Grandes foires et auberges

Intérieur d'auberge au XVIIIe siècle – Léonard Defrance

Au printemps, à la Pentecôte, et en automne le 25 octobre, se tenaient aussi au village de grandes foires qui rivalisaient en popularité avec celles de Niort. Les foires succédaient aux anciennes fêtes patronales [1]. Elles duraient plusieurs jours, et on y négociait le prix des vins de Saintonge. Il se vendait aussi quelques gros bestiaux, des moutons et des brebis. Les cabaretiers du bas-Poitou, de Niort, de Gâtine, de Frontenay et les gens de la région s'y rendaient en masse et, comme pour les vendanges, l’humeur était à la gaieté, aux rigondaines [2]. Le vin rouge de la Foye rivalisait avec les Bordeaux. S'il ne s'exportait plus en Angleterre comme autrefois, il en partait pour les Flandres. Le vin se gardait quatre ou cinq ans et se buvait le plus souvent à quinze lieues à la ronde. Le vin blanc, beaucoup plus répandu, se distillait en une eau-de-vie aussi appréciée que celle de Cognac, vendue en grande quantité pour l’occasion. D’une barrique de 225 litres, on pouvait faire de 15 à 20 litres d’eau-de-vie [3]. Il y avait aussi quelques rouliers, routiers de l’époque, qui montaient porter le vin en charrettes à Niort, ou bien rapportaient certaines denrées depuis la ville ou la province.

Plusieurs auberges bordaient la rue principale, dont une tenue par François Lévesque. Elles étaient gérées par des familles liées entre
elles : certains, comme les David, avaient été cabaretiers de père en fils au siècle précédant. Aux alentours de 1710, le jeune cuisinier et tonnelier François David avait succédé à son père Jean, un protestant. Et puis, quelques années après son décès en 1753, François Lévesque avait pris sa suite. Sous l’Empire, l’auberge de François sera léguée à Louis Guitteau, son beau-frère (également beau-frère de Pierre Bodin, syndic et futur maire de la paroisse). Jeanne Archimbault, veuve en 1792 du maréchal-ferrant René Louvrier, fut aussi aubergiste. Isaac Hyacinthe Louvrier, son fils cadet, négociant en vin, lui succédera dès 1800 [4].

Bagarre d'hommes dans une chambre d'auberge
– Léonard Defrance, peint entre 1760 et 1780

Ces auberges étaient particulièrement actives aux périodes des deux foires annuelles, profitant de l'afflux de négociants. Des prostituées veillaient parfois au « divertissement » des clients de passage. Ainsi la jeune Isabelle Migaud, venue sans doute de Niort. Deux ans plus tôt, elle avait accouché d’un enfant illégitime que le curé Bory avait consenti à baptiser « à l’eau seulement », mais qui n’avait trouvé ni parrain ni marraine. Les archives rapportent que des voyageurs s’y amusaient jusque tard dans la nuit et buvaient parfois trop, forçant l’intervention des gardes de la châtellenie [5].


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Notes
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[1] Le 25 octobre, à savoir la veille de la saint-Simon et saint-Jude, patrons de la paroisse de la Foye et de l'abbaye de Montierneuf.   [<-]

[2] Rigourdaine ou rigondaine, s. f. — Plaisanterie, anecdote, chansonnette joyeuse.  (cf. Dictionnaire éthymologique du patois poitevin).   [<-]

[3] Henri Demellier, curé de Saint-Étienne-la-Cigogne, Notes Historiques sur le Canton de Beauvoir, 1921, p99.   [<-]

[4] Sachant que Martin Olivier Louvrier, son frère aîné, était décédé en 1792.   [<-]

[5] Les archives communales de la Foye rapportent en 1792 l'une de ces interventions, dans l'auberge tenue par François Lévesque. Pourtant, après que de nombreux Cahiers de doléances aient demandé aux autorités d'agir, afin de contrôler les abus d'ivrognes perpétués aux alentours des nombreux cabarets et auberges (situés dans les villages, mais aussi le long des routes), fléau de ces temps de crises, l'Assemblée constituante avait envoyé dès 1789 des directives aux communes. Celles-ci, rapportées dans les procès verbaux des archives, demandaient aux citoyens « de ne point donner congé le dimanche et les jours de fête aux journaliers, de même durant la célébration de l'office divin, pas plus que le soir passé neuf heures et demie, ceci de la Toussaint jusqu'à Pâques ». Un couvre-feu était imposé : à neuf heures, tous les soirs, les cloches de l'église sonnaient une demi-heure durant, afin d'avertir les gens de ne plus quitter leur domicile. Les cabarets devaient alors fermer leurs portes et les clients rentrer chez eux. Le reste de l'année, le couvre-feu avait lieu une heure plus tard. Si des étrangers arrivaient à l'auberge, les tenants devaient aussitôt avertir syndic.   [<-]