1809 : Lettre de Pierre LÉVESQUE
à sa famille



























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Monsieur Alexis Lévesque
tonnelier à la Foye-Monjault
Département des Deux Sèvres
à Niort en Poitou

 [postée le] 13 juin 1809

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Fait à Colmar, le 4 juin 1809

Mon cher père et ma chère mère, j’ai reçu votre lettre le 5 mai, en date du 24 avril, qui m’a fait un sensible plaisir d’apprendre que vous jouissiez d’une bonne santé, ainsi que mon frère [4] et mes sœurs [5], et mon beau-frère [6], mon oncle François Lévesque [7], et ma cousine qui est chez lui, ainsi que tous mes parents et amis, ainsi que Jean Baudin et sa femme [8] et son beau-frère Jean David [9], ainsi qu’Antoine Massé, ainsi que Pierre Boyer [10] et son père, et toute la famille.

Vous ferez mes compliments à tous nos voisins et amis. Pour moi, je me porte bien. J’ai pour camarade le fils de Pierre Festy de Saint-Symphorien. Il faut que vous m’écriviez pour me dire dans quels régiments se trouvent mes autres camarades, ce qui me permettrait de leur envoyer de mes nouvelles.

Mon cher père, je vous pris bien de me faire passer la somme d’un Louis, si vous pouvez me prêter de l’argent. Mais faites-moi passer la réponse de suite, car nous partirons bientôt pour aller rejoindre le régiment qui est en Autriche.

Je ne trouve rien à vous écrire de plus pour le présent. Quand vous m’aurez répondu, j’aurais surement du nouveau. Je finis en vous embrasant de tout mon cœur.

Votre cher fils Pierre Lévesque

Pour m’écrire, mon adresse est à monsieur Pierre Lévesque, cuirassier au 11e régiment stationné à Colmar, département du Haut-Rhin.



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Contexte


Cette lettre fut envoyé par le soldat Pierre LÉVESQUE, depuis Colmar en Alsace, à sa famille restée au village.

Jeune journalier de 19 ans, Pierre est le fils d'Alexis LÉVESQUE et Marie DURAND. Son père, tonnelier, avait été nommé adjoint municipal en 1789 et 1790 afin de participer à la collecte des impôts. Son oncle François LÉVESQUE est le gérant de l'une des auberges du village.

En mars 1809, la France est de nouveau en guerre. Elle fait face aux troupes de la Ve coalition, emmenées par l’Empereur François Ier d'Autriche, qui vient d'attaquer la Bavière alliée de Bonaparte.

Depuis 1798, la loi Jourdan-Delbrel avait instituée un service militaire obligatoire permanent, touchant tous les hommes de vingt ans.

Un quota de 42 soldats est fixé cette année-là pour le canton de Beauvoir, duquel La Foye-Monjault fait partie. Pour savoir qui rejoindra l'armée parmi ceux qui sont nés en 1790, on procède à un tirage au sort. Pierre est sélectionné avec sept autres jeunes gens de sa commune... [1]

L'arrivée au dépôt
[source : arrivée des conscrits]

Extrait du registre des conscrits pour l'année de naissance 1790.

Réformé dans un premier temps, cette réforme est peut être annulée, ou bien il se porte volontaire. Il est en tout cas affecté au 11e régiment de cuirassiers. En juin, il est stationné en garnison à Colmar [2] où il vient de terminer sa formation militaire.

En avril et mai, son régiment avait pris part aux batailles d’Eckmühl et de Ratisbonne (Bavière) puis à celle d’Essling (Autriche), où il s'apprête à les rejoindre. Son arrivée devrait servir à combler les pertes subies lors des affrontements précédents. D’ici à un mois, il se battra à Wagram et à Znaïm sous les ordres du colonel Pierre DUCLAUX [3].


Charge des cuirassiers à Wagram.

Bonaparte observant le déroulement de la bataille de Wagram en juillet 1809.

En 1812, il suivra Bonaparte jusqu’en Russie où il sera porté disparu.

Un cuirassier de la Grande Armée lors de la retraite de Russie.

Liste des soldats des guerres napoléoniennes de la commune.


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Notes

[1] Sélectionnés par tirage au sort avec lui parmi les conscrits de la commune : Louis BROTTIER, N˚15. Réformé pour la somme de 65.08 Fr, il n'en est pas moins incorporé au 72e régiment de ligne en mars 1809. Il participe aux campagnes de 1809, 1810, 1811 et à celle de Russie en 1812. Blessé aux jambes le 17 août 1812 lors de la bataille de Smolensk, fait prisonnier de guerre le 30 septembre, il décèdera en Russie ; Michel DHIVER, N˚16, né de parents inconnus et domicilié à la Foye en 1809, est réformé car l'un de ses frères (adoptifs ?) est déjà conscrit ou bien s'est porté volontaire ; Louis GUITTEAU, N˚17, est incorporé dans les conscrits de la Garde le 17 mars 1809. Il rejoindra le 82e régiment de ligne et décèdera à l’âge de 25 ans à l’hôpital de la Salpêtrière, à Paris, le 28 février 1814. (Pierre LÉVESQUE, N˚18).  Pierre MISBERT, dit Lavinette, N˚19, est incorporé en mars 1809 au 72e régiment de ligne. Il participe aux campagnes de 1809, 1810, 1811 et à la campagne de Russie en 1812. Il est fait prisonnier de guerre à la bataille de Leipzig (Allemagne), en octobre 1813, où il décède peu après ; Louis NOURRIGEON, N˚20. Réformé pour la somme de 73.25 fr mais incorporé au 72e régiment de ligne en mars 1809. Il participe aux campagnes de 1809, 1810, 1811 et à celle de Russie en 1812. Il est au camp de Boulogne jusqu'au 12 mai, mais il est fait prisonnier le 30 septembre. Il décèdera en captivité en Russie ; François NOLLEAU, N˚21, mis au dépôt, il souffre de mal de poitrine. Ses parents paient la somme de 29.68 fr pour sa réforme. Un renvoi de son cas devant le Conseil de recrutement le déclare apte au service le 11 avril 1811. Mais il est de nouveau réformé le 18 pour faible constitution après un nouvel examen. Il servira néanmoins en 1813 au 7e bataillon du train des équipages ; et Mathurin Félix RABETH, N˚22, né à Assais-les-Jumeaux et domicilié à la Foye, noté comme instituteur bien qu'âgé de 19 ans, est mis au dépôt dans l'attente d'une affectation. Son frère Michel avait déjà été affecté à la réserve l'année précédente. 

Pour comparaison, le nombre de conscrits tirés au sort pour l'année de naissance 1790 était de 99 pour le centre-ville de Niort, 15 pour Frontenay, 13 pour Marigny, 10 pour Usseau, 8 pour la Foye, 6 pour la Rochénard, 5 pour Aiffres et Juscorps, 4 pour Beauvoir, Brûlain, Fors, Le Grand-Prissé, Prahecq, Saint-Symphorien et Vallans, 3 pour la Charrière, 2 pour le Cormenier, et un seul pour Granzay, Gript et la Revêtizon.   [<-]

[2] Stationné à Colmar, Pierre LÉVESQUE savait-il qu'il n'était qu'à quelques pas de l'ex-prieur MÜLLER, revenu de l'émigration et fait chanoine honoraire de la cathédrale de Strasbourg...   [<-]

[3]  Le 11e régiment de cuirassiers était commandé par le colonel Antoine Constant Dioville BRANCAS jusqu'à la blessure de ce dernier à la bataille d'Essling, le 21 mai 1809. BRANCAS fut ensuite remplacé par le colonel Pierre DUCLAUX.   [<-]

[4] Jean Alexis (˚1783)   [<-]

[5] Marie Agathe (˚1776), Françoise (˚1792) et Catherine (˚1796), toutes les trois présentes lors du partage des biens de 1814.   [<-]

[6] Louis TAINON   [<-]

[7] Époux d'Anne MÉLOCHE. Cabaretier au village, peu avant son décès.   [<-]

[8] Marguerite GUITTEAU   [<-]

[9] Beau-frère par alliance. Jean BODIN est relié à Jean DAVID par l’intermédiaire de Marie DAVID, sœur de ce dernier et épouse de son cousin germain Pierre Jean BAUDIN, dit Dinet, fils de Pierre BAUDIN, premier maire de la Foye-Monjault de 1790 à 1795 (décédé en 1800).   [<-]

[10] Pierre BOYER (ou BOUHIER) est l'époux de Françoise LÉVESQUE, l'une des trois sœurs de Pierre LÉVESQUE. La seconde, Catherine LÉVESQUE était mariée à Louis BOYER, frère dudit Pierre BOYER. Le troisième frère BOYER, André François, était par ailleurs l'époux de Marie Madeleine BAUDIN, cousine du Jean cité dans la lettre. André BOYER, leur père, avait été nommé adjoint municipal en 1789 et 1790 afin de participer à la collecte des impôts avec Alexis, le père de Pierre LÉVESQUE, tous deux ayant fait partie de l'équipe municipale du maire Pierre BAUDIN durant la période révolutionnaire. Cette épreuve difficile avait dû forger une alliance durable entre ces trois familles Lévesque, Boyer et Baudin.
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Les cuirassiers

(Texte tiré du forum Stratégie totale) :

« Montée sur des chevaux lourds, cette cavalerie lourdement équipée a pour mission de provoquer, par une charge massive et souvent frontale, la rupture du front ennemi. C’est souvent d’elle que dépend l’issue des batailles.

Charge de cuirassiers à la bataille d'Eckmuhl en mai 1809.

Les cuirassiers étaient affectueusement surnommés les « gros frères » par la troupe. Leur uniforme était composé d’un haut bleu roi et d’un pantalon beige, tandis que leurs épaulettes étaient rouge vif. Ils portaient la cuirasse de fer poli, et un casque, inspiré de celui des dragons, sensés êtres à l’épreuve des balles, et même de la mitraille, ce qui fit qu’ils chargèrent parfois l’artillerie de front. Ils étaient armés du sabre droit de cavalerie lourde, de deux pistolets et, à partir de 1812, d’un mousqueton.



Le chant des Cuirassiers:

Au milieu de la bataille,
Sur les étriers de leurs grands chevaux,
Grisés par le sang, la mitraille,
Les cuirassiers chargent au galop.
C’est la charge, c’est la foudre,
C’est l’assaut dans le sang et dans la poudre.
L’ennemi s’enfuit, l’épée dans les reins,
Laissant tous ses morts sur le terrain.

Les cuirassiers sur les étriers
De leurs grands chevaux,
Pour mieux boire à la victoire,
Remettent vivement les sabres au fourreau. »



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