1794 : première procédure de divorce au village



Le premier divorce à la Foye-Monjault fut requis en décembre 1794 à l'initiative d'une femme, Madeleine BAUDIN. Elle était la fille de Pierre BAUDIN, premier maire de la paroisse élu quatre ans plus tôt. Madeleine dû bénéficier du parti pris de son père, révolutionnaire engagé, en faveur des nouvelles réformes sociales.

Ce fut l'unique cas de divorce recensé dans cette commune entre 1792 et 1884. Outre les conséquences sociales que l'on imagine à l'époque, en particulier pour la réputation de l'épouse, les changements apportés au Code Civil en 1804 compliquèrent cette démarche. Le droit au divorce fut ensuite aboli en 1816, sous la Restauration, et ne sera rétabli qu'en 1884.

René GABORIAUD, tonnelier, et Madeleine divorcèrent à la demande de cette dernière, pour cause « d'incompatibilité d'humeur et de caractère » (formule générique de l'époque), tout juste un mois après la naissance de leur dernier fils, Philippe.

En décembre 1794, Madeleine convoqua à la maison commune (ici l'église, qui servait aussi de mairie), par acte délivré à son mari le 22 du même mois par François DELAVAUD, huissier, une première assemblée de famille, tenue devant Jean Philippe CLERC, officier municipal. Elle produisit quatre témoins dont son père et François BARREAU, garde champêtre.

Deux autres assemblées suivirent, en accord avec les articles de loi datant de septembre 1792, au cours desquelles les parents furent présents et eurent pour tâche de réconcilier les époux. Les trois assemblées n'ayant pu aboutir, il fut délivré aux époux un certificat définitif de « non-conciliation ». Le 19 juillet, René fut sommé par huissier de se présenter une nouvelle fois à la maison commune, ce qu'il refusa. La dissolution de leur mariage fut donc proclamée en son absence.

René GABORIAUD se remaria en janvier 1810 avec Marie Catherine BAUDIN, de l'autre branche Baudin de la Foye, dont l'origine remonte au XVIIe siècle dans cette commune. Elle lui donna également trois enfants.

Durant la Révolution, René avait déjà perdu deux des trois enfants qu'il avait eu de Madeleine en bas-âge. Sous l'Empire, il perdit de la même façon les trois enfants qu'il avait eu de Marie Catherine. Cette période très dure de l'histoire de France fut marquée par la disette, et l'on relève une forte mortalité infantile durant le règne de Bonaparte. Par surcroît, Philippe, son seul fils survivant, dû partir à l'armée en 1813 où il servit dans un régiment d'artillerie de marine.

De son côté Madeleine BAUDIN épousa Jean JUIN en juin 1811. Ce fut l'occasion d'une union entre deux familles liées à la minoterie. Veuf de Marie Renée GILBERT, Jean était le fils d'un meunier d'Ardin, métier qu'il avait repris avec trois de ses frères. Il travaillait alors au moulin à eau de Bouzon, sur la Sèvre, situé à Niort au faubourg de Ribray.

À la Foye, le moulin dit Baudin, ainsi nommé car ayant longtemps appartenu à la famille de Madeleine (son ancêtre Antoine BAUDIN fut fournier dès 1686), était l'un des trois moulins à vent en activité dans la commune. Sans doute Madeleine en était-elle encore propriétaire, du moins en partie, en 1811. Toujours est-il que ses parents décédés, cette héritière bien dotée avait du constituer un parti intéressant pour Jean. Le relevé du cadastre de 1820, terminé quelques mois avant sa mort, le voit propriétaire de plusieurs terrains à la Foye, parmi lesquels se trouvent ledit moulin et des champs alentours.

Après la mort de Jean, Madeleine se remaria une nouvelle fois en 1822 avec Louis LIÈVRE, un tailleur d'habits de Niort qu'elle avait connu par l'intermédiaire de sa belle-famille. Louis était natif de Saint-Hilaire-des-Loges en Vendée, où Jeanne JUIN, la soeur de son défunt époux, résidait avec le meunier Jean BAUDRY au moulin de l’Essert.

Trop âgée dès 1811, elle n'eut pas d'autres enfants.

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Notes
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Dans les registres de la Foye-Monjault : BMS 1792-An X, p79/357, p83/357, p89/357.

J comme JUIN, Lettres de nos moulins, article de Sylvie sur l'Arbre de Nos Ancêtres.