Souvenir de loups à La Foye



Il n'y a plus de loup en Deux-Sèvres depuis que le dernier a été abattu en 1927. Mais il y eu des loups dans le sud du département jusqu’à cette période.

Même si les archives ne rapportent pas d’attaque de loups sur la commune, les anciens en parlaient régulièrement, bercés par les histoires que leur racontaient leurs parents. Il est vrai qu’ils resteront présents dans toute la région jusque dans la seconde moitié du XIXème siècle.

Les chasseurs de la région et les paysans disaient régulièrement en avoir vu, et de temps à autres les journaux relataient des attaques de troupeaux mais aussi de bergers, en particulier du coté de Melle mais également plus au nord en Gâtine. Il y en avait eu aussi dans le Marais poitevin.

Dans le village l’inquiétude régnait. On ne laissait pas les enfants sortir seul le soir, et les jeunes bergers et bergères étaient entourés de solides chiens qui savaient se défendre.

Certains lieux de la commune de La Foye ont gardé le souvenir de la présence du loup. On relève sur les cartes le « chemin de la louve », qui longe le bois de la chênaie Bossète, en direction du bois de La Foye, la « Fosse aux loups », un lieu situé au nord du hameau du Grand Bois, et aussi le « Creux de Loup » au nord de Limouillas, à l'embranchement du chemin de la Revêtizon, petite dépression en contrebas d'un ruisseau où, selon les anciens du hameau, les loups venaient boire...

Dans les archives, on relève en 1783 et 85 les noms de Jean Burgaud et Jean Thalon, chasseurs de loup de la Foye, et pour les paroisse voisines : François Pivaut et François Baronnet à la Charrière en 1775 et 1787, François Jolly en 1787 à Usseau, Jacques Benoist, Pierre Faucher, Jean Miraudeau et Michel Ré à Marigny entre 1777 et 1787, et Pierre Dubois aux Fosses en 1775 (relevé de Gloria Godard, La destruction des loups dans la généralité de Poitiers, de 1751 à 1787).

Dans les registres de la commune, on peut également lire qu’en 1920, on décrète une campagne d’abatage de chiens enragés qui sévissent sur la commune. A cause de la morsure d'un Loup ? C’était assez fréquent.


Circulaire du maire François Arnaud, datant de 1920,
instruisant le garde champêtre de la commune
de veiller à ce qu'aucun chien ne soit laissé en libre circulation.

Les trois frères Vinatier qui avaient passé leur jeunesse aux Fosses avant d’habiter La Foye, racontaient que l’hiver ils allaient couper du bois en forêt de Chizé, et craignaient d’y rencontrer des loups. Ils montraient fièrement les « fourches à Loups » qu’ils avaient ramené, et qui les aidaient à se défendre.




La présence des loups est avérée dans la région jusqu’après la guerre de 14.

De tous temps l’immense forêt appelée « Sylve d’Argenson », qui englobait à la fois la forêt de Benon et celle de Chizé, leur avait servi de refuge. Plus tard, après la grande déforestation, des loups ou groupes de loups avaient pris l’habitude de se déplacer entre ces deux forêts, en traversant la commune de La Foye. En effet la nourriture y était abondante, chevreuils et sangliers, mais c’est surtout les moutons qui les attiraient. Jusqu’à l’époque du phylloxéra il y avait de nombreux troupeaux se déplaçant entre les vignes, et c’était des proies très faciles, surtout la nuit, malgré la présence de bergers et chiens de garde.

Dans les archives on lit que le 24 mars 1730, l’administration des Eaux et Forêts informe qu’en différents endroits du Poitou « il s’est répandu une grande quantité de loups qui ont égorgé plusieurs hommes et causent actuellement une entière destruction de bestiaux. Ordonnons qu’il sera fait des huées (battues avec cris) et chasses aux loups. Enjoignons à tous les habitants des lieux où seront faites les huées et chasses de se trouver munis d’armes convenables... » 

On remarque la pique à loup, à deux pointes,
brandie par l'homme de droite.

Dans les provinces, louvetiers et administrateurs des Eaux et Forêts interviennent, souvent en se concurrençant. On sollicite nobles et population pour les battues, généralement plutôt inefficaces, et la traque. La lutte contre les fauves devient un impératif.

Les anales du Poitou précisent qu’entre 1770 et 1784, 5247 loups et louveteaux y ont été tués.

Et entre 1798 et 1812, 125 louves, dont quatorze pleines, 172 loups et 360 louveteaux l’ont été en Charente. 

De 1770 à 1788, 64 loups et 134 louveteaux l’ont été dans le Bocage bressuirais en Deux-Sèvres, et de 1796 à 1805, des primes ont été accordées pour la mort de 788 bêtes. Il faut savoir que la récompense était toujours plus forte pour les louves et d’abord celles qui étaient pleines.

Mais c'est surtout à partir de la Révolution, en l'an VI (1797-1798), que la destruction des loups se poursuivra d'une façon méthodique et générale. La loi du 10 messidor an V établira une prime particulièrement attractive par animal abattu.

En 1801, sous l’empire, le Baron Dupin, préfet des Deux-Sèvres, écrira qu’en conséquence des Guerres de Vendée, le loup s’était multiplié dans le département. Il ajoutera que dans un pays où, pendant l’hiver, qui est la saison de l’étude, les chemins sont impraticables, et où les loups font de grands ravages, quelle est la mère qui voudra envoyer ses enfants à une école distante de deux lieues ? 

Plus tard, en août 1816, sous la Restauration, le préfet de la Vienne écrira aux maires du département dans une circulaire : « les loups se multiplient d’une manière si effrayante, que ces animaux féroces ne trouvant pas de quoi satisfaire leur faim attaquent les hommes, un enfant en a été victime. Je viens d’inviter MM. Les Lieutenants de Louveterie de diriger différentes battues... ».

Malgré cela la présence des loups reste importante. En 1838, un écrit précise que le grand problème de la forêt de Benon, c’était la prolifération des loups et en 1844, le naturaliste de Lastic-Saint-Jal dans sa Zoologie du département des Deux-Sèvres, localise de nombreux fauves dans les bois et forêts – spécialement celles de Chef-Boutonne, Chizé et Aulnay. 

Régulièrement des journaux font état de méfaits des loups sur le bétail. En novembre 1851, la Revue de l’Ouest parle de leur présence dans le Marais poitevin : « Les loups dont nous avons signalé les ravages dans le marais de Benet ont été chassés de ces communes et se sont jetés dans le marais d’Irleau et du Vanneau. Dans la nuit du vendredi à samedi ils ont dévoré six chèvres... Des vaches les ont fait fuir. Il serait à désirer que des battues fussent faites dans ces contrées afin de donner quelque sécurité aux habitants qui n’osent plus conduire leurs bestiaux dans les pâturages ». 

Plus tard en 1871 et 1875, des habitants diront qu’ils en ont vu près de Prin-Deyrançon à coté de Mauzé.

Mais malgré les chasses et battues, leur nombre ne diminueront que très progressivement. 

H. Gelin dans son livre De la destruction des loups dans les Deux-Sèvres, édité en 1905, précise que même si les loups ont disparu de Charente-Maritime et de Vendée, ils sont encore présents dans la Vienne, en Charente et dans les Deux-Sèvres. Et pour ce département, il signale que de treize loups tués en 1894, on passe de un en 1901 à aucun de 1902 à 1905. 

Cependant en 1914 on constate toujours des passages de loups en foret de Chizé. Et plus tard, dans les années 1920-1930, des observations assez sûres et des cadavres témoignent qu’il y en a encore dans les départements des Charente, Vienne mais également dans les Deux-Sèvres. 

En 1921 un chasseur et son cousin, lieutenant de Louveterie témoignent que près de La Chapelle-Bertrand (Deux-Sèvres), ils ont observé un grand vieux loup, dont ils estiment l’âge à dix ans. Ils disent avoir eu le temps de bien le voir car il ne s’enfuit pas tout de suite puis part, après avoir hurlé, en direction des bois de La Ferrière. Ils se demandent d’où il peut bien provenir car pour eux les loups ont disparu dans le département avant la Première Guerre mondiale.

Enfin, en novembre 1927, trois louvards, venant de la Vienne, apparaitront dans les bois de L’Hermitain près de Saint-Maixent (Deux-Sèvres). 

Sur la commune d’Aigonnay (Deux-Sèvres), Félix Morin en tuera un qui venait d’attaquer une chèvre le 6 décembre 1927, ce qui occasionnera un article dans le Mémorial des Deux-Sèvres du 18 décembre 1981. Ce sera sans doute le dernier tué dans les Deux-Sèvres.




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Les fosses aux loups  

(H. GELIN)



« On prend le loup dans des fosses dont l’ouverture est de neuf à dix pieds en carré et de pareille profondeur ; il est bon qu’elles soient plus larges dans le fond et de tous les côtés que par le haut, afin que le loup ne puisse pas sauter ni monter pour en sortir.

Il faut faire un carré de quatre pièces de bois de la grandeur de l’ouverture de la fosse (lettre A sur la figure) ; il serait même à propos de le poser en place sur la terre à l’endroit destiné, creuser la fosse en dedans, et enfoncer les pièces de bois dans la terre, de manière qu’elles soient à niveau du terrain. (...) 

Après cela, on fait le couvercle de planches minces qui remplissent l’ouverture du carré B B. Ce couvercle doit être partagé en deux parties égales, et on fait en sorte qu’il s’ouvre en dedans la fosse par le milieu. (...) Quelques-uns se servent, pour former le couvercle, de deux claies qu’ils accommodent juste, au lieu de planches, (...) puis ils y passent et fourrent au travers des vides, des herbes, des brins de fougère, du genêt ou de la bruyère, afin que cela paraisse comme le terrain même qui est autour ; et s’il n’y en avait point, on ne ferait pas mal d’en piquer et d’en répandre aux environs, pour que l’animal ne se méfie point.

Il faut que le couvercle B B se referme de lui-même ; pour cela, on attache à chaque côté du couvercle un contrepoids, comme il est marqué en la figure suivante C C, et à chaque contrepoids une petite ficelle E E, qu’on noue à un piquet F F, afin que le couvercle se referme, et que la ficelle le retienne, de peur qu’il n’ouvre trop et qu’il ne puisse pas se refermer de lui-même.

Quand tout cela est fait et mis en place, on chasse dans la terre tout autour et proche du carré, des piquets de bois (...) qui se joignent par le haut comme un toit de maison : on attache au haut des deux rangées de piquets une perche ou gaule qu’on lie fortement avec des barres, qui forme comme le faîte d’une charpente, et cela des quatre côtés ; ce qui compose une galerie tout autour de la fosse (voir le dessin de droite), où l’on met un mâtin (un chien de garde robuste et massif), qui est accoutumé à être toujours libre, et qui, en se promenant dans cette galerie, s’ennuie et hurle toute la nuit. Au lieu de chien, on y peut mettre un mouton, qui bêle toute la nuit : cela attire le loup, qui tourne en dehors de la galerie pour poursuivre l’animal qui est enfermé et qu’il espère prendre ; l’animal fuit en voyant le loup ; et celui-ci ennuyé de tourner toujours en dehors, saute par dessus la galerie de piquets, dans l’espérance de lui couper le chemin, et tombe dans la fosse.

Les piquets ont encore l’avantage d’empêcher que des hommes ou des bestiaux ne tombent dans la fosse. Il s’y prend quelquefois plusieurs loups en une nuit. » 

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