Avant l’an mil, la région de la Foye se situe dans la Forêt d’Argenson et est entièrement recouverte de bois, avec de ci de là quelques clairières ou zones de friches. Elle n’est pas occupée de façon homogène. La forêt est utilisée pour le bois et le pacage des animaux.
La majorité des terres sont des « alleux », c'est-à-dire des terres sans seigneurs. Et il y a parfois des « manses », terres concédées aussi bien à des paysans libres qu’à des esclaves.
A partir de l’an mil, le statut des paysans se modifie avec l’apparition des nombreux seigneurs. L’esclavage disparait peu à peu, Ils deviennent des « serfs », c'est-à-dire dépendants d’un seigneur dont ils exploitent la terre. Le servage se transmet héréditairement et l’on est serf de père en fils. Ils demeurent non-libres mais peuvent posséder des biens propres. Leur seigneur et maître leur doit protection, mais peut les vendre, les échanger ou les donner.
Apparaitront aussi les colons, ni totalement libres, ni serfs, qui seront proposés à la mise en culture de terres à défricher, en échange d’une partie des récoltes (le Cens), qui sera dû au seigneur, ou prieur en cas de possession religieuse.
Au début du XIIIème siècle le mot de serf ou colon disparaitra pour devenir paysan ou vilain (villani).
Une vie difficile
Jusqu’à l’an mil, les serfs possédaient peu de
terre arable. Les terrains aptes à être ensemencés sont très rares parce que
les bois occupent une vaste surface. Les difficultés pour subsister sont
immenses; aussi recourent-il à l'essartage.
II ne s'agit pas d'un simple défrichement, mais plutôt de la mise en culture
périodique, pour un an ou deux, d'une portion de terrain boisée ou
broussailleuse que l’on coupait et brulait, et qui retournait ensuite à l'état
de bois ou de bruyère.
La vie de paysan n’était pas facile. Essartage, semailles, moissons, corvées d’eau, élevage d’animaux, rien n’est épargné. Comme partout à cette époque, la mortalité infantile était très élevée. Seuls les plus résistants, les plus chanceux, survivaient et arrivent à l’âge adulte. Les familles de trois à quatre enfants semblent être la norme.
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| Charlemagne |
Aliénor dans un
vitrail de la cathédrale Saint-Pierre de Poitiers, seule représentation d'elle
faite de son vivant. |
Vers 900, la France est dirigée par la dynastie carolingienne; mais sous la pression des attaques vikings et sarrasines, l'autorité royale s'est fortement affaiblie et les princes territoriaux et les seigneurs ont pris leur indépendance de fait.
C'est dans ce contexte que le 11 Septembre 909 (ou 910), Guillaume dit « le Pieux », duc d’Aquitaine et comte de Mâcon, pour s’assurer à lui et à ses proches le salut éternel, fait don d’une villa carolingienne à Cluny pour y édifier un monastère censé revenir aux valeurs de la rigueur de l’époque carolingienne. Celui-ci est placé sous la protection de Saint Pierre et Saint Paul (c'est-à-dire à l’Église romaine),
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| Enluminure. Scène montrant la fondation d'une abbaye vers 1100. |
Les premiers bâtiments conventuels y sont construits avec l'aide des moines des abbayes environnantes.
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Abbaye de Cluny |
Dès le départ, l’abbaye de Cluny est placée sous la protection directe du pape, et lors de la fondation, le comte y impose le respect de la règle bénédictine (règle de Saint Benoît d'Aniane). Très vite, l'Ordre de Cluny (à la tête duquel se trouve l'abbé de Cluny) acquiert une très grande importance, et l’abbaye devient un centre intellectuel de premier plan dans cette période portée par la foi.
Cluny aura une puissance considérable pour l'époque. De nombreuses autre Abbayes y seront rattachées, chacune étant a la tête d'un réseau de Prieurés, possessions agricoles permettant d'assurer leurs revenus.
Jusqu’au milieu du moyen-âge, l’ordre recevra de nombreuses donations. Sous l'impulsion de brillants abbés, et de créations en rattachements indirects, le nombre d'établissements clunisiens s'élèvera jusqu'à 800 à la fin du Xème siècle, non seulement en France mais aussi en "Allemagne" (à l'époque, les régions de Besançon, Lausanne et Bâle), en Angleterre et en Écosse. Au début du XIIème siècle, l’ordre est constitué par l'abbaye-mère et 1 000 à 1 100 maisons abbatiales et prieurés clunisiens (monastères bénédictins), parmi lesquels 800 sont situés en France. Le prieuré de la Foye en fera partie.
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Réunion du chapitre général dans un monastère clunisien (XVe siècle).
« Créée au début du Xe siècle, l'abbaye de Cluny va opérer une réforme en profondeur de l'Église et de la société féodale, grâce à son privilège de ne plus dépendre du seigneur ou de l'évêque du lieu mais seulement du pape qui siège à Rome.
Après l'An Mil, l'ordre comptera près de 1450 monastères et prieurés, rassemblant dix mille moines. » [Moines et abbayes - Le cœur battant de la société médiévale, Herodote.net] |
Les premiers prieurés apparaissent dans notre région au Xème siècle

II ne s'agit pas d'un simple défrichement, mais plutôt de la mise en culture périodique, pour un an ou deux, d'une portion de terrain boisée ou broussailleuse que l’on coupait et brulait, et qui retournait ensuite à l'état de bois ou de bruyère. La vie de paysan n’était pas facile. Essartage, semailles, moissons, corvées d’eau, élevage d’animaux, rien n’est épargné. Comme partout à cette époque, la mortalité infantile était très élevée. Seuls les plus résistants, les plus chanceux, survivaient et arrivent à l’âge adulte. Les familles de trois à quatre enfants semblent être la norme. |
Mais en cette fin du XIème siècle, les terres de La Foye restent recouvertes de bois, ce qui explique qu’il était certainement plus facile de les céder, aucun paysan n’y étant vraiment établi pour les cultiver.
Peu de temps après la donation en 1077, Hugues, l'abbé de Cluny, souhaite mettre en valeur ce nouveau domaine. Dés les années 1080, il envoie quelques moines de Montierneuf pour recruter des paysans sur place et commencer le défrichage pour en faire des terres cultivables.
Ce défrichement est effectué par des « serfs » qui recherchent des terres de labour et aussi un lieu pour établir leur famille. Dans les textes, les terres défrichées se disent « essarts » ou « revetisons », des termes que l’on rencontre souvent dans les environs.
Les religieux participent eux-mêmes au défrichage et se réservent « le gros bois » dont ils ont besoin pour leurs charpentes et leurs meubles. C’est la « dîme des essarts ».
Le reste du bois est utilisé par les défricheurs pour leurs constructions, alors rudimentaires, et pour le chauffage. Le « Gallia christiana », un écrit de la fin du XIème siècle précise que personne n’a le droit de vendre ce bois, ni le donner, ni l’accepter, ni en vert, ni en sec (« Ut in bosco nullam potestatem haberet nec vendendi, nec donandi, nec accipiendi, nec in viridi, nec in sicco »)
Ce déboisement aura pour effet de grignoter les lisières de la forêt d’Argenson partout où la qualité du sol s’avérera suffisante pour porter des cultures. Une partie subsistera, le « Bois de La Foye », peut-être parce qu’elle est trop caillouteuse.
Dès le début, sous l’impulsion des moines, on favorise la culture de céréales mais aussi la plantation de vignes car la terre y est favorable. On élève également quelques animaux, le bois servant de clôture aux pacages.
Le modèle imposée par les moines de Cluny, représenté par le prieur, est partout le même à cette époque: Ils confient l’exploitation des terres à ceux qui les défrichent. En échange ces derniers doivent verser chaque année la « dîme », c'est-à-dire une partie de leurs récoltes. En ce qui concerne la vigne, pour laquelle il faut un certain nombre d’années avant de produire, un contrat spécifique est mis en place: le complant. Pendant les premières années, la récolte appartient entièrement au paysan. Ensuite la surface plantée est arpentée et la vendange est partagée entre le prieuré d’une part, et le paysan.
Un habitat morcelé, dans les zones défrichées
Jusqu’à la fin du moyen-âge, toutes les habitations seront construites sur le même modèle: une grande et unique salle dans laquelle toute la famille vit et dort, et à coté, un appentis ou une grange pour abriter quelques animaux. La construction est en colombage de bois et les murs en en torchis (mélange de terre et de paille), les soubassements en pierre, le toit en chaume et le sol est en terre battue. Les grains sont conservés dans des silos à l’intérieur même du bâtiment.
L’eau est très rare. Il faut la tirer des quelques puits, profonds qui ont été creusés. Beaucoup sont à sec l’été et il faudra aller jusqu’au Mignon au sud, ou la Courance au nord, pour s’approvisionner.
Les paysans possèdent souvent un jardin autour de leur maison. On y cultive des fèves, des raves, poireaux, choux, plantes aromatiques, puis plus tard les épinards. L’ail et l’oignon permettent de relever les aliments, et un chroniqueur rapporte qu’ils en font une telle consommation qu’ils épouvantent les visiteurs rien qu’en ouvrant la bouche. On élève aussi un peu de volaille, quelques porcs, et pour les plus fortunés un âne, quelques vaches et des bœufs pour le labour. Les chevaux sont réservés aux gens en armes.




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