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| L'uniforme des gardes nationaux pouvait varier dans le détail selon leur affectation. Ceux de la Foye portaient probablement un uniforme plus sobre que celui-ci. |
À la Foye comme ailleurs, les notables qui ne s'étaient pas mis le peuple à dos pouvaient toujours compter sur la garde. Celle-ci, nommée dans un premier temps « garde bourgeoise », se chargerait de protéger leurs intérêts.
En août 1789, un décret avait aboli celle de la châtellenie que commandait François Bastard de Crisnay. Devenu trop impopulaire, ce corps fut tout simplement rebaptisé « garde nationale de la commune » … et renforcé. En effet, à l'exception des nouveaux venus, volontaires ou réquisitionnés, la composition de la nouvelle troupe restait essentiellement la même, et François fut reconduit dans ses fonctions. [1]
Les gardes arboraient tous la cocarde tricolore, proposée par La Fayette. Initialement chargés de faire appliquer les lois seigneuriales, comme les droits de chasse, ils avaient avant tout pour tâche de faire régner l’ordre public. En ces temps de grande misère, l’abus d’alcool par les plus pauvres était un fléau. De nombreux Cahiers de doléances avaient fait mention des abus d'ivrognes perpétués aux alentours des nombreux cabarets et auberges, situés dans les villages, mais aussi le long des routes.
Dès 1789, l'Assemblée constituante avait envoyé des directives aux communes. Celles-ci, rapportées dans les procès verbaux des archives, demandaient aux citoyens « de ne point donner congé le dimanche et les jours de fête aux journaliers, de même durant la célébration de l'office divin, pas plus que le soir passé neuf heures et demie, ceci de la Toussaint jusqu'à Pâques ».
Un couvre-feu était imposé : à neuf heures en hiver, tous les soirs, les cloches de l'église sonnaient une demi-heure durant, afin d'avertir les gens de ne plus quitter leur domicile. Les cabarets devaient alors fermer leurs portes et les clients rentrer chez eux. Le reste de l'année, le couvre-feu avait lieu une heure plus tard. Si des étrangers arrivaient à l'auberge, les tenants devaient aussitôt avertir le syndic. En dépit de quoi, il y avait toujours des débordements, et les archives communales rapportent en 1792 l'une de ces interventions par la garde, dans l'auberge tenue par François Lévesque.
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| La réquisition de nombreux journaliers dans la garde nationale permettaient d'employer des jeunes désoeuvrés, qui risquaient autrement de poser des problèmes pour les autorités. |
Accompagnant la Grande Peur, la panique et l'anarchie régnaient à travers le pays, entrainant leurs lots de pillages, d'émeutes et d'incendies. De nombreuses propriétés seigneuriales étaient dévastées. Pour maintenir l’ordre, il était devenu nécessaire de mettre sur pied une troupe plus nombreuse. En mai 1790, André Isaac Bastard de Chatelier, fermier général de la seigneurie voisine de la Rochénard, succédait à son frère aîné au poste de commandant de la garde. On lui adjoignit des huissiers pour la collecte des impôts : l’un d’eux, François Delavaud, fut nommé capitaine. Les effectifs comptaient Thomas Billy, major, Jean Louis Guibert et Jacques Geoffroy, sergents ; François Marchand et Jean Gaboriaud, caporaux ; François Barreau [2] et Pierre Bonnin, gardes champêtres, ceux-là encadrant une vingtaine de paysans réquisitionnés.
Inscrits au rôle de la garde nationale en tant que citoyens actifs, les paysans n’appréciaient guère ce service forcé qui les éloignaient de leurs champs. En octobre, en vertu de la loi qui interdisait à quiconque d’abandonner son poste, le maire déclara « ennemis de la patrie » cinq démissionnaires : Jean Maurice Clouzeau (journalier alors âgé de 51 ans), Jean Talon (alors âgé de vingt ans, et qui décèderait en 1795), Jean Nourrigeon, Jacques Saragot et Pierre Gandreuil (ou son fils du même nom, désigné comme collecteur d'impôt pour l'année suivante).
L’affaire fut vite enterrée et il n’y eut pas de suites, mais la sécurité restait précaire. En novembre, Bodin fit mettre le trésor du greffe sous scellée.
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| Jeunes tambours de la garde nationale |
Lorsque le curé eut terminé, le procureur André Augustin Vien se leva et prononça un discours patriote, reflétant l'enthousiasme et l'espoir partagée, en ce début de révolution, par une majorité de Français. Ce fut ensuite au tour du maire Pierre Bodin. Il pris place aux côtés du procureur, du curé et des gardes, puis, la main levée, imité en cela de tous les habitants, prêta le serment civique. Ils jurèrent solennellement : « de maintenir de tout notre pouvoir la Constitution du royaume, d'être fidèle à la nation, à la loi et au roi, de lui être individuellement attaché, de remplir en toute occasion, en chaque circonstance, avec zèle et courage, les fonctions civiles et politiques qui pourraient vous être confiées, à soulager nos frères, et de verser pour eux et notre patrie la dernière goûte de notre sang. » [note]
Toujours debout, Després leur demanda de chanter Domine, salvum fac Regem en l'honneur de la personne sacrée du Roi, suivi du cantique de l'église, Te Deum...
La cérémonie terminée, la foule se dispersa à l'exception des membres du conseil municipal et des gardes. On demanda au greffier Fleuriau de rapporter en détail la cérémonie mémorable qui venait d'avoir lieu, puis tout ceux présents qui le pouvaient signèrent.
On projetait ce soir-là de faire un grand feu de joie sur le champ de foire afin de marquer les réjouissances. On aurait de la musique, on sortirait le vin des chais, et aussi quelques barriques d'eau-de-vie de la Foye, il y aurait des viandes rôties et du pain en abondance. Après tant d'années de disette et de privations, pensez donc ! Després avait annoncé qu'avant cela, il donnerait « la bénédiction pour demander à Dieu le maintient de la Constitution, le Salut de l’État, et la conservation de la personne sacrée du Roi. »
Le soir venu, les célébrations se déroulèrent comme prévu. Tous les habitants du village s'étaient assemblés. On dansait joyeusement autour du grand bucher, on faisait la ronde sous les étoiles et sous l’oeil attentif de la garde… mais sans son commandant. Comme le notaient le procureur Vien et le greffier Fleuriau, tous ne croyaient pas qu’il y avait matière à célébrer :
« On observe que le sieur Isaac Bastard a dédaigné de se trouver à la tête de sa troupe pour célébrer la présente fête, a préféré se rendre à Niort ce jour là, n’a point prêté le serment fédératif, et a même mis sous clé, en partant, le tambour de la compagnie. » [3]
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Notes
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[2] En janvier 1792, François Barreau sera confirmé comme garde champêtre de la municipalité pour un salaire de cent livres par an. [<-]
[3] Archives communales de la Foye-Monjault.
L'abbé Demellier relate un évènement similaire à Saint-Étienne-la-Cignogne, deux ans plus tard : « Le 14 juillet 1792, l'anniversaire de la prise de la Bastille fut célébré en grande pompe. Un feu de joie monstre fut allumé sur la place de l'église, en présence du maire, des officiers municipaux et de la plupart des habitants, drapeau en tête. Invité à bénir le drapeau, le curé s'y refusa tout d'abord ; mais devant la menace qui lui fut faite de le jeter au milieu du feu de joie, il consentit à faire ce qu'on exigeait de lui. » [Henry Demellier, Notes historiques sur le canton de Beauvoir-sur-Niort, p33-34] [<-]


