Démantèlement de l'église


L'église Saint-Simon et Saint-Jude.

Le 8 décembre 1793, après la fermeture des églises imposée par l'interdiction du culte, un arrêté du Conseil du département des Deux-Sèvres ordonne la collection de tous les matériaux disponibles au service des guerres républicaines.

Ayant obtenu « l'approbation préalable du prédicateur de morale » (l'ex-curé Després, qui vient de rendre ses lettres de prêtrise), la commune commence par réquisitionner tous les biens de l'église, qui incluent « six chandeliers, une lampe, une croix, un encensoir et une cuvette, le tout de cuivre jaune ; un calice, un ciboire, un ostensoir et trois boîtiers, le tout d'argent. »

La cloche qui avait été bénie par le prieur Joseph Auvry en 1687, suite à la destruction de la précédente lors des guerres de Religion, est démontée pour être envoyée à Niort, afin d'être fondue avec tous les objets saisis. Par sureté, tous ces biens doivent être escortés par quatre gardes nationaux.

Mais la réquisition ne va pas sans causer de vifs mécontentements au village : le maire Baudin, d'une piété douteuse, ayant affirmé devant l'assemblée que ces objets « ne servaient qu'aux grimaces de nos curés », l'un des gardes nationaux, Jean Géoffroy, déclare publiquement devant lui « qu'il ne le reconnait plus pour maire, qu'il est un foutu gueux, un sot et un imbécile, qu'il se fout autant des ordres qu'il lui a donné que de lui-même, et que s'il n'avait pas des affaires indispensables en la ville de Niort, il n'aurait pas obéit ! » Le maire se défend en expliquant que l'ordre ne vient pas de lui mais qu'il le tient « d'un arrêté pris légalement par son corps. » Ce à quoi ledit Géoffroy, forte tête, réplique que le corps est « un joli bougre, et qu'il s'en foutoit ! »

Si l'on peut sourire de ces propos, ils en disent long quant à la colère de certains villageois à l'égard des agissements révolutionnaires. Surtout lorsque l'on considère les rétributions possibles venant des autorités, à quelques mois de la Terreur. Heureusement, tout se termine à l'amiable. Les registres rapportent plusieurs incidents similaires au cours de la Révolution, mais à chaque fois les officiers municipaux de la Foye sauront faire preuve de modération.

La cloche et les biens de l'église partent finalement pour Niort où ils sont fondus en canons. Le 10 janvier 1794, ce qui reste dans les armoires de la sacristie est également réquisitionné : « dix chasubles, quatre bourses, trois manipules (bande d'étoffe), six étoles (autre bande d'étoffe), trois devants d'autel ainsi que du linge » sont pareillement envoyés à Niort.

Le 21, on organise le démontage et la vente de la charpente et des ardoises de la toiture du clocher, puis le démantèlement des pierres, après qu'un nouveau décret en ait fait la demande. Le procès verbal, très succinct, n'en rend pas compte, mais le chœur et le chevet font apparemment partie des travaux de démantèlement. La perte des pierres tombales des prêtres inhumés dans chœur semble dater de cette période. Peut être est-ce simplement par patriotisme, en support des guerres républicaines... Mais il est aussi possible que les révolutionnaires aient voulu ôter à l'édifice tout caractère religieux.

En effet, en juillet, ce qui reste du bâtiment de l'église est renommé « temple de la Vérité ». Sans doute en référence au temple de la Raison du culte des Hébertistes athées. L'église est ensuite abandonnée pendant plus d'un an.

En septembre, le budget de l'Église constitutionnelle est supprimé, suivi en janvier 1795 par la séparation des cultes et de l’État.

Avec la mort de Robespierre et la fin de la Terreur, on assiste ensuite à un retour à la normale. En février, un nouveau décret permet au curé Després de demander la réouverture de l'église. La messe est de nouveau célébrée, mais dans un édifice en triste état.

Il faudra attendre la fin de l'Empire pour qu'une série de travaux soit effectuée, qui donneront à l'église son apparence contemporaine.

Découvertes archéologiques : peu à peu le passé resurgit
Suite aux démantèlements, les pierres qui avaient constitué le chœur et le chevet de l'église furent éparpillées. Certaines seront réemployées dans la construction de maisons environnantes.

Dans la seconde moitié du XIXe siècle, de riches vignerons et négociants se feront construire de grandes maisons bourgeoises au village. Tailler des pierres était long, fastidieux et coutait cher. Ce qui restait des pierres du chœur et du chevet de l’église fut vraisemblablement réutilisé dans la construction de ces demeures. On en retrouve de-ci de-là lors des démolitions, reconnaissables à leurs détails sculptés, comme ci-dessous :

Un bord de frise
Paul Lucas, dans ses notes, rapporte que lors de travaux d’adduction d’eau, plusieurs pierres furent retrouvées autour de l’église, certaines présentant des détails sculptés pouvant donner des indications quant au décor du chœur. Des fûts de colonne et une console de style flamboyant furent aussi découverts. Où ont-ils été entreposés ? Nul ne sait !

En mai 2009, on retrouvera ces fragments dans l’enceinte du Paradis et dans celle dite du Prieuré. Dans ce dernier lieu, propriété privée, un dépôt de pierres montre plusieurs fragments d’une colonne à huit faces :


Des parties d’arc-boutant :


Ainsi qu’une colonne aplatie :



À l'occasion des récents travaux de 2019, il vient d'être retrouvé des pierres ayant appartenu au chœur de l’église. Certaines sont entreposées dans l’entrée du monument.

Haut de fenêtre.
Fut et chapiteau de colonnes

On sait que les églises bénédictines privilégiaient pour leurs chapiteaux et frises des décors floraux ou à base de plantes, particulièrement en Saintonge romane. Ceci se confirme dans ces deux décors de feuilles d’acanthe et fleurs :




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