Culture de la vigne et agriculture

Autour du village, la campagne était couverte de vignobles, parsemée de bosquets d’arbres parmi lesquels des noyers, des pêchers, ainsi que quelques pommiers. Cette grande étendue de vigne était délimitée à l’est par le bois de la Foye, près de Beauvoir, et au sud-ouest par le bois des Loges aux abords d'Usseau. Ici et là, on apercevait des celliers et de petites « cantines », maisonnettes équipées d’un cadran solaire pour estimer l’heure. Les paysans s’y rassemblaient pour se restaurer ou se mettre à l’abris.

Une cantine au milieu des vignobles.
Les vignerons s'y rassemblaient afin de prendre leur repas.
Costume du paysan poitevin des Deux Sèvres au XVIIIe siècle

Cadastre de 1820, montrant les vignes et les champs à l'est du village, 
entre la Foye et le Cormenier. Ce sont de petites parcelles de terrains 
découpées en longueur dans le sens des randes.

Vignerons et laboureurs exploitaient les quelques randes et planches de vignes dont ils étaient les propriétaires, ainsi que de petits champs de blé, d’avoine, d’orge, de seigle, de méteil ou de chanvre (chènevières, ou channebeauts en patois), découpés en longueur, répartis à deux ou trois kilomètres autour du villages et de ses hameaux. Mais il s’agissait pour la plupart de petites parcelles de terrain qui étaient soumises à la taxe seigneuriale. Le reste était en friches et servait à nourrir le bétail, en particulier quelques troupeaux de moutons et de brebis qui, avec le vin et le bois, constituaient le principal revenu du pays. [1]

Exemples de pics utilisés en France pour la viticulture.
Celui de droite était en usage au sud de la Foye, en Charente Maritime.

Dans les vignes, sur les randes, chaque pied était espacé de 1.10m [2], et la culture se faisait au pic plat à double crochet. Un bon vigneron pouvait labourer dans sa journée six à huit ares (six à huit cent mètres carrés). Un premier labour, la levure était pratiqué entre janvier et avril. Venait ensuite l’abattage, de fin mai à juin,  le binage de juin à août et enfin la taille en février-mars. [3]

Les vignes à la Foye étaient plantées à la barre, selon la tradition niortaise :
indépendantes, sans échalas, placées entre deux billons.

Les vignes n'avaient pas d'échalas. Selon la méthode niortaise, elles étaient constamment maintenues en lignes parfaites, et les ceps restaient indépendants les uns des autres. On ne pratiquait pas encore la fumure des vignes à cette époque. Le rendement était jugé suffisant et il aurait fallu importer le fumier du Marais, à 18 km de là. Les routes, impraticables huit mois par an, ne le permettaient pas. [4]



Les vendanges

Les chemins de la châtellenie, dont ceux qui sillonnaient les vignes, étaient encore trop étroits et gênaient le mouvement des charrettes [5]. On transportait le raisin à l’aide de civières, de paniers, de baquets rectangulaires en bois, de brouettes ou de hottes en bois. Les paniers étaient portés sur la tête et les hottes à bretelles sur les épaules. On les vidait ensuite dans une cuve juchée sur la charrette. Contrairement à nos jours, la population était nombreuse, avec des domestiques pour aider aux travaux.

Panier (ou baquet) et hottes étaient employés pour transporter le raisin
jusqu'à la charrette. On vidait le raisin dans la cuve (à droite) 
disposée sur la charrette.

On voit sur sur cette illustration du XIXe siècle les raisins vidés dans la hotte,
avec derrière une hotte pleine montée jusqu'à la cuve.
Sur la charrette, un vigneron foule le raisin à l'aide d'un bâton fouloir.

Certains vignerons foulaient à la vigne, les autres une fois de retour à la ferme. Quelques-uns foulaient tous les jours, soit avec des bâtons fouloirs, soit aux pieds ; d'autres enfonçaient le marc sous les jus par des planches superposées, chargées de pierres. On tirait les vins après dix, quinze et trente jours de cuvaison. Les petits propriétaires s'abstenaient de presser et faisaient des demi-vins et des piquettes. Les grands propriétaires (ici les fermiers généraux et le prieuré) ne mêlaient pas les vins de presse avec les autres, qu'ils distillaient. [6]



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Notes
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Certaines descriptions des pratiques agricoles ont aussi pour source le livre de Maxime Arnaud, Souvenirs d’un Vieux Paysan, qui décrit la Foye-Monjault telle qu'elle était en 1875. À cette époque encore, certains aspects du mode de vie des villageois étaient hérités du siècle passé, et différaient assez peu de ceux qui durent être en usage à la veille de la Révolution. Les technologies agraires dans cette région, par exemple, n'ayant que peu ou pas évoluées. On retrouve les mêmes pratiques décrites en 1867 par Jules Guyot, dans son tome II des Étude des vignobles de France.

[1] D'après Léo Desaivre, membre du Comité d’études et de la Commission pour la recherche et la publication des documents d’archives relatifs à la vie économique de la Révolution française. Il ajoute : « Jadis il eut paru peu séant de fixer le cours du vin à la foire de La Foye Monjault, le 25 octobre, sans sabrer les huitres. »


En ce qui concerne les brebis, ce commerce ne devait pas rapporter beaucoup. Dans le patois, on trouve le terme « bigacer », qui signifie « commercer sur les animaux sans valeur, particulièrement sur les chèvres, biques » (Cf. Dictionnaire éthymologique du patois poitevin, de Gabriel Lévrier, 1867).   [<-]

[2] Cette mesure des ceps plantés de 1m à 1.30m au carré se retrouve dans l'ouvrage de Jules Guyot, dans le chapitre décrivant les techniques de plantation des ceps dans les arrondissements de Niort de Melle en 1868 (Étude des vignobles de FranceTome II, p519).   [<-]

[3] Jules Guyot : « On donne trois ou quatre cultures aux vignes. On lève avant, pendant ou après la taille, c'est-à-dire qu'on déchausse avant la taille, on taille et on enlève les sarments, puis, à la fin avril et au commencement de mai, on racle le fond des sillons et l'on perfectionne le billon intermédiaire aux souches, tout en détruisant les herbes [billon : rang, petite butte d’environ 15-20 centimètres de hauteur]. La troisième culture, donnée à la fin juin et au commencement de juillet, consiste à rabattre la moitié environ du billon vers la souche. Enfin, quelques uns donnent un binage général, soit à la fin juillet, soit à la fin août. » (Étude des vignobles de FranceTome II, p525).   [<-]

[4] L'ouvrage de Jules Guyot indique aussi qu'on ne pratiquait pas encore la fumure des vignes à cette époque. Maxime Arnaud, lorsqu'il décrit la façon dont les vignes étaient gérées depuis 1875, indique que « le  fumier et le foin étaient importés des marais, à une distance de 18km, et l’on partait de bonne heure pour faire l’allée-retour dans la journée. » Mais avant lui, en 1868, Guyot notait que les paysans n'avaient adopté cette pratique qu'à partir de 1850-1860. Avant cela, les rendements étaient jugés suffisants et « on laissait le soin de la fumure aux alouettes » (Étude des vignobles de FranceTome II, p525).   [<-]

[5] Maxime Arnaud écrit que dès 1875, les chemins entre les vignes avaient quatre mètres de large. Mais l'une des remontrances du Cahier de doléance de la Foye indique qu'en 1788 « les chemins qui se trouvent dans ladite paroisse, dans toute la châtellenie, se trouvent très resserrés et point du tout conformes aux lois de Sa Majesté, il serait à désirer qu'il plût à Sa Majesté que les deniers qui sont annuellement payés pour contribuer aux corvées, fussent employés à faire réparer et arranger les dits chemins, du moins jusqu'à ce qu'ils fussent totalement praticables, ce serait un moyen de soulager un peu les pauvres qu'on occuperait à cet ouvrage... ».   [<-]

[6] Jules Guyot, Étude des vignobles de FranceTome II, 1868, p526.   [<-]


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