André Augustin Vien




André Augustin Vien naît le 7 mai 1759 dans la paroisse de Saint-André à Niort, sous le règne de Louis XV. Son parrain n'est autre qu'André Jules Bory, futur curé de la Foye-Monjault, alors professeur à l'Oratoire.

Vien est issu d'une famille d'artisans, tailleurs de pierre ou d’habits selon les cas, établie à Niort dès le XVIe siècle. Protestants pour certains, on relève dans les registres quelques abjurations.

Il est le neuvième et dernier enfant d’Augustin Vien, maçon comme son père et son grand-père avant lui. Son rang au sein de sa fratrie ainsi que sa condition sociale le destinent à un avenir pour le moins modeste. Avec l'aide son parrain, il en ira tout autrement.

Il apparaît pour la première fois dans les registres de la Foye en 1778, âgé de 19 ans, lors de son mariage avec Catherine Marguerite François, dite la Vallière, fille d’un modeste journalier habitant la paroisse. C'est Bory, son parrain devenu entretemps curé du village, qui administre le sacrement. Il n'est pas fait mention dans l'acte d'une quelconque profession pour Vien, mais on remarque déjà plusieurs signatures avec ruche, dont celles des Rouget, Jousseaume, Delavaud et Baudin, notables locaux.

Sa progression sociale est rapide. Il bénéficie de toute évidence d'une aide extérieure à son milieu : dès 1785, on le voit notaire de la paroisse, employant le domestique Louis Nervoir et portant le titre d'huissier au Châtelet de Paris ; il a à peine 26 ans. Contrairement à un huissier royal qui ne peut opérer que dans une juridiction locale, souvent celle de leur châtellenie, Vien dépend du Châtelet de Paris. Il peut exercer dans l’ensemble du royaume. Comment ce jeune homme a-t-il pu obtenir une telle charge ?

Bory, il semblerait, a le bras long. Par l'intermédiaire de sa famille qui compte de grands notables parisiens, il lui est possible d'obtenir certaines faveurs. Professeur sévère mais efficace, le curé veille aussi à l'éducation de son filleul. À cette époque, la majorité des jeunes gens issus de sa condition grandissent illettrés. Or Vien signe et manie la plume avec talent, au point qu'on pourrait le croire issu d'un milieu aisé.

Mais si l'influence de son parrain l'aide à gravir les premières marches, son succès tient à ses qualités personnelles : il est intelligent et fait preuve d'un certain charisme. En août 1788, à la veille de la Révolution, il préside à l’assemblée paroissiale. C'est à lui que l'on confie le soin de rédiger le Cahier de doléances de la Foye-Monjault.

En juin 1789 Bory prend sa retraite, mais continu de sièger avec lui lors des assemblées. Avec le syndic Pierre Baudin, ancien sacristain du curé bientôt élu maire, ils forment une équipe pro révolutionnaire qui domine la vie politique au village.

L'année suivante, Vien fait parti des notables qui participent au rachat des biens fonciers du prieuré, à l'occasion de la vente des biens nationaux : il acquiert notamment le pré de la cure pour la somme de 528 frs.

Son engagement du côté républicain n'est jamais en doute : en 1793, il est nommé greffier du Tribunal criminel des Deux Sèvres, répondant du Tribunal révolutionnaire créé en mars. Le 12 octobre, le district de Niort le nomme commissaire à l'emblavaison pour les communes de La Foye, Granzay et Thorigny-sur-le-Mignon. Le 26 février suivant, il est désigné pour former un Comité de surveillance à la Foye, de même qu'à Beauvoir, Usseau et Vallans.

Il fait preuve de souplesse et n'hésite pas à changer de poste, ce qui lui permet d'éviter les écueils de certaines réformes administratives : ainsi, en mai 1794, il se fait nommer juge de paix à Beauvoir-sur-Niort. Il fait bien car l'année suivante, en août, les districts sont supprimés. Avec eux, l’office du maire ainsi que la plupart des postes municipaux de la Foye-Monjault sont révoqués. Pour un temps l'appareil administratif régional est réduit au minimum, centré à Beauvoir, chef-lieu du canton. Non seulement Vien en fait partie, mais il se trouve idéalement placé pour poursuivre son ascension.

Le 18 brumaire de l'année 1799, Bonaparte fait irruption dans la salle de l'Assemblée et renverse le Directoire. Après le succès de ce coup d'État parlementaire destiné à éviter le retour de Louis XVIII et de l'Ancien régime, le gouvernement est supplanté par une « dictature de salut public ». Le 29 mai 1800, le baron Dupin, préfet des Deux Sèvres, désigne Vien comme second maire de la Foye-Monjault. Office qu'il remplira jusqu'à la restauration, avant de se replier sur son cabinet de notaire.

Vien a traversé la période révolutionnaire et le premier Empire sans jamais avoir à servir dans l'armée. Ses fonctions successives (procureur de la commune, commissaire, juge de paix, maire) l'en exemptaient, lui permettant d'échapper tant à la garde républicaine qu'aux conscriptions militaires successives [2]. Sous Bonaparte, il organisa les tirages au sort des conscrits et s'assura de leur départ vers leur régiment. Parmi ces soldats, son fils François Augustin fut lieutenant de la Garde Impériale de 1806 à 1808. Ce dernier deviendra ensuite géomètre de première classe, chargé du relevé du cadastre de la commune et du dessin des cartes.

Les années suivant la défaite de l'Empire furent particulièrement éprouvantes en France. Il y eut une série d'hivers très rudes, suivis par des étés caniculaires ou au contraire très pluvieux, affectant les récoltes et entraînant disettes et épidémies.

En 1823, Vien préside encore au mariage de sa petite-fille Héloïse Henriette Jousseaume avec Frédéric Théodore Marchesseau, notaire formé dans son cabinet et lui-même futur maire de la Foye.

Il décède l'année suivante, le 9 avril 1824, âgé de 64 ans, suivi quelques jours plus tard de son épouse.

Pierre André Vien, dit Fontaine, suivra la même voie que son père : il sera notaire avant de devenir maire de Chizé. Son neveu Damase Augustin Vien, avocat installé à Paris, sera propriétaire du château de Prinçais à Brieuil-sur-Chizé [1].

Le château de Prinçais
Certains aspects du parcours de Vien laissent à penser qu'il fut peut être franc-maçon, tout comme son fils et son neveu après lui. Lé cas échéant, André Augustin fréquenta peut être la loge niortaise l'Intimité, créée en 1738 (mais l'activé ne fut véritablement apparente qu'après 1774, lorsqu'elle se fut affiliée au Grand-Orient).


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Notes
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André Augustin Vien habitait une maison située à l'extrémité du village sur la route d'Usseau. Par la suite, elle devint la demeure d'Arthur Birard, négociant en vins, lieutenant des sapeurs pompiers et autre maire de la Foye.



Relevé du cadastre de 1819. Vien est propriétaire des lots 314 et 315.

En 1819, Vien habitait en bordure ouest du village
Il n'existait encore aucune autre propriété bordant la sienne,
hormis à l'est celle de son unique voisin, le sieur Bastard. Sa demeure
était entièrement entourée de vignes et de champs.

L'entrée de sa maison donnait au sud sur la route d'Usseau.

Vue du ciel, le village n'a pas beaucoup changé de nos jours.


Deux vues de l'entrée de la demeure d'André Augustin. 

Les murs donnant sur rue datent probablement, au moins en partie, du XIXe siècle.


[1] Histoire du château de Prinçais : « La seigneurie de Prinçais (jadis Prinçay) était tenue au début du XVe siècle par Jean Chasteigner, époux de Jeanne de Beaussais. Au XVIe siècle, elle était passée à Guillaume Villiers. Sa fille Jacquette épousa Jean Baptiste Chabot, seigneur de la Pimpelière, maire de Niort en 1578, et lui apporta le domaine en dot. En 1665 il changea de mains lors du mariage de Marie de Chabot avec Pierre Eléonore de Campet, écuyer, seigneur d'Estray. Les Campet conservèrent Prinçais jusqu'à la Révolution, époque où le domaine fut confisqué et vendu au profit de la Nation. Au XIXe siècle, le château devint la propriété de M. Vien, avoué à Paris, puis de Charles Touchon dont les descendants l'habitaient encore au début du XXe siècle. L'actuel château, dont la construction peut remonter au XVIIIe siècle, présente d'élégantes proportions. La façade principale se compose d'un corps de logis cantonné à chaque extrémité d'un pavillon carré en légère saillie. A noter le souci du raffinement dans l'alternance des lucarnes tantôt rectangulaires, tantôt rondes, sur la façade principale. »  [Châteaux, manoirs et logis des Deux Sèvres, Château de Prinçais]

[2] À la Foye-Monjault, une dizaine de jeunes gens servirent dans la garde de la commune, une quinzaine de plus dans l'armée républicaine, suivis par une quarantaine encore dans les armées de Bonaparte. La moitié d'entre eux ne sont jamais revenus, succombant à leurs blessures ou aux maladies.


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