9 octobre 1790 :
Réponses au district
































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Contexte


En 1790, la France est un pays traumatisé par des années de disette, et l’économie est en faillite.

Arrivée au pouvoir avec l’appui de la pression populaire, l’Assemblée constituante à pour priorité de répondre aux attentes du peuple, exprimées dans les cahiers de doléances. À cette fin, l’État ordonne des enquêtes qui lui permettront de prendre des décisions politiques mieux informés. Par le biais des districts, on envoie aux municipalités des questionnaires visant à améliorer la gestion des ressources économiques de leur commune.

D’un point de vue historique, les réponses apportées par les conseils municipaux sont intéressantes. Elles décrivent divers aspects économiques de villages sur lesquels il n'existe parfois que peux d'informations. L'enquête est plus objective et mieux orientée que le contenu des cahiers, permettant de se faire une idée plus précise des ressources dont disposaient les habitants sous l’ancien régime : état des routes, description des axes de transports les plus populaires,  foires, marchés, types de cultures, types de bétail, etc…

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Texte

De la Foye-Monjault,
Le 9 octobre 1790 
Réponse de la municipalité de la Foye-Monjault aux différentes questions proposées par MM. les administrateurs composants le Directoire du District de Niort. 
Question : Quelle est l’espèce de grain qui est le plus propre à votre sol, et qui rapporte d’avantage si, année commune, vous en recueillez assez pour la nourriture de vos habitants, et l’extraction que vous pouvez faire de superflue, non seulement de celui qui est le plus analogue, mais même de tout autre que vous semez sans néanmoins avoir égard aux récoltes des cinq et dernières [années], qui n’ont malheureusement pas répondu à l’espérance des cultivateurs ?
Réponse : Notre sol, étant très sec, très maigre et très aride, ne produit qu’à force de fumier, que nous avons en très petite quantité, vu notre manque de pacage, pour lors que les grains que nous en récoltons en plus grande abondance est ordinairement le froment et l’avoine : mais de tous les habitants de ce lieu, il n’en est pas six ou huit qui les récoltent plus que ce qui leur est nécessaire pour la consommation de leur maison, et il n’est que six fermiers, et deux ou trois métayers qui la puissent vendre. Encore arrive-t-il souvent que les métayers vendent du froment pour acheter les autres espèces de grain qui leur sont nécessaires. Pour ce qui est de l’avoine, il ne s’en vend guère.
Question : Si les prés que vous avez produisent des foins de bonne qualité, si la récolte suffit à la nourriture de vos bestiaux, et si vous êtes à même d’en aider vos voisins ?
Réponse : Les seuls prés que nous ayons sont artificiels, et durent très peu, si pouvant mettre d’engrais : ils sont incapables de suffire pour la nourriture du bétail, aussi ceux qui en ont sont-ils obligés d’aller s’approvisionner dans les rivières de la Garette, Sansais, Doeuil, Thorigny et autres lieux voisins : il n’est aucun cultivateur qui en récolte la nourriture annuelle de son bétail, tous nos prés sont semés en sainfoin [plante herbacée autrefois très cultivée comme fourrage].
Question : S’il y a des vignes enfermées dans votre enceinte,
de quelle qualité est le vin ? Si vous êtes dans le cas d’en convertir une partie en eau de vie, la quantité que vous en pouvez vendre ?
 
Réponse : La plus grande partie de nos terres sont plantées en vignes, et c’est à proprement parler la seule culture dont notre sol soit susceptible. Le vin que nous recueillons est d’assez bonne qualité, mais lorsqu’il manque, nos colons sont réduits à une extrême misère, ne récoltant que très peu de blé, comme on l’a observé : les gelées des années précédentes ont fort altéré nos vignes. D’un autre côté, les bergers, qui malgré les lois, les coutumes et les ordonnances, y conduisent paître leur troupeaux, ne contribuent pas peu à leur dépérissement. Lorsque les années sont abondantes en vin, neuf ou dix particuliers font bruler une parti de leur vin, qu’ils convertissent en eau de vie, mais il n’en est peut être qu’environ 60 barriques qui sont vendues ici ces années-là, en y comprenant le fermier [seigneurial]. 
Question : Quels espèces de légumes, de fruits, l’expérience vous a appris à cultiver ? Si votre terrain est propre à la culture du lin et du chanvre ? 
Réponse : La sécheresse naturelle de notre terrain fait que très rarement nous recueillons des légumes, de sorte qu’il n’en est aucun à la culture duquel on se soit adonné particulièrement. On sème parfois du lin, mais en petite quantité : il vient toujours très petit. Quant au chanvre, on en sème que très peu, en quelques jardins, de sorte qu’on peut presque dire qu’on n’en sème point.
Question : Quelle espèce de bestiaux vous vous servez pour la culture de vos terre ? Si vous faites un gros commerce par les […] que votre localité vous permet de faire élève en gros bétail […] ? 
Réponse : Presque tous nos laboureurs se servent de bœufs pour la culture des terres. Quelques particuliers se joignent ensemble pour labourer leurs terres avec leurs chevaux, chacun fournissant du sien. Le défaut de pâturage est cause qu’on ne peut faire aucune élève en gros bétail. On est obligé d’aller quérir en les foires de Saintonge les bœufs dont on se sert. Quant aux bêtes à laine, il en est différent troupeaux en cette communauté, mais rarement on en vend. Souvent, la rigueur de l’hiver détruit presqu’entièrement les bergeries, faute de pouvoir les conduire aux champs, quoique à peine y trouvent-elles de quoi paître, étant d’ailleurs constant que c’est les plus pauvres, et ceux qui ont le moins de terre, qui ont les plus grands troupeaux, et qui n’ont rien à donner à leurs moutons pour les soutenir lorsque l’hiver est long et rigoureux. 

La carte routière de la Foye-Monjault au XVIIIe siècle.

Question :
Si vous êtes placés de façon à trouver dans les marchés voisins un débouché facile pour vos denrées ? Si les routes qui vous en séparent sont praticables dans toutes les saisons de l’année ? Quelles sont celles qui seraient dans le cas d’être réparées et même d’être ouvertes pour vous procurer ce précieux avantage ? 
Réponse : D’après les différentes observations ci-dessus, la seule denrée que nous récoltons est le vin, et par suite quelque fois de l’eau de vie, les marchés voisins qui nous peuvent procurer un débouché facile sont ceux de Niort et de Mauzé. C’est aussi à ces marchés-là que nous pouvons aller quérir les denrées dont nous avons besoin. Or, la route qui nous conduit de ce lieu à Niort est très mauvaise. L’hiver, durant une lieue et demi, jusqu’à ce qu’on ait […] ou la grande route de la Rochelle par Rohan-Rohan, ou celle de Saint-Jean-D’Angély par Beaussay. Pour ce qui est de celle de Mauzé, il est différents endroits où elle est presqu’impraticable durant les pluies, et cependant, elle serait d’une très grande ressource pour nous si elle était arrangée, vu que c’est auprès de Mauzé, un peu au-delà, que nous embarquons nos vins pour Fontenay-le-Comte, Luçon, et tout ce pays là, et que c’est toujours dans l’hiver et le mauvais temps que nous sommes obligés d’envoyer par nos charrettes le vin jusqu’au lieu d’embarquement. Il est encore une autre route qu’il serait bien nécessaire, tant pour nous que pour les habitants de la Rochénard, d’Usseau, de raccommoder et qui est totalement impraticable l’hiver et durant la plus grande partie de l’année : c’est celle qui conduit d’Épannes à la Garette, et qui passe par Sansais. Comme nous et ceux des paroisses ci-dessus dénommées vendent la plus grande partie de leur vin aux particuliers de la Gâtine, souvent on le conduirait à la Garette, ce qui éviterait les frais des deux côtés. Mais à cause des mauvais chemins, on est obligé de faire passer le vin par Niort. Nous avons oublié de dire, par rapport au chemin d’ici à Mauzé que s’il était arrangé, l’ancienne route de Chizé à la Rochelle pourrait par là facilement se renouveler, d’autant plus que c’est par cette route que les habitants du pays d’Aunis viennent quérir leur bois dans la forêt de Chizé. 
Question : Il n’est chez nous aucune manufacture quelconque. Le seul genre d’industrie à laquelle nos habitants s’adonnent est la culture de la vigne. C’est à ce genre de travail que tous, grands et petits, emploient tout leur temps la plus grande partie de l’année. Aussi, quand l’hiver est trop long et trop rigoureux, que le blé est trop cher, et que la récolte n’est point abondante, la plupart de nos habitants sont réduits à une extrême misère, que depuis trop longtemps ils éprouvent et ressentent. Il serait à souhaiter qu’on pu les occuper en hiver à quelconques travaux publics qui leur procurassent quelques soulagements. 
Nota : Au sujet de la sixième question, nous avons oublié de dire qu’il était un autre marché dans les environs : c’est celui de Beauvoir, chef-lieu de notre canton. Il n’est point à la vérité un débouché pour nous, mais c’est là où nous allons quérir le plus grande partie de nos comestibles, des cercles dans la saison, et nous allons vendre nos bœufs lorsque nous voulons nous en défaire. Le chemin qui conduit de ce lieu n’est pas précisément mauvais, mais il a besoin d’être arrangé en divers endroits, étant d’ailleurs trop resserré presque partout.  Plus, c’est la grande route qui conduit de Chizé à la Rochelle.
Il ne serait peut être pas hors de propos d’observer ici qu’une autre foire ferait beaucoup de bien, et pourrait procurer un grand avantage à notre communauté. Il est ici une assemblée où les domestiques sont accueillis pour le temps de la moisson, et c’est le jour de la fête de la sainte-Trinité [célébrée le dimanche qui suit la Pentecôte, c'est-à-dire le huitième dimanche après Pâques, entre mi-mai et mi-juin]. Si nous avions une foire établie ici, le lendemain de cette fête, différentes raisons nous feraient espérer que notre paroisse en pourrait tirer un avantage réel.  
Nous prions MM. les administrateurs du District de vouloir bien prendre cet objet en considération et d’avoir égard à cette demande et nos différentes observations. 
Fait et arrêté par nous maire et officiers municipaux de la paroisse de la communauté de la Foye-Monjault, le dixième jour du mois d’octobre de l’an 1790, au lieu où nous avons accoutumé de tenir nos séances. 
Signé BODIN, maire, JOUSSEAUME-BEAUPRÉ et RONDEAU, François FRANÇOIS et François CUIT, officiers municipaux, A.A. VIEN, procureur de la commune, et FLEURIAU, commis-greffier.

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