Les bénédictins de Poitiers n'attendirent pas que l'abbaye et le monastère aient été bâtis avant d'entreprendre la construction du prieuré de la Foye. Dès 1079, l'un des tous premiers abbés de Montierneuf détaché de Cluny, Guy de Renel, enverra plusieurs moines sous la conduite de Pierre Crispeau (Petrus Crispelli), afin de superviser les travaux.
Deux autres moines, Aimardus et Guillermus, lui succéderont dans cette tâche. Dés 1130-1132 la dépendance est qualifiée de « prieuré ».
Deux autres moines, Aimardus et Guillermus, lui succéderont dans cette tâche. Dés 1130-1132 la dépendance est qualifiée de « prieuré ».
Techniques de construction
Il est possible que le prieur Crispeau ait fait venir de Montierneuf ou
de Cluny un moine bâtisseur, ou qu'il ait engagé un maître d’œuvre
itinérant (architecte-maçon). Le style de l’église de La Foye ressemble
en tout cas d’avantage aux petites églises d’Aunis ou de Saintonge qu’à
celles des environs de Poitiers.
Pour loger l’architecte, la main d’œuvre, les bœufs, chevaux et
charriots pour le transport, on construisait d'abord des bâtiments en
bois et torchis, la belle pierre étant réservée pour l’édifice
religieux. On organisait aussi la distribution de l’eau à partir des
cours d'eau les plus proches (situés à deux ou trois kilomètres du
chantier). Par la suite, les ouvriers profiteront de la logistique en
place et des techniques acquises pour construire de vraies maisons en
pierre, afin de loger familles et animaux. On creusera également des
puits.
Les ouvriers étaient des paysans locaux, payés en « crédit pour
l’au-delà » et en nature : du pain et du vin de qualité médiocre (fourni
dans des « barricots » de trois à cinq litres, bus dans la journée).
Pour les plus méritants, des ceps de vigne et même parfois, en prime, un
carré de terre pour les planter.
De nouveaux chemins furent creusés afin de relier le chantier aux
carrières locales qui fourniront les pierres. On abattit aussi des
arbres pour les échafaudages et les structures de supports, ainsi que
pour les charpentes.
L’élévation de l’édifice religieux pouvait alors commencer. Ce que nous
appelons aujourd’hui une petite église de village prenait entre 3 et 10
ans pour sortir de terre. Un plus gros bâtiment pouvait prendre 20 ans.
Avant la construction, les repérages au sol étaient faits à l’aide de
pieux et de cordes. En l’absence de techniques de plan, le bâtisseur
matérialisait au sol, avec des pierres, le dessin des contours du futur
bâtiment. Ignorant le système métrique, les mesures étaient faites à
l’aide de bâtons calibrés qui servaient pendant toute la durée de la
construction.
Au printemps, la construction à proprement parler pouvait enfin
commencer. Le sol était béni par un dignitaire ecclésiastique et sa
venue était l’occasion de fêtes, auxquelles prenaient part tous les
hameaux environnants.
Au fur et à mesure des besoins, on montait des échafaudages avec
escalier, grue à roue (cage à écureuil) et potence, assemblés avec des
systèmes de poulies permettant de hisser les pierres. Les échafaudages
étaient composés de grosses poutres horizontales appelées boulins,
provisoirement inclus dans la maçonnerie. Elles supportaient les
platelages (planchers) sur lesquels circulaient les ouvriers. Quand
l’échafaudage était démonté, les trous de boulins restaient visibles. On
peut encore les observer sur les murs des maisons, mais on les bouchait
sur les églises.
Les murs étaient solidifiés avec un mortier préparé par le chaufournier,
composé de sable et de chaux (poudre de pierre calcaire, chauffée à
très haute température dans des fours à soufflets, construits sur
place). Rien que pour réaliser ce ciment il fallait de six à huit
ouvriers par four, et il y en avait au moins trois sur place. Ce mortier
était utilisé par le maçon. Le chantier évoluait au gré des aléas
climatiques, des mouvements des populations, des travaux des champs et
des problématiques de construction résolues au jour le jour.
La construction de l’église commençait généralement par le chevet pour
se terminer par la façade. L’hiver, le chantier s’interrompait. On
recouvrait les bâtis avec du fumier et de la paille. La chaleur produite
par sa macération favorisait le séchage et le durcissement des joints.
Les ouvriers vivaient au ralenti et dépendaient des religieux, qui
s'efforçaient de retenir cette main d'œuvre jusqu’au retour du
printemps. Ces « bras » étaient sollicités pendant plusieurs années,
autant pour extraire les pierres des carrières que pour construire
l’édifice.
Les marques des tailleurs de pierre
Autrefois, les tailleurs de pierre étaient payés à la tâche. Pour chaque
pierre terminée, ils gravaient sur l'un des cotés un signe permettant
de les identifier. À la fin de la journée, le contremaitre comptait les
pierres de chacun et procédait au paiement. Ensuite elles étaient
assemblées par les maçons pour former les murs.
On peut encore
apercevoir certains de ces signes sur les pierres constituant les murs
les plus anciens de l'église :
Le prieuré sera construit juste au nord de l’église, avec plusieurs bâtiments pour stocker les récoltes. L'ensemble inclura un puits, un four banal et un pressoir pour les vendanges. En dépit des guerres, ce siècle verra l'essor en France de la viticulture : les premières vignes seront plantées par les moines au lieu-dit « la Plante aux Moines », situé à l'ouest du village. Au nord, on construira également un moulin à vent, connu plus tard sous le nom de « l'Ancien », et toujours en activité au XIXe siècle.
À
côté de l'église, un cimetière nommé « le Paradis » sera réservé aux
ecclésiastiques. Les villageois, pour leur part, seront enterrés
séparément.
De
nombreux prieurs s’y succéderont durant plus de 600 ans (soit plus de
18 générations), assistés de deux à quatre moines selon les périodes,
ainsi que de quelques convers ou laïcs. Les derniers bénédictins ne
quitteront définitivement le prieuré qu'au XVIIIe siècle.
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