Au temps des pèlerinages, processions et calvaires


Avec la fin du Second Empire et la guerre de 1870, l’esprit républicain s’affirme. L’épisode sanglant de la Commune annonce le temps des « hussards noirs de la République », c’est à dire des instituteurs laïcs qui éduquent les enfants des campagnes et propagent les idées du progrès. Il en résultera vers la fin du XIXe siècle une certaine désaffection pour la religion.

Mais au cours des années 1880, la crise du phylloxéra provoque un exode massif des vignerons du village. Arrivent pour les remplacer de nombreuses familles de cultivateurs venant pour la plupart de Vendée. Or la Vendée a été de tous temps de tradition très catholique. L’église se remplit à nouveau le dimanche et se retrouve bondée. Les hommes se tiennent à l’étage, sur la tribune construite au début du Second Empire, et les femmes et les enfants sont assis en bas dans la nef. On y chante des cantiques pendant l’office et, à la sortie, tout le monde se retrouve pour papoter sur le parvis ou dans l’allée des tilleuls. Les hommes ont mis leur costume et les femmes paradent dans leur plus belle toilette. À cette époque tout le monde porte un chapeau, et les femmes parfois un foulard (appelé fichu) sur la tête. Pendant ce temps, les anticléricaux, à présent minoritaires au village, attendent leur femme au bistrot.

Pèlerinages et processions

Au XIXe et XXe siècles, plusieurs pèlerinages importants ont laissé leur marque sur le paysage. Ce sont en particulier les Vendéens, fervents catholiques arrivés à la suite de l'exode de 1890-93, très actifs aux nombreuses kermesses, processions et pèlerinages, qui font ériger des calvaires dans la commune :

En 1897, au retour d'un pèlerinage, on érige la croix hosannière en pierre qui se dresse aujourd'hui au milieu du cimetière. Une souscription est organisée parmi les habitants, à laquelle la municipalité, sous la direction du maire Garnaud, se sent plus ou moins obligée de participer (le 30 mai, la commune alloue une subvention de 50 francs).


Date de construction de la croix, inscrite sur le socle.

Pour les grandes fêtes religieuses, la coutume était de faire des processions dans les rues du village, le prêtre en tête portant le crucifix, suivi de tous les fidèles. Puis le groupe allait, en chantant des psaumes, honorer les défunts au cimetière.

Mais au tout début du XXe siècle, le maire Félix Garnaud, républicain laïc convaincu, voit d’un mauvais œil ces processions qui ont lieu régulièrement.

En décembre 1905, à l'initiative du député républicain-socialiste Aristide Briand, la loi de séparation de l’Église et de l’État est adoptée. Elle fournit au maire les munitions dont il a besoin. L'année suivante, il écrit au curé pour les interdire. Mais fort de l’appui des nombreux fidèles de la paroisse, Jeaudeau refuse d'obtempérer. À plusieurs reprises, la municipalité lui demande de se conformer à ses instructions :

Note envoyée au curé Jeaudeau en 1907
Procès verbal de la municipalité datant de février 1909.
Le ton monte et les contrevenants sont menacés d'amende.

En 1909, face à son refus, le conseil municipal prend un arrêté pour interdire toute procession dans le village, à l'exception des enterrements, et menace de poursuite judiciaire tous les contrevenants.

Il est cependant difficile de se fâcher avec une grande partie de la population (les conseillers pensent à leur réélection !). Campés sur leurs positions, les deux camps s’observeront ainsi pendant des années durant.

Les années de ferveur

Après la Grande Guerre, en dépit de la laïcisation, un sursaut religieux se produit et l’église se remplit à nouveau. Les jeunes vont au catéchisme, les fêtes religieuses deviennent de véritables évènements.

Pour l’occasion on décore l’église avec une multitude de banderoles, comme ci-dessous en avril 1932, pour la fête de la Confirmation d’Hubert Barbaud.

Intérieur de l'église de la Foye en 1932 (autel et chevet), refait au XIXe siècle.

L’évêque de Poitiers, Monseigneur de Durfort de Civrac de Lorge,
en visite à La Foye à l’occasion de cette célébration (juste avant sa retraite
pour raison de santé. Il décèdera trois ans plus tard). Coiffé de sa mitre et
tenant sa crosse, il est entouré par la foule des villageois, avec à sa droite
le curé Métois.

La procession passe le long de la mare. Parmi les spectateurs, outre les habits
à la mode des années 30, on remarque quelques personnes âgées
qui portent encore les coiffes et les robes traditionnelles.

Patronage paroissial et Action catholique

Mais jusqu'à la Seconde Guerre mondiale, on observe encore les vieilles coutumes. Chaque famille peut louer à l'année un banc dans l'église, ce que font principalement les notables.

Reçu de location d'une chaise dans l'église en 1886,
fait à Mme Boyer.
Cette pratique reflète le sentiment de piété qui habite encore de nombreux fidèles à cette époque.

Le patronage paroissial, apparu en France au siècle précédent, fut surtout notable la Foye à partir du XXe siècle. Celui de l'Action catholique concerne au départ l’éducation des jeunes gens, telle la la JAC (Jeunesse Agricole Catholique), fondée en 1929 par l'Union Catholique de la France Agricole, qui avait pour but d'évangéliser les campagnes et d'améliorer les conditions de vie des jeunes paysans.

Au milieu des années 30, des sociétés d’entraides se développent.
Les familles pieuses adhérent aux ligues catholiques,
dont on présente les bons de souscription à la sortie de la messe. 

Le rôle du clergé dans son magistère moral est encore reconnu par tous. Il demeure d'actualité grâce à ces institutions sociales. Au village, sous l’impulsion du curé Métois et d’un certain nombre de paroissiens, une section de la JACF est créée. Elle réunit une grande partie des jeunes filles qui constituent une troupe de théâtre. En 1939, Mme Benoist, propriétaire de l’ancien prieuré, donne un bout de terrain faisant partie de son jardin afin d'y construire une salle de théâtre. Le don est fait à l’évêché, qui le transmet à la commune.

En août 1954, un pèlerinage à Lourdes est organisé. On affrète un car qui part de La Foye avec plusieurs familles de paroissiens à bord, conduits par le curé Métayer. Tout le monde couche au Mondial Hotel. Au retour, les pèlerins ramènent une vierge qui sera installée à Treillebois, au bord de la route qui traverse le hameau vers Vallans. Une « grotte » dédiée à la Sainte Vierge y a été construite par la famille Bodin sur un terrain qu’ils ont mis a disposition. Celle-ci, toujours visible et entretenue, sera régulièrement l'objet de célébration par les ecclésiastiques de la paroisse. Une fête y est documentée pour l'année 1999.

Le curé Métayer entouré de quelques paroissiennes, à Lourdes en 1954.

Le 31 octobre 1954, la grotte avec sa vierge est inaugurée en présence de Monseigneur Autexier, vicaire général du diocèse. Lors de la bénédiction, des petites cartes-souvenir sont offertes à chaque participant.

Grotte de la Vierge
Petit autel installé à côté de la grotte.

L’année suivante, en 1955, toujours sous l’impulsion de l’abbé Métayer, on décide de construire un calvaire à l’entrée du village, sur la route de Beauvoir. C’est Albert Rossard, maçon au village, qui est chargé de réaliser la croix et de l'installer. Pour l’inauguration, Métayer a organisé une « mission » à laquelle participent les jeunes du catéchisme, de même que les familles pieuses. Cette mission dure une semaine entière, avec des cérémonies tous les jours. Le dernier jour, une procession est organisée pour amener le Christ offert par l’évêché, de l’église jusqu’à la croix, et le mettre en place. Une grande célébration a lieu, avec chants et bénédictions, en présence de tous les paroissiens et du grand vicaire qui s’est déplacé pour l’occasion. Un autel avait été installé et recouvert d’une montagne de fleurs. En 1957, on en placera un autre assez similaire, un peu plus loin vers Beauvoir, à « La Croix Portillon ».

    Le dimanche de l'inauguration, le calvaire est couvert de fleurs.

    En 1956, c’est un nouveau pèlerinage à Lourdes, duquel on ramène également une vierge. Celle-ci sera installée au Grand-Bois, au bord du chemin traversant le hameau, sur un terrain offert par la famille Druet, sur lequel une grotte avait été construite. Au retour, l’abbé Métayer, accompagné de deux missionnaires, Mgr Couturon et Mgr Travaleau, avait organisé une nouvelle  « Mission », également d’une semaine. Le dernier jour, 31 mai 1956, jour de la « Fête Dieu », une procession fut organisée pour amener la statue de la vierge de l’église jusqu’au village du Grand-Bois. Ceux qui la portèrent tout du long s’en souviennent encore ! De nos jours cette grotte est toujours visible, et entretenue par la famille Moreau.

    La Vierge du Grand-Bois
    Sur son piédestal devant l'église
    Lors de la « Fête Dieu », le 31 mai 1956
    Groupe d'enfants posant ce jour-là devant la statue


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