés à ladite requête et [...] les dépositions, les restitutions, ce faisant qu’il en soit et demeure valablement déchargé, tout ce que dessus lesdites parties ont respectivement stipulé et accepté, promis et promettent, entretenir, garder, et accomplir, et à ce faire ont juré leur foi, obligé, hypothéqué tous et chacun de leurs biens, présents et futurs, et entre lesdits POIRIER et MICHAUD, leurs personnes à tenir prison comme pour deniers royaux renonçant, etc. jugement, etc. fait et passé audit Niort, en l’étude de moi THIBAULT, cet après midi, le 19 février 1661.

Lesdits FORESTIER et MICHAUD ont déclaré ne pas savoir signer.

Signé : THIBAULT, POIRIER et quelques autres.

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Lecture et commentaires


Cet acte fut rédigé en février 1661, juste avant la mort de Mazarin. Il dresse d'abord la liste des habitants qui ne s'étaient toujours pas acquittés de l'impôt de la taille pour l'année 1659 [1], en faisant les comptes des sommes dues par chacun. Il établit ensuite les coûts de gestion des dettes pour les différents partis impliqués (notaire et collecteurs).

Sous l'ancien régime, la paroisse de la Foye-Monjault était à la fois une seigneurie et un prieuré, qui dépendait des bénédictins de l'abbaye de Montierneuf. Les villageois payaient donc des impôts locaux comme la dîme et le terrage au prieur, abbé châtelain du lieu. [2]

Mais le principal impôt était celui de la taille, qui revenait au roi. La Foye dépendait pour cela de l'Élection de Niort. Chaque année, l'intendant de cette ville fixait le montant dû par la paroisse [3]. Les villageois élisaient alors un syndic qui, avec ses adjoints les collecteurs, avait pour tâche de répartir cette somme entre eux. En général les collecteurs étaient désignés d'office. Malgré une rémunération par ailleurs très modeste [4], c'était une corvée ruineuse et redoutée. [5]  

Ici, c'est le notaire Michel POIRIER, exerçant à la Foye, qui est responsable de l'administration des dettes. Il en rend compte à l'Intendant et se porte garant du paiement final de la somme convenue, hypothéquée sur ses biens. En tant que tel, il n'hésite pas à poursuivre en justice les collecteurs qui ne parviennent pas à récupérer les impôts dus par les particuliers. Les collecteurs devaient s'acquitter du montant et pouvaient être emprisonnés, le temps du procès, à Niort. C'est bien ce qui semble s'être produit avec Michel BURGAUD et André ARNAULT, remplacés l'année suivante par Jean FORESTIER et Mathurin MICHAUD.

À l'occasion de cette transition, Michel POIRIER doit établir les sommes toujours dues par les paroissiens, mais il doit aussi fait les comptes de la recette de l'année précédente, afin de décharger Michel BURGAUD et André ARNAULT de leurs fonctions.

Dans l'acte de dissolution de communauté de 1668, nous retrouvons justement Michel et André. Il est fait état d'une dette existant entre les deux (Michel lui devait encore 12 livres et 15 sols [6]), qui fut sans doute contractée à cette occasion.

Michel POIRIER, époux de Catherine BONNIN, fut notaire à la Foye où il décèda en janvier 1683. Dans cet acte, on relève « qu'il n'y réside encore qu'en nom ». Pourtant, lors de son mariage en 1645 à Prahecq, il est dit de la Foye-Monjault avec ses parents. Sachant qu'André ARNAULT se rendra aussi à Niort chez le notaire THIBAULT pour l'acte de dissolution de communauté de 1668, se pourrait-il que l'amertume engendrée par l'expérience de la collecte lui ait fait préférer les services de THIBAULT, quitte à devoir se déplacer à Niort, plutôt que ceux de POIRIER au village ?


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Notes
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[1] Pour référence, en 1716, selon la description des paroisses du diocèse de Saintes dans l’élection de Niort, la taille collectée à la Foye-Monjault rapportait 1 712 L, le fourrage 102 L, la capitation 400 L, et le dixième 418 L (pour 560 habitants, soit 112 feux).   [<-]

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[2] À l'origine, le prieur résidait au monastère situé au centre du village. Mais dès 1471, avec Jean de Châteauneuf, ces derniers devinrent abbés commendataires, résidant à Poitiers ou à Paris. Il déléguèrent alors leurs fonctions religieuses au curé, et la gestion de la collecte des impôts à des fermiers généraux.   [<-]

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[3] Chaque année, vers février, était arrêté au Conseil le brevet de la taille de chaque généralité. Puis venait la répartition entre les diverses élections de chaque généralité (les commissions), puis la répartition entre les diverses paroisses d’une même élection, sous l’autorité de l’intendant. [Marcel Marion, Impôts Directs sous l’Ancien Régime]   [<-]

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[4] Le salaire des collecteurs était de 6 deniers pour chaque livre collectée pour le premier brevet (qui s’ajoutait au principal), puis de 4 pour le second (qui étaient déduits des sommes restantes). Il ne suffisait pas à compenser les risques encourus. [Marcel Marion, ibid]   [<-]

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[5] Les collecteurs, qui avaient leur grosse part de responsabilité dans les frais faits aux redevables, qui pouvaient être complices ou malhonnêtes, étaient néanmoins plus souvent encore victimes. Il leur arrivait d’éprouver sur leur personne, sur leurs biens, l’effet des haines qu’excitait nécessairement contre eux la mission dont ils étaient chargés. Surtout responsables de la rentrée des impositions, ils étaient exposés à saisies, exécutions, emprisonnements, etc. Parfois, ils étaient volés des deniers qu’ils avaient si péniblement recueillis. Comme la taille ne rentrait jamais dans l’année courante, certains étaient obligés, pendant deux ans ou plus, de laisser leurs affaires à l’abandon pour parcourir la paroisse au milieu des malédictions, et tâcher d’arracher un argent qu’on ne leur donne jamais qu’à contrecœur. En fait, cette charge était tellement redoutée que des hommes désertaient leur paroisse pour s'y dérober, et que l'on devait parfois  nommer des femmes pour faire la collecte. [Marcel Marion, ibid]

Parfois, selon les localités, le syndic et l'assemblée paroissiale pouvaient lancer un appel d'offre pour la collecte. Pour chaque livre de revenu, le collecteur prenait un pourcentage allant de 2 à 12 deniers. Les appliquants qui demandaient le plus petit pourcentage remportaient le marché et étaient nommés collecteurs. Ils peuvent être de la commune ou d'ailleurs et doivent seulement être eux-même suffisamment imposés. Ces marchés sont donc réservés aux plus aisés. Une fois le marché conclu, la communauté passe un bail avec le (ou les) collecteur en indiquant toutes les modalités. Le supplément induit par les frais de collecte sera ajouté aux impôts. A chaque imposition on écrit un rôle (liste) des contribuables avec la somme à payer. Le collecteur engage ses propres fonds, il doit remettre la somme demandée au receveur (d'où la recette) qu'il ait terminé la levée ou pas. De nombreux livres de compte sont tenus pour ne pas s'y perdre mais ils ne sont pas toujours très clairs ! Si un propriétaire n'est pas en mesure de payer son dû, on pourra lui confisquer une de ses terres. Les comptes sont examinés par des comptables. Tout cela donne lieu bien entendu à beaucoup de problèmes, de discussions et de procès (souvent réglés par conciliation devant les officiers ordinaires du lieu). Ce texte traduit parfaitement cette complexité comptable pour savoir qui doit combien à qui. [Nicolas Lawriw]

Pour en savoir plus, voir L’impôt de la taille au XVIIe et XVIIIe siècle.   [<-]

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[6] Cf. à l'acte de dissolution de communauté de 1668 : « le dit ARNAULT père a promis de transmettre à son fils une obligation contre Michel BURGAUD, de la somme de douze livres et quinze sols, pour s'en faire payer du dit BURGAUD... »   [<-]

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[7] Le terme utilisé dans le texte original est « parsommé » que nous avons traduit par « en outre ». Définitions : Parsomme, s. f. : somme complète, total, fin  |  Parsommer, v. a. : accomplir entièrement  |  Parsommet, adv.: en outre, en surplus de. [Nicolas Lawriw]   [<-]

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