Les guerres de religion :
quelques anecdotes




Les affrontements entre catholiques et protestants furent particulièrement violents en Saintonge. En 1561, à l'apogée du protestantisme en France, il y avait près de deux millions de huguenots. [1] On estime qu'à cette époque, jusqu'à 10% de la population de la paroisse fut protestante. Comme celle-ci constituait un îlot catholique au sein de la région, elle fut souvent l'objet d'agressions. Suivant une escalade du conflit, le prieuré de la Foye fut incendié en 1569 (troisième guerre de religion, 1568-1570, qui vit le siège de Saint-Jean-d'Angély en octobre par le duc d'Anjou). En 1598, après la promulgation de l'Édit de Nantes par Henri IV, la Rochelle, Royan, Niort et Cognac devinrent des places de sureté protestantes. Mais les tensions persistèrent et en 1661, Louis XIV expulsait trois cent familles protestantes de la Rochelle.

Les registres paroissiaux débutent en 1675, sous la plume du curé Élie Favier, qui rapporte plusieurs abjurations et prononce l'excommunication d'un notable protestant (cf. aux actes qui suivent). De 1661 à 1685, deux phases précèdent la révocation de l'Édit de
Nantes :

La modération vigilante
Jusqu'en 1679, cette phase "modérée" consistait, par différents moyens de pressions légales, à convaincre les protestants de se convertir au catholicisme. On relève ainsi l'abjuration de Jeanne Nouzillet en 1677 :
Aujourd'hui, premier jour de janvier 1677, a fait l'abjuration de l'hérésie en présence des soussignés, Jeanne Nouzillet âgée de seize ans, originaire de la paroisse de Granzay, à présent servante domestique de dame Renée Guerrier, veuve de défunt honorable homme Pierre Pastureau, seigneur de Grand-Maison. La cérémonie s'est passé à l'église de ce lieu de la Foye-Monjault.



L'abjuration était une cérémonie religieuse officielle, présidée par le curé de la paroisse. Des témoins souvent nombreux y assistaient, en particulier les notables du lieu, comme en témoigne cet acte signé par les représentants des familles Pastureau, Beaumier, Favier et Prévot. Parmi eux, pour la période 1675-1719, la Foye comptait aussi les familles Racapé, Gautier, David, Quincarlet, Garotteau, Bonnin (ou Bounin), Barreau, Jacob, d'Hauteville et des réfugiés irlandais tels les Macarthy.




Pierre de fondation de la maison de Pierre Pastureau et Renée Guerrier,
située au centre du bourg de la Foye, datée de 1646. Au-dessus,
le magnifique escalier à vis d'époque,
marque d'une demeure de notable.
On peut imaginer qu'elle fut l'un des bâtiments les plus 
imposants du village,
et qu'elle pourrait justifier en ce sens le titre de "Grand-Maison" ?

Toujours en 1677, Louis Garotteau, seigneur de Beaumont, est excommunié pour avoir prêché contre la doctrine catholique :
Élie Favier, prêtre curé de Saint-Simon et Saint-Jude de la Foye-Monjault, suivant la commission à nous adressée par messieurs les vicaires généraux du diocèse de Saintes. Le Siège [Épiscopal ?] vaccant en date du douzième mai dernier, signé Perys et de Guip et plus bas par messieurs les vicaires généraux Rogeau, nous avons aujourd'hui dénoncé et excommunié le nommé Garotteau, habitant de cette paroisse de la Foye-Monjault, après l'avoir diverses fois, de huitaine en huitaine, suivant ladite commission, averti de s'acquitter du devoir pascal dont il n'a tenu compte depuis douze ans, de cesser de proférer contre les plus saints mystères de la religion et d'invectiver contre les sacrements de l'église de ce à quoi il n'a voulu aucunement se soumettre. Fait à la Foye-Monjault ce treizième juin 1677.



Deuxième phase : le durcissement
La première phase ayant échouée, les conversions étant rares, on assista à partir de 1680 à des mesures répressives plus violentes, parmi lesquelles les dragonnades. Toutefois, ce durcissement de la politique de Louis XIV n'est pas apparent à la Foye. La conversion de Jeanne Quincarlet, veuve de Louis Bourdon, précède son mariage en mai de la même année avec le catholique (ou protestant ayant lui-même abjuré) Pierre Parré [2].
Le douzième avril 1680, en présence des témoins soussignés et autres qui ont déclaré ne savoir signer, nous avons publiquement en l'église paroissiale de ce lieu de la Foye-Monjault, donné l'absolution de l'hérésie de Calvin à dame Jeanne Quincarlet, soussignée, veuve de Mr Louis Bourdon, seigneur de la Croix, originaire de la paroisse de Saint-Jean de Mougon en Poitou, âgée de trente-huit à quarante ans.


L'année suivante, l'excommunication de Louis Garotteau est annulée sur ordre de l'évêque. La cérémonie avait rassemblé une congrégation des curés de la région :
Nous soussigné prêtre curé de Valans (Pastureau), suivant la commission à nous donnée par monseigneur l'évêque de Saintes, datée du 28 avril 1681, nous avons donné l'absolution de l'excommunication à honorable homme Louis Garotteau, seigneur de Beaumont, laquelle il avait encourue en contrevenant aux ordres de l'église, et dogmatisant contre ses saints mystères, ainsi qu'il est porté par la sentence contre lui, rendue en date du 22 mai 1677. L'absolution donnée en présence de messires Élie Favier, curé de la Foye, Gribert Matheyron, curé de Saint-Florent et prieur de la congrégation, et autres confrères de cette congrégation, tenue audit lieu de la Foye le 14 jour de juillet 1681. Approuvé en interligne les mots datés du 28 avril 1678 et audit lieu de la Foye. 


Louis Garotteau, qui décède en janvier 1705, fut procureur à Niort comme en témoigne l'acte de décès de sa femme l'année précédente :
Le 21 septembre 1704 est décédée au bourg de la Foye-Monjault après avoir reçu les sacrements d'extrême onction Louise Bidaud, âgée de 75 ans, femme de messire Louis Garotteau, procureur au siège royal de Niort. Elle a été enterré dans le cimetière de la paroisse le 22 du mois, en présence de Henri Barbot, prêtre curé du Cormenier et Jean Prévôteau qui se sont soussignés et autres qui ont déclaré ne pas savoir signer.


Les autorités catholiques résolurent parfois de forcer le baptême, ce qui semble être le cas ici :
Le 17 juillet 1697 a été baptisé sans parrain, attendu que le père n'en a pas voulu demander, Jean, né de ce jour, fils de Jean David, cabaretier, et d'Anne Parré, son épouse. A été marraine Marguerite Guitteau qui a dit ne savoir signer. Le père ne l'a pas voulu.


Les irlandais de la Foye
Si en France la persécution des protestants faisaient partir ces derniers vers la Hollande ou l'Angleterre, l'inverse fut également vrai de certains catholiques irlandais, persécutés chez eux, et qui vinrent s'installer en France. Il semblerait que l'une de ces familles se soit établie à la Foye et lui ait donné le successeur d'Élie Favier, en la personne de Daniel Macarthy. Marie, une parente, est marraine en 1714 :
Le 1er mars 1714 a été baptisé Michel, fils légitime de Jean Misbert et de Marie Arnaud. Il a eut pour parrain monsieur Gautier, sieur du Baillet, et pour marraine dame Marie de Macarthy. Fait par moi curé, le jour et an que dessus.

Macarthy décède cette année là. Il est inhumé dans le choeur de l'église :
Le 7e novembre 1714 est décédé messire Daniel Macarthy, prêtre curé de la Foye-Monjault. Il a été enterré dans le choeur de l'église et ce en présence de messires les curés de Thorigné …, le curé d'Usseau (Dolleau) et autres soussignés (dont les curés de Beauvoir, de la Rochénard et de Priaire).

On relève à cette époque une petite communauté irlandaise à la Foye : le greffier qui rédige ensuite les actes se nomme "de Mahony", aumônier des vaisseaux du roi. Un autre curé du nom de Macarthy lui succédera brièvement. [3]


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Notes
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[1] Dans la région, le protestantisme aura une influence profonde sur les mentalités. En 1873, Bonnin, curé de Beauvoir, écrivait : «  La paroisse de Beauvoir est, comme dans ces pays de Saintonge, dans une grande indifférence » ; il dénonce au sujet de Saint-Étienne la Cigogne «  cet esprit semi protestant qui a persévéré dans ces contrés après la révocation de l’édit de Nantes ». À La Foye-Monjault : «  On trouve là, au suprême degré, cet esprit de suffisance qui est l’apanage des paysans à l’aise. Ces gens sont conservateurs car ils ont tous du bien mais ils sont révolutionnaires dans tout ce que la révolution a apporté à la religion » ou à Granzay «  Il y a là non seulement de l’indifférence, non seulement de la morgue vis-à-vis du prêtre, mais une véritable hostilité ». Et, à La Charrière qui passait pour une bonne paroisse, le curé notait en 1859 : « J’ai la douleur de voir un grand nombre de mes paroissiens vivre dans l’oubli de Dieu et de leurs devoirs, sourds à mes paroles … » [Source : Institut Géopolitique et Culturel Jacques Cartier, Le sud des Deux-Sèvres : un pays de mission dans le Poitou du XIXe siècle]    [<-]

[2] En 1659, on trouve dans les registre du Grand Prissé l'abjuration de Sara Quincarlet, soeur, tante ou cousine de Jeanne, épouse du marchand Alexandre Gentilleau [BMS p38/120].    [<-]

[3] On relève aussi Moriarthy, curé de Sansais en 1740, et James Warde O'Brien, prêtre aumônier du château de Péré en 1783 (témoin au mariage de Jacques Gabriel Marie Manceau et Marie Anne Piet à Notre-Dame, Niort).    [<-]