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Le Prieuré : Sept siècles d'existence

Montierneuf et Chizé, pouvoirs spirituels et temporels
Jusqu'à la fin de la Renaissance, tout sujet du royaume de France était régi par un double pouvoir : le pouvoir spirituel administré par les représentants de la papauté (l'église et les ordres religieux), et le pouvoir temporel incarné par la royauté et ses vassaux.

Miniature de la prise de Chizé par Dugesclin.(1373). Chroniques de Froissart
 
Lorsqu'en 1077 Guillaume « fait don » aux bénédictins de la revestiture de La Foye, il autorise les moines à la défricher afin d'y faire construire un village et des bâtiments religieux. La Foye devient une paroisse qu'ils auront à charge d'exploiter. Dans le même temps, cette partie du domaine royal est attribuée à un seigneur vassal des comtes du Poitou. Vers 1189, Richard Cœur de Lion confirmera leur donation aux Lusignan et à leurs successeurs, établis au château de Chizé.

Initialement, le moine délégué à la supervision du petit prieuré de La Foye-Monjault, le prieur, opère sous l'autorité de l'abbé de Montierneuf. Chaque année, il doit organiser la collecte de la dîme, une taxe représentant le dixième de la production des villageois. Il perçoit aussi les banalités associées à l'usage du four et du moulin. Le seigneur de Chizé, pour sa part, peut prélever le cens, un impôt qui au Moyen-Âge pouvait représenter jusqu'à un tiers des récoltes  Une partie des habitants de la paroisse, appelés « hommes du prieur », lui sont également redevables du service militaire (service d'ost) et s'exercent à cette fin deux fois par an.

Le prieur se doit par ailleurs de recevoir à sa table le seigneur de Chizé, lorsque ce dernier se rend au bourg. Il exerce le droit de « basse justice », à savoir l'arbitrage des vols et des divers conflits entre paroissiens, là où celui de haute justice concerne des crimes plus graves comme le meurtre. Celui de haute justice concerne des crimes plus graves, comme le meurtre, et reste la prérogative du seigneur. Au quotidien, le prieur et le seigneur de Chizé sont cependant représentés par un prévôt qui administre la justice en leur nom.

Suivant le déclin de la seigneurie aux mains des Lusignan et des Brienne (le dernier ayant été décapité pour trahison), l'exercice du pouvoir royal passera par la suite aux mains du sénéchal du Poitou.

Le rôle du prieur évoluera en importance avec le temps, entrainant une diminution croissante de l'autorité de Montierneuf. Dès le XVIe siècle, le prieur est devenu abbé commendataire, dignitaire souvent absent, cumulant les droits seigneuriaux et ecclésiastiques. La collecte de la dîme se voit déléguée à un fermier seigneurial. Le cens, tombé en désuétude, est remplacé par l'impôt de la taille versé à l'administration royale avec l'appui paroissial du syndic.

Prieuré, église et village : une entreprise commune
Pourquoi bâtir un prieuré, ainsi qu'une église et un village, sur des terres aussi inhospitalières au premier abord ? La paroisse n'est en effet traversée par aucun cours d'eau, rendant difficile l'approvisionnement en eau potable. Quant au sol, même défriché, il est pauvre et se prête mal aux labours.
Enluminure. Défrichage des terres au Moyen-Âge.

Qu'à cela ne tienne ! Les travaux iront de l'avant, à commencer par l'église et le prieuré. Ces bâtiments ne sont pas juste un lieu de prière et d'habitation pour les moines. À cette époque de ferveur religieuse, ils présentent aussi un attrait pour les colons. Ces derniers viendront se sédentariser autour de ce nouvel axe spirituel, profitant par ailleurs des terres offertes par les bénédictins lors du défrichement (ces terrains étaient « confiés » aux paysans et non pas donnés en pleine propriété. Ceux-ci avaient le droit d'y construire une maison pour y loger leur famille et leurs animaux, mais ils n'avaient pas la liberté de semer ou planter ce qu'ils voulaient, ni de défricher sans autorisation. 
 
 
 
La culture de la vigne se faisait selon le principe du bail à complant). Dans le contexte du servage de la société féodale, cette entreprise leur donne l'opportunité d'une progression sociale.
Enluminure. Paiement des taxes dues au seigneur.

Mais pour l'abbé de Montierneuf, le domaine de La Foye est avant tout une source de revenus financiers. Le monastère doit pouvoir vivre de ses rentes. Dans cette optique, la fixation d'une population paysanne l'autorise à lever des impôts. Quant à la bénédiction du mariage de Guillaume par le pape, donnée en échange de la création de l'abbaye, il va de soit qu'elle n'était pas désintéressée : ces revenus profiteront non seulement à Montierneuf, mais aussi à Cluny et au Vatican qui en toucheront une partie

La construction du prieuré, de l’église et du village va donc de pair, les intérêts de la noblesse, du clergé et du peuple étant ici liés dans une entreprise commune.

Le choix du lieu
Il n'existe, à notre connaissance, aucune coutume païenne préexistante ayant pu influencer le choix de l'emplacement de l'église, contrairement au culte gaulois observé par la paroisse voisine d'Usseau

En revanche, une source souterraine alimentait autrefois une petite mare située en contrebas de l'église. Elle est aujourd'hui à sec, mais les paysans y amenaient encore leur bétail jusque dans les années 80. Et malgré l'absence de cour d'eau sur la commune et la sécheresse des sols, l'intérieur de l'église et de la sacristie a toujours souffert d'une forte humidité, le dallage étant en partie recouvert d'une fine mousse verte. Il est donc possible qu'au Moyen-Âge, et même longtemps avant cela, les habitants de la région aient eu connaissance d'une source au cœur de la forêt, et que celle-ci ait revêtu un caractère sacré.

Selon toute vraisemblance, il dut aussi se trouver là une petite clairière, située près du centre du domaine, qui servit de point de départ à la construction des premiers bâtiments.


Le terrain offrait par ailleurs quelques avantages matériels : le sol pierreux et sec simplifiait grandement le besoin de fondations coûteuses, et il y avait à proximité toute la pierre nécessaire à la construction de l’édifice (limitant les frais de transport), de même que pour le bois et la main d’œuvre
 

La construction du Prieuré

Le prieuré de La Foye sera construit par des moines et surtout des paysans, employés sous les ordres d’un maitre d’œuvre de Montierneuf qui jouera également le rôle d’architecte. Sa construction sera relativement rapide. Un jugement rendu sur la « prévôté » du prieuré de La Foye Monjault par des délégués du Saint-Siège au profit de l’abbaye de Montierneuf, le « christiana », atteste que le prieuré existait dès 1135 sous le nom de Faia Mona-chalis.

D’abord construction modeste, le Prieuré sera progressivement agrandi de celliers et plusieurs dépendances pour engranger la part des récoltes reçue au titre du complant. Il y aura aussi un jardin, et peut-être un pigeonnier.

Avec le développement du vignoble on construira un pressoir communal et des chais. On creusera aussi un puits, l’eau étant rare sur cette colline calcaire. Plus tard on mettra à disposition du village un four dit « banal », et un moulin à vent « banal », ce qui signifie que les habitants paieront au prieur le « ban », une taxe pour leur utilisation. Ceux-ci seront encore en service à la veille de la révolution.

Les bâtiments conventuels, se trouvaient dans un vaste quadrilatère. Avec les troubles de la guerre de cent ans, une enceinte sera construite tout autour pour les protéger, renforcée de trois tours sur le devant. Mais ca n’empêchera pas que le prieuré soit régulièrement pillé.

On n’en a pas retrouvé de plan détaillé, cependant le cadastre Napoléonien de 1820 permet d’en dessiner le contour. Il subsiste les soubassements des tours et quelques murs. Dans une maison face à l’église, il existe encore un cellier enterré, avec de superbes voûtes en ogive.

Pour en savoir plus… « Empreinte » du Prieuré de La Foye


 

D’abord construction modeste, le Prieuré sera progressivement agrandi de celliers et nombreuses dépendances pour engranger la part des récoltes reçue au titre du complant. Il y aura aussi un jardin, et peut-être un pigeonnier.

Avec le développement du vignoble on construira un pressoir communal et des chais. On creusera aussi un puits, l’eau étant rare sur cette colline calcaire. Plus tard on mettra à disposition du village un four dit « banal », et un moulin à vent, ce qui signifie que les habitants paieront au prieur le « ban », une taxe pour leur utilisation. Ils seront encore en service à la veille de la révolution.

 

Les bâtiments conventuels, se trouvaient dans un vaste quadrilatère. Avec les troubles de la guerre de cent ans, une enceinte sera construite tout autour pour les protéger, renforcée de trois tours sur le devant. Mais ca n’empêchera pas qu’il soit régulièrement pillé.

On n’a pas retrouvé de plan détaillé du prieuré, cependant le cadastre Napoléonien de 1820 permet d’en dessiner le contour. Il subsiste les soubassements des tours et quelques murs. Dans une des maisons attenante, il existe encore un cellier enterré, avec de superbes voûtes en ogive.

Pour en savoir plus… « Empreinte » du Prieuré de La Foye

La construction de l’église

Quelques décennies après la création de la Foye, au début du XIIème siècle, les moines firent édifier une chapelle dans l’enceinte du prieuré. Elle sera utilisée comme église paroissiale et sera dédiée à Simon et Jude comme l’abbaye de Montierneuf (Saint Simon prêcha en Egypte, en Mauritanie, en Perse ou il fut crucifié.  Le second, Saint Jude, cousin du Christ, fut martyrisé en Arménie).  Archives à la BNF : Capellanus de Faya Monachali - Faye-Montifau.

 

Comme c’était la coutume, un cimetière sera installé juste à coté de l’église pour y enterrer les frères du Prieuré  et les paroissiens. En fait, jusqu’à la révolution il y aura deux cimetières distincts. Lors de travaux en 1817, on y trouva de nombreux squelettes qui furent inhumés au nouveau cimetière paroissial à l’extérieur du village.

La construction du village

Après les défrichements et premières cultures, les paysans construisent des maisons à partir des coupes en forêt, l’habitat de l’époque étant en bois, avec parfois, un soubassement en pierre. 
 

Regroupées autour du Prieuré, Les premières maisons apparaissent, constituant les prémices du village de la Foye.  On n’en a pas retrouvé trace, mais des fouilles dans d’autres villages proches nous renseignent sur ce type d’habitat. Elles seront remplacées plus tard par des maisons en pierres. On utilisera les blocs de calcaire extraits des nombreuses carrières qui furent creusées. Beaucoup ont été comblées depuis, mais on en retrouve des traces un peu partout.

A partir du XIIème siècle d’autres villages seront construits autour de La Foye, souvent situés sur l’emplacement de villas Mérovingiennes : Beauvoir (Bello Visu), La Rochenard (Rocca Aynardi ou Roche-Esnard), Granzay, La Charrière, Deuil (Villa Daolli), Thorigny, Ussolière, Prissé (Priscanum ou villa Priscii).

 Pendant 600 ans, le prieuré de La Foye sera l'un des plus rentables de l'abbaye de Montierneuf, rapportant plus de 10 000  livres par an sous Müller (somme qui n'inclut pas la part considérable prise par le fermier seigneurial, en particulier par Louis Isaac Bastard de Crisnay lors des vingt dernières années). Malgré cela, et même si les bâtiments monacaux peuvent facilement loger jusqu’à quatre moines, il n'y en aura jamais guère plus de deux.

Dans cette paroisse, les moines se spécialisent dans la culture de la vigne et veillent à l’entretien du cellier, assistés par les vignerons et les artisans locaux, ainsi que par des domestiques et des journaliers. Les vins de la paroisse ont une belle réputation qui parviendra jusqu'au roi.

 

Dès 1759, le meunier et farinier Pierre Rousseau opère le moulin à vent du prieuré, dit « l’ancien ». Il aide peut-être à la préparation et à la cuisson du pain. Après le départ des bénédictins, les bâtiments et les terrains du prieuré seront toujours en usage.

Durant la Révolution, leurs nouveaux propriétaires employaient notamment le tonnelier Pierre Lamiaud et les domestiques Jean Boucher et Françoise Rousseau, fille du meunier, qui avaient peut-être travaillé auparavant pour le compte des moines.

Une terre protégée par les puissants 

La Foye était une sorte d'enclave ecclésiastique au milieu d'un réseau seigneurial très développé, et en cette époque de montée de la féodalité, il fallait souvent soustraire les édifices religieux à la rapacité de laïcs peu scrupuleux. Les terres, surtout quand elles étaient riches, suscitaient les convoitises des nombreux seigneurs locaux des alentours, et lors de successions, leur donation nécessitaient souvent d’être confirmées.

Jusqu’à la fin de la guerre de cent ans, les papes et le pouvoir comtal, puis royal, chercheront en permanence à défendre les dotations aux prieurés.

La Foye, entourée de petits seigneurs féodaux

Tout autour de La Foye, se situaient de petites seigneuries, qui étendaient leur influence sur les terres environnantes.

Des mottes féodales complétaient le dispositif. Les relations avec ces seigneurs locaux n’étaient pas toujours faciles car les ingérences étaient nombreuses, et il fallut à plusieurs reprises demander aux comtes du Poitou de les rappeler à l’ordre.

A l’ouest,  la seigneurie et le château de Mauzé

Un château y fut bâti vers le XIème siècle dont l’influence s’étendait jusqu‘à Usseau, mais n’atteindra pas La Foye. Néanmoins, plus tard, l’église de La Foye sera rattachée à l’archiprêtré de Mauzé.

Au nord, la seigneurie de Frontenay (Rohan-Rohan)

Construit à la fin du XIIème siècle, ce château étendait son influence jusqu’au nord de La Foye et incluait dans ses possessions le village de Vallans. Il semble que les relations avec La Foye furent plus apaisées, en tout cas on retrouve peu d’écrits sur le sujet…

En 1241, Hugues de Lusignan, propriétaire du château se rallie au Roi d’Angleterre Henri III, ce qui vaut la colère du roi de France Louis IX (Saint Louis). En Juin 1242 celui-ci met le siège avec toute son armée. Hugues se rendra deux semaines après. Le  château sera entièrement rasé.

Lors du siège, les militaires chargés du ravitaillement des troupes royales prospecteront tous les villages environnants pour obtenir la nourriture des soldats et des chevaux. Le prieuré et les habitants de La Foye seront sollicités.

Vallans se souvient du passage de Saint-Louis en mai 1242. Il parait qu’il y établit ses quartiers pendant le siège. Venu prier dans la petite église Notre-Dame, on raconte qu’il y contracta une méchante fièvre qu'on pensa fatale. Il fit alors vœu de partir en croisade s'il se rétablissait, ce qui advint. L'église Notre Dame de Vallans abrite ainsi une statue de Saint Louis, et le village possède un chemin qui s’appelle la « chaussée de Saint-Louis ».


A l’Est, le seigneur de Chizé et son Château
Propriété des comtes du Poitou, le château fut construit à la fin du Xème siècle. A la fin du XIIème siècle il fut donné par Richard Cœur de Lion, puis par son fils Raoul III, à Raoul II d’Exoudun, comte d’Eu (Censif de Chizé). Le domaine recouvrait toute la région de Chizé, la forêt, Villeneuve, Beauvoir…
Chizé appartint successivement à plusieurs branches d’une même famille: les Exoudun, les Lusignan, les Brienne. Ces seigneurs successifs cherchèrent régulièrement leur indépendance et se révoltèrent plusieurs fois contre le pouvoir royal. En 1350, Raoul de Brienne, comte de Guînes, est arrêté à Paris par le Roi de France Jean II le Bon. Convaincu de haute trahison (complicité avec les Anglais), il est jugé à huis clos, décapité le 19 novembre 1350, et ses biens confisqués au profit de la couronne.

Les hommes de La Foye lui doivent le « Service d’Ost ».

Jusqu’à la fin de la Guerre de cent ans, La Foye, en tant que châtellenie dépendant du comte du Poitou, sera rattachée à son représentant local et vassal, le comte d’Eu et de Guîgnes, seigneur de Chizé.

Le prieur de la Foye est devant le Comte de Poitou (ici son châtelain résidant à Chizé), l'intermédiaire féodal de ses «hommes », qui, au même titre que ceux de Chizé, lui doivent le service d’ost, c'est-à-dire le service militaire toutes les fois qu’il le jugera nécessaire, et c’est vrai qu’à cette époque il y a régulièrement des conflits, et il faut des gens en armes. Ce service est souvent rendu à cheval (la chevauchée), et ne pas se rendre à la convocation du seigneur vaut une amende.

Le droit d'exploitation dans la forêt de Chizé.

Au début du moyen-âge, les hommes du prieuré viennent souvent pacager et couper du bois aux abords la forêt de Chizé. Il est vrai qu’à l’époque la limite avec le bois de la Foye n’était pas très marquée.

Et les habitants des paroisses voisines de la forêt de Chizé et d'Aulnay jouissent du droit de « vaine pâture ès bois de Chizé». Les bois sont consommés en partie sur place pour le chauffage et pour différents travaux, notamment pour la fabrication des douves de tonneaux.

Mais en 1135, le comte du Poitou, s’inquiète que l’on a trop défriché la forêt, celle-ci-ayant commencée près de 300 ans plus tôt, et que sur les terres froides, des vignes soit abandonnées. Il multiplie les interdictions pour les usagers de ses bois. Aux habitants de La Foye, il interdit « tous droits de chauffage en tous ses bois en la paroisse de Chizé ».

 

 En 1245, Raoul d’Exoudun, seigneur de Chizé, souhaite se réserver certaines parties de forêts ou certains bois, appelés « boquestaux », pour l’exploitation desquels les hommes de son domaine lui doivent "l’aide". A cette époque les propriétaires se réservent certains bois pour leur usage exclusif. Ce sont des "défens" - defés en langage local - ou espauts. Certains défens sont appelés boquestaux ou bouquestaux...Ainsi à la Foye on trouve le bois du « bouquet ».

Raoul prétendant avoir un bian ( droit ) sur les hommes du prieuré de La Foye, demande leur "aide", mais les moines de Montierneuf de Poitiers « dont ces hommes sont les tenanciers », s’y opposent. Après négociation, le comte cède tous ses droits sur La Foye, à la réserve du droit d'expédition (taxe sur les transports), tout en « se réservant toutefois l’ost et la chevauchée ».   En contrepartie, l’abbé de Montierneuf doit lui verser une redevance annuelle de 70 livres.

Tout au long de leur règne, les comtes confirmeront les donations

Après la disparition du duc Guy-Geoffroy-Guillaume d'Aquitaine, mort en 1086, son fils Guillaume IX le Troubadour lui succédera. Entre août et novembre 1119, ce dernier confirmera dans une longue charte les donations faites par son père à l'abbaye de Montierneuf dont la « revestiture de Faia ».  Guillaume le Troubadour accordera également aux religieux de Montierneuf la possession des faubourgs de Poitiers (Saint-Saturnin, Chasseignes), une partie des eaux du Clain, des moulins (Charuel, aujourd'hui Moulin-à-Parant), le péage du Pont Neuf, une grande quantité de biens aux alentours de Poitiers (la Chapelle-Moulière, Ligugé, Montreuil-Bonnin, Pesay -à Nouaillé-Maupertuis-...), Loulay (Charente-Maritime), Montroy (Charente-Maritime)…Parmi les témoins de la charte, notons la présence de Marc, abbé de Montierneuf, de Hugues, frère du duc, et d'un certain Guillaume Maingot qui commandait le château de Surgères (Ses descendants se transformèrent ensuite en seigneurs héréditaires).

Nouveaux dons, sous le coup d’une grande émotion

L’histoire raconte qu’en 1126, son fils, Guillaume X, futur duc d'Aquitaine, voyageait en Gascogne pour régler des affaires politiques, lorsque son père mourut brusquement à Blaye le 10 février 1126. Le corps de Guillaume IX fut vivement rapatrié à Poitiers et aussitôt enterré dans l'église de Montierneuf, avant que son fils ait pu revenir. Lorsque le nouveau duc arriva enfin à Montierneuf, il fut profondément ébranlé en voyant le sépulcre d'un père si brillant. Il s'effondra en pleurs devant les moines. Consolé et conseillé par ses proches, il s'empressa de confirmer les concessions faites par ses aïeux aux bons moines, en particulier la revestiture de La Foye (11 avril 1126). Il y ajouta aussi quelques nouveautés: la totalité des droits de péage sur ses terres pour que les moines puissent commercer librement. Ceci sera ratifiée par les propriétaires : Le comte d'Angoulême Vulgrin II et le comte de Thouars Aymeri IV (beau-frère de Guillaume).

Placée sous la protection d’Aliénor d’Aquitaine et des rois d’Angleterre

En 1146, Louis le Jeune, premier mari d’Aliénor, la fille de Guillaume X, confirmera tous les dons faits à l’Abbaye, suite à plusieurs attaques de la part de seigneurs locaux. Mais la répudiation d’Aliénor créera des troubles. Devenue reine d’Angleterre en épousant Henri Plantagenet, elle se déclarera seule protectrice de l’Abbaye et confirmera par des chartes du 28 mai 1152 tous les dons et immunités accordés par son père.
 
 

Son fils, Richard Cœur de Lion, à présent comte du Poitou, continuera cet engagement et fera même des donations supplémentaires à Montierneuf.

A la fin de sa vie, le 4 Mai 1199, Aliénor confirmera encore toutes les chartes octroyées par ses ancêtres à l'abbaye de Montierneuf.

Et Jean Sans Terre, son autre fils qui reprendra la succession, suivra son exemple dans une charte du 1er Aout 1199.

Les rois de France assurent la continuité

Après la prise de possession du Poitou, Philippe Auguste, Roi de France, confirmera par lettre ces dons en Juin 1276.
 
Sous l’influence de la papauté 
Tous les papes qui se succèderont devront rédiger des chartes pour arrêter les empiétements de l’autorité civile et les prétentions des seigneurs séculiers (en opposition aux « réguliers », les religieux).

Le Pape Calixte II, par sa bulle du 22 mars 1123, place l’abbaye de Montierneuf sous la protection du saint siège et confirme les dons qui lui avaient été faits jusqu’alors.

Adrien IV et Alexandre III, ses successeurs, suivront son exemple dans leurs bulles des 1er Février 1157 et 9 février 1177. Toute atteinte contre ces biens était désormais passible de la justice épiscopale.

Le 1er juin 1157, le pape Adrien IV promulgua une longue charte par laquelle il plaçait sous sa sainte protection tous les biens de l’abbaye Saint-Jean de Montierneuf: nous y retrouvons le prieuré de La Foye Monjault, Bouhet, la Jarrie-Audouin, Saint-Saturnin du Bois, Montroy, Saint-Vincent des Chaumes, Andilly etc... Toute atteinte contre ces biens était désormais passible de la justice épiscopale.

Son successeur, Alexandre III, rédigea une charte du même type en février 1178. On y retrouve encore la Foye-Monjault, et plusieurs autres…    Innocent III, enverra une bulle de protection de Montierneuf le 21  septembre  1200. Et le 16 Février 1218, il confirmait tous les dons d’Aliénor.

Enfin, dans une lettre d'excuse pour le chapitre général en 1244, l'abbé de Montierneuf, Foulques, demande à Cluny l'envoi d'un privilège pontifical original pour défendre ses droits sur le prieuré de la Foye Monjault. Et il demande même l’envoi d’un exemplaire scellé pour la partie adverse qui conteste.

Cette même année, le 1er février, Foulques, envoie une missive à Hugues, abbé de Cluny, pour l’informer que son état de santé ne lui permet pas de se rendre au prochain chapitre général, et que ce sera le prieur de La Foye qui viendra pour parler des affaires de son abbaye : « Cum ex vestri gracia nobis nuper transmiseritis, per priorem nostrum de Faia monachali, execucionem privilegii » 

La Foye impliquée dans le schisme d’Anaclet

À la mort du pape Honorius II en 1130, les cardinaux se scindèrent en deux factions qui se choisirent chacune un pape. Le premier groupe, d'origine française, venait de créer l'Ordre du Temple (les Templiers) au cours du concile de Troyes. Il opta pour le cardinal Grégoire qui devint Innocent II. Le second groupe, d'origine romaine, élut Pierre de Léon (Pietro Pierleoni), sous le nom d'Anaclet II.

Montierneuf, étant fidèle à Rome, reconnut Anaclet. Il en fût de même du comte du Poitou: Guillaume IX, qui, vers la fin de 1132, chassa l’évêque Guillaume II et le remplaça par un partisan d’Anaclet, Pierre de Chatellerault.

 

Avoir deux papes créait des problèmes. Louis le Gros, Roi de France, soucieux de la paix du royaume, n'accepta pas cette situation. Il convoqua les évêques de son royaume à Étampes afin de juger lequel des deux papes était le bon sur le plan canonique. À l'issue du concile de Reims qui commença le 13 octobre 1131, Innocent II fut solennellement approuvé alors qu'Anaclet se voyait excommunié.

Mais il y eut de nombreuses résistances parmi les religieux fidèles à Rome, en particulier à La Foye Monjault ou le prieur Aymar avait pris partie pour l’antipape, en opposition avec certains laïcs du village, fidèles au Roi.

En 1135, le légat du pape, Girard, siégeant à Bordeaux, vint soutenir Aymar contre les prévôts laïques de La Foye Monjault Il était accompagné de Gaubert, évêque de Saint-Pierre de Poitiers, et Guillaume Bouchereau, doyen des chanoines de Saint-Hilaire de Poitiers.

Cette situation dura jusqu’en Janvier 1138, ou la mort d’Anaclet mit fin au schisme. Il n’y eut plus qu’un pape et tout le monde se rangera sous la bannière d’Innocent II.

Sollicité régulièrement pour contribuer aux finances de l’église et de la papauté. (Les « subsides »)

Des documents d’archives nous montrent que le prieuré de la Foye fut mis plusieurs fois à contribution.

En 1300-01, une décime (taxe) est accordée à l'abbé de Cluny sur tous les membres de l'ordre. Une autre décime est imposée par le pape pour secourir la terre sainte. En tant que dépendance, le prieuré de La Foye devra payer.

Un peu plus tard, lors des subsides de 1317, Le prieuré de La Foye sera taxé de 3 florins d’or (monnaie internationale de l’époque)

Et en 1326, il fallut s’acquitter de la levée de subsides du Pape Jean XXII sur la Province ecclésiastique de Bordeaux, et contribuer aux besoins pressants de l’Église catholique (pour lutter contre une hérésie). Le pape envoya un dénommé Faidit Giraudon dans la région pour récolter l'argent et en tenir registre. Un manuscrit nous révèle que parmi les différents diocèses de la province de Bordeaux, ce fut le diocèse de Saintes qui se montra le plus généreux. Il versa 2 252 florins d'or et 1 770 livres 16 sous tournois. La Foye y est citée en tant que contributeur (Capellanus de Faya monachali II. flor. aur. Faye-Montifau. Source: Archives Historiques de Saintonge et d’Aunis).

Mais il y aura parfois des difficultés pour payer. En 1373 une absolution accordée par le vicaire général de l’évêque de Saintes, aux prieurs de La Foye et des Essarts, excommuniés pour n’avoir pas payé leur part de subvention accordée aux cardinaux. En 1406 le prieur de La Foye effectuera une reconnaissance, des redevances auquel il est tenu envers l’abbé de Montierneuf.

 

Sous le contrôle des Abbayes de Cluny et de Montierneuf

L'abbaye de Cluny exerçait une surveillance étroite sur ses nombreuses filiales. En effet il fallait s’assurer du respect de la règle de Saint Benoit (les bénédictins), de la sainte obéissance à la papauté, mais surtout de la bonne gestion des domaines et des rentrées d’argent. Et il fallait aussi faire respecter ses droits vis-à-vis des seigneurs locaux.

En 1132 eu lieu sous l’égide de Pierre le Vénérable, abbé de Cluny, le premier « chapitre général », réunissant en assemblée plénière abbés et prélats. De nombreux sujets y étaient abordés: révocations de prieurs indignes, procès en spoliation, nouvelles fondations, instructions pour la conduite des moines missionnaires, célébration d'anniversaires généraux, querelles liturgiques…

La Foye, citée dans un « chapitre » de Cluny

En 1200, l'abbé Hugues V publia des statuts qui instituèrent un chapitre général annuel. En même temps, il regroupa les monastères en dix provinces. Le prieuré de La Foye fut inclus dans la province du Poitou.  Comme les abbés ne pouvaient déjà plus contrôler l'ensemble des problèmes, Hugues V décida qu‘on élirait régulièrement deux visiteurs par province, qui se rendraient sur place, rédigeraient un rapport et le présenteraient devant l'abbé de Cluny et ses définiteurs.  

Un prieur de la Foye nommé abbé de Montierneuf

Très tôt dans l‘histoire des fondations clunisiennes, la démocratie eut droit de cité: les moines élisaient leur abbé, aussi bien dans les petits monastères qu'à Cluny même.

En 1267, les prieurs rattachés à Montierneuf se rendirent à Poitiers pour participer à l’élection du nouvel abbé de Montierneuf: il y avait frère Guillaume, prieur de la Foye-Monjault, un autre frère Guillaume, prieur de Bouhet (près de Benon), frère Elie, prévôt de Montierneuf, frère Jourdain, prieur des Essarts, un autre ainsi que frère Aymery, prieur de Saint-Saturnin du Bois, et tous les moines de Montierneuf dirigés par le frère Jean, sous-prieur du monastère. Après avoir invoqué l'aide de Dieu dans la circonstance, les moines choisirent à l'unanimité frère Guillaume de la Foye-Monjault pour nouvel abbé, louant sa maturité, sa culture, sa prudence et ses dons de discernement. Frère Jean, sous prieur de Montierneuf, dut ensuite écrire à l'abbé de Cluny pour demander confirmation de l'élection.

Un autre, impliqué dans un procès en sorcellerie

Le XIVème siècle fut un temps d’envoutement, de procès de sorcellerie, qui n’épargna ni les princes, ni les prélats.

En 1326, l’abbé de Cluny ordonne une enquête pour « envoûtement » contre un prieur de son ordre, le Frère Guillaume de Saint Saturnin du Bois. On désigne plusieurs commissaires enquêteurs dont le prieur de Saint-Eutrope de Saintes. Les commissaires se rendent sur place et font savoir qu’ils enregistreront toutes les dispositions. Nul n'apporte la moindre preuve de la culpabilité du prieur qui est soumis de surcroît à la « purgatio canonica ». Le frère Guillaume est donc absous et une enquête est ordonnée contre le prieur de La Faye-Montjault (Deux-Sèvres) qui est soupçonné de l’avoir diffamé.

Des débuts difficiles (XIIème -XVeme siècles) 

Depuis sa donation en 1077, l’ensemble du territoire de La Foye, était donc une possession l’abbaye de Montierneuf.

Au XIIème siècle, l'abbaye de Montierneuf, alors au faite de sa puissance, abritait quarante-huit moines et entretenait dix-neuf petits prieurés campagnards, avec dans chaque prieuré, un prieur, qui au delà d’un ecclésiastique, en était avant tout le gestionnaire.

Le prieuré de La Foye avait à sa tète un prieur, nommé par l’abbé de Montierneuf. Assisté de deux religieux, il devait assurer la gestion et le financement nécessaire aux travaux et entretien du domaine qui comportait des terres et des bois. Il devait verser le « bénéfice » à l’abbaye, souvent payé en nature à partir des récoltes (vins, céréales, etc..) versées par ceux qui avaient reçu des concessions de terre. Ces « bénéfices », était consigné dans des registres appelés « pouillés ». Toute une organisation de contrôle était en place, et le prieuré de la  Foye dut régulièrement rendre des comptes.

Le développement du domaine

Une des préoccupations des prieurs successifs de La Foye fut d’agrandir le domaine. On retrouve dans les archives :

·   En 1292, Jean Méchin, prètre, et ses frères donnèrent cinq journaux de terre au prieuré de La Foye.

·   En 1347, vente d’une pièce de vigne dans le fief du Prieuré pour la somme de 60 sous.

·  En 1459, acquisition de l’hébergerie de Verrine, près de Gript pour 250 écus. Ce sera l’une des 8 fermes du prieuré qui seront revendues à La révolution en 1790, en tant que bien national.

De graves problèmes financiers

La première guerre de cent ans se déroule de 1159 à 1299. Elle débute lorsque le Poitou devient Anglais avec le mariage d’Aliénor d’aquitaine avec Henri II, roi d’Angleterre. Il y a des escarmouches permanentes entre les seigneurs locaux, certains étant fidèles au roi de France.

La Foye se trouve dans cette zone frontière entre l’Aunis et la Saintonge, ou les troupes et bandes armées passent sans cesse, pillant les campagnes, détruisant parfois les récoltes.

De leur coté les puissants doivent financer leurs guerres, et aussi leur départ en croisade. Et bien sûr, les possessions religieuses, supposées riches, sont mises à contribution. Alphonse de Poitiers (1220-1271), frère du roi Louis IX, dirigea le Poitou de 1240 jusqu'à sa mort en 1271. On apprend que dès son arrivée «  il  se montre disposé à "extorquer" à l'abbaye et ses dépendances, donc aussi La Foye, une grande quantité d'argent ».

En tout cas, en cette fin de XIIIème siècle, les finances de Montierneuf sont au plus bas. L’abbaye se trouve en 1300-1301 de recourir à l’emprunt, auprès de marchands de Pistoia de la compagnie des Ammanati, installés à La Rochelle.

Le prieuré de La Foye, et plusieurs autres, se portent caution de Montierneuf. De plus il doit faire face à leurs propres  difficultés. Il faut réparer et agrandir le prieuré, et achever la construction de l’église. Pour ces différentes raisons le prieur de La Foye, devra engager de nombreux emprunts chez des banquiers italiens, installés à La Rochelle, mais il ne sera pas toujours capable de les rembourser et cela créa toute une histoire qui durera près de 13 ans.

Le grand emprunt

Le 27 février 1300, Philippe Roillé, prieur de La Foye, en association avec le Simon Le Voyer, prieur de Bouhet, font d'abord appel à la compagnie des Ammannati, pour un montant assez modeste: 120 livres tournois empruntées. Cette somme engageait les biens meubles et immeubles, ecclésiastiques et laïcs des deux prieurés sous forme de droit précaire. Les prieurs promirent de rembourser leur dette avant Pâques 1301. À défaut, ils devraient réparer auprès des banquiers les dommages suscités par l'absence de remboursement.

Cependant, les deux prieurs ne s‘en tinrent pas là. Le 17 avril 1300, ils récidivèrent en contractant un emprunt de 1080 livres auprès des mêmes banquiers. Cette fois, ils firent déplacer à La Rochelle trente-six habitants de la Foye·MonjauIt, du Fenestreau, du Cormenier et de Limouillas qui servaient de fidejusseurs (cautions financières à l'emprunt). Le même délai s’appliquait à ce nouvel emprunt, qui devait être remboursé avant Pâques 1301. Les pénalités en cas de non remboursement étaient très fortes et faisaient courir de gros risques à tous ceux qui s’étaient porté caution. Le jour suivant, l’abbé de Montierneuf Pierre de la Trémoille, qui était l'instigateur de l'emprunt, ratifia l'accord avec les banquiers.

Mais il leur fallait encore de l’argent ce qui voulait dire trouver une autre source. En Septembre 1300, ils s'associèrent pour obtenir 2000 livres auprès d'un puissant seigneur français, le comte Jean d'Eu et de Guînes qui possédait entre autres le château de Chizé.

Ce prêt, dont le délai était fixé au mois de novembre suivant fut très exactement remboursé en temps, et l’opération validée par Jean Gaucher, garde des sceaux du roi de France à La Rochelle. Par compte les deux prieurs ne remboursèrent jamais leur dette de 1200 livres aux banquiers Ammannati. De nombreux autres clients des Ammannati n'ayant pas non plus soldé leur dette, la banque périt en 1302. Mais cette banque florentine, gérait également une partie des biens du pape Clément V. Celui-ci pris peur et se retourna contre créanciers indélicats, en l’occurrence les prieurs, pour récupérer les sommes disparues. Le 21 août 1312, le délégué du Saint- Siège Bernard de Montdenard chargea deux chanoines de Saint-Hilaire de Poitiers, Silvestre Rousseau et Pierre Amand, le curé de Saint-Didier et tous les curés de Poitiers de faire pression sur l’abbé de Montierneuf, le prieur de Bouhet et celui de la Foye-Monjault pour qu'ils restituent directement leur dette de 1200 livres à la Chambre Apostolique. Mais malgré des menaces il semble qu’il n’y eut pas de suite.

Périodes de ruines et reconstructions

Après une période d’accalmie plutôt faste, la seconde guerre de cent ans (1337-1453), fut particulièrement difficile pour les fondations religieuses. La reconquête française de 1372 après douze ans d'occupation anglaise, les escarmouches permanentes de la guerre de Cent Ans, comme la chevauchée d'Arundel, qui pilla l'Aunis en 1387 avaient vidé et détruit les couvents et les villages. Les terres étaient hors d'état d'être cultivées.

De fait, la situation de Montierneuf empira. Vers 1395, l'anarchie régnait au monastère. Devenus indociles, les moines desservants fuyaient le dortoir et le réfectoire.

Quant au prieuré de la Foye, il était en triste état: maisons et les dépendances demandaient de grosses réparations.

Malgré cela semble cependant qu’il réussit à chaque fois se relever des outrages et des destructions.

De 1327 à 1496, le prieuré est jugé de « bono regimine ».

En 1473, un inventaire montrant que ses granges, celliers et caves abritent de quoi subsister et le bois de la forêt ne lui manque pas.

Dans un document du 12 octobre 1362, on apprend également qu’Aimery de Fauveret, prieur de la Foye-Monjault, y acquit des rentes, pour fonder une chapelle à Montierneuf de Poitiers. (Arch. Vien. S'-Cyprien, 95.)

Mais les guerres de Religion semblent avoir raison du dynamisme du prieuré, qui ne se relèvera pas entièrement des dégâts qui lui seront infligés pendant cette période de troubles. Ce déclin s’accentuera progressivement jusqu’en 1788, date à laquelle les deux derniers moines sont rappelés à Cluny.

Il n’y a pas assez de moines par prieuré

Mais tous les problèmes du prieuré n'étaient pas résolus En 1350, un visiteur « ordinaire » de Cluny rapporte qu’à La Foye, il n’y à plus qu’un prieur et un moine, ce qui n’est pas assez, en particulier pour assurer l’office divin.

En 1496, un chapitre général, celui des 24-26 Avril, recommande le nombre normal de moines dans une dépendance. On y cite La Foye: « Item, et quia in de Faya Monachali [la Foye-Monjault] prioratibus a prefato Monasterio Novi dependentibus non est ibi competens et consuetus monachorum numerus et exinde ... »

Plus tard, en 1535, c’est un arrêt du grand Jour, siégeant à Angers, qui oblige le prieur de La Foye à entretenir 4 religieux en son prieuré.

Mais ce nombre sera rarement respecté. En 1614, Martin Marrier et André Duchesne ont publié dans la Bibliothèque clunisienne un catalogue commenté de toutes les abbayes, prieurés, doyennés et églises sujettes de l’abbaye de Cluny. Ils nous apprennent ainsi qu’à cette époque, le prieuré de La Foye était desservi par deux moines. Ces derniers devaient célébrer tous les jours la messe et les heures canoniques avec application.

Une coutume ancienne, Il faut nourrir l'abbaye de Montierneuf

Les prieurs avaient envers l’abbaye des obligations fixées par la coutume du 11 Novembre 1403, puis par une autre coutume plus détaillée rédigée, selon l’érudit poitevin Louis Redet dans la première moitié du XVIème siècle.

De nombreux usages concernaient la fourniture, pour les différentes fêtes, d’un supplément de nourriture et de boissons à l’abbé de Montierneuf et à ses moines. Les prieurs des différentes dépendances de Montierneuf s’étaient réparti les obligations : Le prieur de Bouhet fournissait pour le repas de Noël le pain et le vin à l’abbé, aux moines et à leurs domestiques, ainsi qu’un don en argent de 20 sous; et pour le repas du lendemain de Noël, environ 4 setiers de froment. Les prieurs de La Foye-Monjault, de La Chapelle-Moulière, de la chapelle de Montreuil-Bonnin et du Puy-Notre-Dame (en Anjou) faisaient chacun de même pour Pâques, la Pentecôte, l’Assomption et la Nativité de la Vierge. Les prieurs de Saint-Nicolas des Essarts (près de Saintes) et de Loulay (près de Saint-Jean d’Angély) pour leur part avaient la charge de la nourriture des religieux de Montierneuf pour les fêtes de la Saint-Jean et de la Saint-Pierre.

Reconnaissance par le prieur de La Foye-Montjault, des redevances auxquelles il est tenu envers l'abbaye de Montierneuf (notamment une pension annuelle de 8o livres).

L'âge d'or du Prieuré (XVIeme - XVIIème siècles) 

Mais c’est surtout à partir de la moitié du XVIème siècle, après l’épisode douloureux des guerres de religions, que le prieuré de La Foye connaîtra une période de développement et s’enrichira.
Vers 1600, ses revenus sont de 4000 livres de rente. En 1640, ils sont de 6.000 livres (Beauchet-Filleau), de 7 à 8.000 en 1716 (Léo Desaivre), et de 10.000 livres à la veille de la révolution (Bibliothèque Munic. La Rochelle).

Apparition des fermes

La généralisation des abbés commendataires (voir ci-après), fera que la gestion des terres sera de plus en plus déléguée, qui facilitera l’apparition des grandes fermes à la Foye, la principale étant celle de Sainte Geneviève. Elle se situe aux abords d’Ussoliere et de Prissé, et ses terres sont parmi les plus riches. A la veille de la révolution, le Prieuré possèdera huit fermes (ou six selon les sources).

En 1687, le prieur de La Foye, Joseph Auvry a délégué la gestion du Prieuré à un certain messire Jean Fauconnet (appelé : fermier général des fermes unies de La Foye), mais  pour des raisons inconnus, il lui confisque une partie de la récolte de vin. Ce dernier porte l’affaire en justice, et le tribunal prononce un jugement en sa faveur.


C’est le prieuré le plus taxé du Poitou !
Lors du chapitre de Cluny de 1735 établissant « l'état des sommes imposées aux abbaye, prieurés, doyennés conventuels et sacristies pour les affaires communes », Le prieuré le plus imposé du Poitou est la Foye-Monjault, taxé de 20 livres.

Il faut dire que son commerce de vin est florissant et qu’il est un des plus riches de la région. Pour les autres la situation n’est pas la même. Souvent mal entretenus et désertés par les moines, ils étaient plus une charge qu'une réelle utilité pour les autorités ecclésiastiques de l'époque. Voici ce qu'écrivait l'intendant Michel Bégon à ce propos en 1698 : "Il y a plusieurs petits monastères qui ne sont bons qu'à entretenir le désordre et le dérèglement des moines, dont le revenu serait beaucoup mieux employé à nourrir les pauvres dans les hôpitaux qui n'ont, pour la plupart, qu'un revenu très médiocre, n'y ayant point de province dans la chrétienté où il ait si peu de gens charitables que dans celle-ci".

Au temps des Abbés commendataires 

Au départ les prieurs étaient désignés par l’abbé qui dirigeait l’abbaye de Montierneuf. Au début ceux-ci s’accomplirent de leur tâche, c'est-à-dire faire produire les terres défrichées, contribuer au financement de l’abbaye et assurer les offices religieux. Mais, dès la fin du XIVème siècle, il semble qu’un certain nombre d’abbés de Montierneuf cherchèrent à s’enrichir en se réservant la charge (responsabilité) d’un certain nombre de prieurés, en se nommant directement prieur.

Ils percevaient ainsi les « bénéfices » du prieuré à titre personnel, ce qui leur assurait des rentes importantes. N’étant plus sur place, ils ne pouvaient plus en assurer les taches, et déléguaient « in commendam » (en commende), la gestion et le recouvrement du « bénéfice », à des laïcs. Le premier abbé « commendataire » de Montierneuf sera Jean de Châteauneuf en 1471.

 

Le prieuré de La Foye sera l’un de ceux dont le « bénéfice » sera l’un des plus élevés. Les différents « pouillés » en attestent. Ce qui explique que sa charge sera très recherchée, et source des sombres manœuvres lors de la nomination des prieurs.

Dès le début du XVIème siècle, le prieuré sera géré majoritairement par des abbés commendataires. Au début du XVIIIème siècle, la commende se généralisera et il n’y aura plus aucun prieur résident à partir de cette date. Néanmoins ils effectueront des séjours plus ou moins long à La Foye pour s’assurer du bon fonctionnement et du reversement du  «  bénéfice ».

La commende sera perçue comme un relâchement des mœurs. Ce phénomène débouchera sur une inévitable réforme protestante qui se révèlera très dynamique dans le pays Niortais, puis ensuite sur la Révolution.

 

Le prieur cède sa charge à son frère !
En 1652, Mathieu Thoreau, seigneur de la Grimaudière, prieur de la Foye, est nommé doyen puis agent général du clergé en 1653, et enfin évèque de Dol en 1660. A cette date il transferrera sa charge à son frère avec l’accord de Rome.

Accusations de favoritisme et procès au parlement du Roi ! (recueil chartes de Cluny)

Le concordat signé en Août 1516 à Bologne entre le Pape Léon X et François premier, stipule que pour être nommé prieur il faut être diplômé d’université. Mais certains essayeront de passer outre.

Le 11 Janvier 1696 Joseph Auvry, prieur de La Foye Monjault (écrit dans le texte : la Foy Monjaud), décède de maladie. Son poste est donc vacant. Le 15 Janvier, François Colin, religieux de l’abbaye bénédictine de l'Absie, gradué de l’université de Poitiers postule, mais l’abbé préfère choisir son neveu, un religieux de l’abbaye, Frère Joseph Rousseau et refuse  la candidature.  François Colin demande arbitrage  auprès de l’évêque de Saintes, la paroisse de la Foye étant sous sa responsabilité. L’évêque lui donne raison, et le 22 Janvier lui confirme la charge, c'est-à-dire la responsabilité du prieuré.  Selon le concordat du Pape, l’évêque de Saintes est le supérieur de l’abbé de Montierneuf, et a force de décision.

Mais Joseph Rousseau s’appuie sur son cousin Maitre René Fontaine, avocat (les deux sont des neveux de l’abbé de  Montierneuf), pour porter plainte auprès de la cour de Rome  en Mai 1699, en prétextant que les diplômes de Colin sont faux. En conséquence, celle-ci demande à l évêque de Saintes de suspendre l’attribution du prieuré  à Colin.

Aussitôt, Dom François Colin, qui était en position de prieur, fait appel auprès du juge de l’université de Poitiers contre Maitre René Fontaine. Mais les diplômes sont reconnus valables et Fontaine est débouté.  De son coté, celui-ci fait appel et porte l’affaire devant l’avocat du Roi à Poitiers, mais les diplômes sont également reconnus authentiques le 2 Août 1699.

Et donc au final, Colin sera confirmé le 6 Août 1701 dans son poste par la chambre des enquêtes.

Un échange de prieurés qui se termine en procès arbitré à la cour de Rome !

En 1710 Dom Pierre d’Hauteville, docteur et bourguignon, est nommé prieur de La Foye. Il y habite car on note qu’en avril 1711, il assiste comme parrain au baptême de Pierre Sabourin.

Mais en 1719, il est nommé abbé de Montierneuf. Il souhaite continuer à profiter du bénéfice du prieuré de La Foye, celui-ci étant particulièrement riche, c’est pourquoi il « résigne » en faveur de Dom Poirier (cède la charge), sous la réserve de 1000 Livres de pension (rente versée annuellement).

Mais le 7 Juin 1719, Dom Poirier passe un accord avec Dom Baubiat, abbé de Chezal-Benoît et prieur de Melle. Il lui cède le prieuré de La Foye en échange de celui de Melle. Le revenu du prieuré de La Foye est de 3000 livres, celui de Melle n’est que de 506 livres, c’est pourquoi Dom Poirier se réserve sur le prieuré de La Foye une pension de 2150 livres.  Ces deux « résignation » parviennent dans les mains du pape. Comme La Foye dépend à présent de l’abbaye de saint-Maixent, celle-ci s’est portée caution de cette pension payable par trimestre et par avance, et exempte de tout impôt auprès du Roi ou du clergé (décimes ordinaires, dixième, capitation, etc..). Mais cet accord est refusé par Rome, et un recours est effectué au parlement de Paris. Celui-ci conclut à un abus de pouvoir, donne son accord le 18 Aout 1719, et demande à l’évêque de Saintes de se porter caution. Dom Baubiat et Dom Poirier effectuent dont leur permutation.

Le 19 octobre 1722, Dom d’Hauteville, abbé de Montierneuf, et à ce titre collateur des bénéfices de La Foye, confère à Dom Pidoux ce bénéfice, sous prétexte qu’il est vacant et que Dom Baubiat n’a pas obtenu de documents officiels (lettres patentes) pour en jouir.

Le 11 Novembre suivant, Dom Pidoux obtient de nouvelles provisions de la part de Rome, puis le 3 Juin 1723, l’accord de l’évêque de Saintes. Il assigne en justice Dom Baubiat le 23 Octobre 1722, pour faire opposition à l’arrêt du 18 Août 1719, et dénonce la caution qui lui a été apportée par l’évêque de Saintes. Après plusieurs audiences, le jugement conclura que les deux prieurs ayant démissionné de leurs charges respectives, l’accord donné par le pape est caduc, que les accords d’échanges de bénéfices sont contraires à la morale, et que Dom Poirier a réclamé une pension de 2150 livres sans aucune justification. De plus ce dernier doit obtenir une dispense officielle du Pape pour disposer à la fois du prieuré de Melle, et de la pension sur La Foye.

Entre temps les prétendants au prieuré de La Foye se sont multipliés. Le 2 Octobre 1723, Dom Baubiat effectue une procuration pour transmettre le bénéfice de La Foye à Dom Junien, mais cet accord est refusé, car illégal. Ce dernier se pourvoit auprès du grand conseil (conseil d’état). Le 11 Janvier 1724, il obtient de celui-ci un arrêt qui lui donne le droit de prendre possession du prieuré de La Foye et une validation est demandée à Rome. Dom Baubiat étant mort le 24 Octobre 1723, trois jours avant que Rome ait pu confirmer, l’abbé de Montierneuf confie le prieuré à Charles d’Hauteville, le poste étant vacant. Dom Pidoux, qui se prévaut de l’accord obtenu de Rome, veut récupérer le Prieuré et fait appel. Après bien des délibérations, il fut débouté par arrêt du grand-conseil rendu le 22 Mars 1725. Au final, Dom Junien conserva le prieuré.

Le prieur mène la grande vie !

Un des exemples est celui de Charles de Saint Gelais. Fils de Charles IV, seigneur, Il est élu abbé de Montierneuf en 1475, puis obtient le prieuré de La Foye Monjault le 9 Juillet 1484 mais n’y résidera que très peu et confiera la charge à son neveu, Robert de Saint-Gelais, qui est infirmier de l’abbaye et également prieur de Saint Jean de Marigny sans jamais avoir été moine. On disait de ce dernier « qui ne savoit ses heures et n’en dit rien, ne sauroit dire ni célébrer une messe… ».

Abbé commendataire, évêque de Margarance, et chevalier de l’ordre de Malte, grâce aux revenus de l’abbaye et de trois prieurés qu’il cumule, Charles de Saint-Gelais enrichira ses parents et se fera bâtir à quelques kilomètres de Poitiers, « La Folie de Saint-Gelais », une résidence ou « Il fait planter des vignes car sa félicité est boire du bon vin ». Il devra aussi engager les joyaux et ornements de l’église. On apprend qu’en 1498, il est en procès avec plusieurs habitants de La Foye, au sujet de certains droits de pâture. (Collation du prieuré de La faye Montjault, par Charles de Saint Gelais, Abbaye de Montierneuf, à Robert de Saint Gelais, prieur de Saint-Jean de Marigny). Il décèdera en 1500 et sera enterré dans l’abbaye.

Le prieur réside à Paris !

En 1770, Messire Anthoine-Louis-Lambert est prieur de La Foye Monjault. Mais il est également abbé à Montierneuf, et fort des revenus que lui rapporte le prieuré, il préfère paraitre à la cour du Roi Louis XV, ou au moins à l’évêché de Paris comme beaucoup de prélats à cette époque. Il est donc abbé commendataire, mais il semble qu’il donne des cours de théologie à la faculté de Sorbonne.  Prêtre licencié, il habite à Paris « en l’hôtel de la Maison de La sorbonne», paroisse de Saint-Germain l’Auxerois.


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