Le soulèvement


Lafayette à Versailles, le 6 octobre 1789.
Son arrivée sauva de justesse la famille royale.
[Dossiers spéciaux, gravure de JF Janinet]

« Dans la nuit du 14 au 15 juillet 1789, le duc de la Rochefoucauld-Liancourt fit réveiller Louis XVI pour lui annoncer la prise de la Bastille. 
– C’est donc une révolte, dit le roi. 
– Sire, répondit le duc, c’est une révolution.  
L’événement était bien plus grave encore. Non seulement le pouvoir avait glissé des mains du roi, mais il n’était point tombé dans celles de l’Assemblée ; il était par terre, aux mains du peuple lâché, de la foule violente et surexcitée. En fait, il n’y avait plus de gouvernement ; l’édifice artificiel de la société humaine s’effondrait tout entier. Ce n’était pas une révolution, mais une dissolution. »
Peu à peu, les débordements populaires échappèrent au contrôle des soldats et de la maréchaussée : « La famine était partout. En vain, le gouvernement commandait aux fermiers, propriétaires et marchands de garnir les marchés, doublait la prime d’importation, s’ingéniait, dépensait 40 millions pour fournir du blé à la France. En vain, les particuliers, princes, grands seigneurs, évêques, chapitres, communautés, multipliaient leurs aumônes. »  
« Ce qui rendait la Révolution irrésistible, c’est qu’elle se croyait autorisée par ceux-là mêmes qui avaient à charge de la réprimer. – Dès le 9 janvier 1789, dans la populace qui envahit l’hôtel de ville à Nantes et assiège les boutiques de boulangers, le cri de Vive la Liberté se mêlait au cri de Vive le Roi » [1]
À travers la France, on ne comptait plus les « convois arrêtés, blés pillés, meuniers et marchands de grains pendus, décapités, massacrés, fermiers sommés sous menace de mort de livrer jusqu’à leur réserve de semence. »
Taine, Les Origines de la France Contemporaine
[Tome II, La Révolution : l'Anarchie]
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Note
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[1] « Toujours à Nantes, un sieur Geslin étant député par le peuple pour visiter une maison, où il ne trouve pas de blé, un cri s’élève : C’est un receleur, un complice ! La foule se jette sur lui, il est blessé, presque écharpé. – Il est manifeste qu’il n’y a plus de sécurité en France ; les biens, les vies même sont en danger. La première des propriétés, celle des subsistances, est violée en mille endroits, et partout menacée, précaire. »
[source : Taine, Tome II, p29]