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Fondation du Prieuré et du Village

En fondant l’Abbaye de Montierneuf, le Comte du Poitou, Guy-Geoffroy-Guillaume VIII, souhaitait "bâtir pour l‘éternité" afin de s'attirer la grâce divine. Afin de lui permettre de survivre et de prospérer, il décide de doter l’abbaye, dès la création, de nombreux biens fonciers en sa possession
 
 
 
 Le don de la revestiture de La Foye
 C’est par une charte établie le 28 janvier 1077, que Guy-Geoffroy-Guillaume officialise ces donations.
 
   
Dans la longue liste des terres qu’il donne en « Saintonge », figure une zone à défricher (revestiture) dans la forêt d’Argenson, la « revestiture de Faia ». Ce qui confirme qu’à l’époque toute la région de la Foye était couverte de bois, principalement de hêtres (Faia), et elle portait le nom de cet arbre. Ce mot « Faïa » deviendra ensuite « Faya Monacalis », la « hétraie des moines », puis bien plus tard la « Foye-Monjault ». 
Cette zone comprend le bois de la Foye, et toutes les terres au sud de Vallans, et délimitées à l’ouest par Usseau et au sud par la route de la Charrière. Mais elle ne comprend pas les terres du Grand-Bois, celles-ci dépendant du domaine de Prissé. Il faudra attendre 1888 pour que ce petit village lui soit rattaché. Par compte, le village du Cormenier sera rattaché au prieuré de La Foye jusqu’à la Révolution.  

Notes:
Revestitura : le rédacteur précise que le domaine de La Foye est une revestiture, c'est-à-dire une terre à reconquérir sur la friche, à déboiser.
Carretam (la Charrière): Cette voie était encore fréquentée au XIème siècle ; On voit en effet dans la charte de fondation de l’abbaye de Montierneuf, que Guillaume VIII limite la donation qu’il fait à ce monastère à « via quae transit per Carretam » (la Charrière) « usque ad viam quae transit per Ussel » (Usseau). Quant à cette voie passant, par la Charrière, elle n’a pas encore été étudiée, mais nous pensons qu’elle devait, partant d’Angoulins, point important sur l’Océan à l’époque romaine, se diriger sur Melle, et mettre ainsi Poitiers en communication directe avec les côtes.
 
 Pour en savoir plus… La charte de Guillaume
Voici ce que nous lisons dans la charte de sa fondation (du 28 janvier 1077), par Guillaume VIII, Duc d’Aquitaine, comte de Poitou : « Dono in territorio Santonensi .... revestituram de Faia et de Ussello, et revestituram de Cormer et terram et sylvam a vùz quae transit per Carretam usque ad viam quae transit per Ussel totum ab integro quod ad me pertinebat et medietatem pedagii de Ussel... ».

« Nous donnons en terre de Saintonge, la revestiture de la Foye et d’Usseau, la revestiture du Cormenier, et toutes les terres et forêts s’étendant jusqu’à la route passant de La Charrière à Usseau ainsi que toutes les terres aux alentours»

 Cette charte, relatée par Dom Fonteneau, reçut les sceaux de Guy-Geoffroy-Guillaume d'Aquitaine, d'Oddon, abbé de Cluny, d'Hugues de Lusignan, de Borelli de Montreuil-Bonnin et de Gerbert de Saint-Jean. Notons qu’il existe une autre charte de donation écrite à la même date, mais beaucoup plus "détaillée". Cependant, il est difficile d'en tenir compte car l'original a disparu, et plusieurs auteurs l'ont qualifiée de faux ou d'acte refait.

 Il faut défricher !

Peu de temps après la donation en 1077, Hugues, l'abbé de Cluny, souhaite mettre en valeur ce nouveau domaine.  Dés les années 1080, il envoie quelques moines de Montierneuf pour recruter des paysans sur place et commencer le défrichage pour en faire des terres cultivables.
En cette fin du XIème siècle, les terres de La Foye restent recouvertes de bois, ce qui explique qu’il était certainement plus facile de les céder, aucun paysan n’y étant vraiment établi pour les cultiver.
Ce défrichement est effectué par des « serfs » qui recherchent des terres de labour et aussi un lieu pour établir leur famille. Dans les textes, les terres défrichées se disent « essarts » ou « revetisons », des termes que l’on rencontre souvent dans les environs.
Les religieux participent eux-même au défrichage et se réservent « le gros bois » dont ils ont besoin pour leurs charpentes et leurs meubles. C’est la « dîme des essarts ». 
Le reste du bois est utilisé par les défricheurs pour leurs constructions, alors rudimentaires, et pour le chauffage. Un écrit de la fin du XIème siècle précise que personne n’a le droit de vendre ce bois, ni le donner, ni l’accepter, ni en vert, ni en sec (« Ut in bosco nullam potestatem haberet nec vendendi, nec donandi, nec accipiendi, nec in viridi, nec in sicco », Gallia christiana)

Ce déboisement aura pour effet de grignoter les lisières de la forêt d’Argenson partout où la qualité du sol s’avérera suffisante pour porter des cultures. Une partie subsistera, le « Bois de La Foye », peut-être parce qu’elle est trop caillouteuse.

Sur cette carte de la forêt vers 1200, on voit que la zône de La Foye est déjà fortement défrichée.
  
Dès le début, sous l’impulsion des moines, on favorise la culture de céréales mais aussi la plantation de vignes car la terre y est favorable. On élève également quelques animaux, le bois servant de clôture aux pacages.  
 
On offre des terres à ceux qui veulent venir !
Le modèle imposée par les moines de Cluny, représenté par le prieur, est partout le même à cette époque: Ils confient l’exploitation des terres à ceux qui les défrichent. En échange ces derniers doivent verser chaque année la « dîme », c'est-à-dire une partie de leurs récoltes. En ce qui concerne la vigne, pour laquelle il faut un certain nombre d’années avant de produire, un contrat spécifique est mis en place: le complant. Pendant les premières années, la récolte appartient entièrement au paysan. Ensuite la surface plantée est arpentée et la vendange est partagée entre le prieuré d’une part, et le paysan. 
Les privilèges accordés sont importants : les gens de Faïa prendront en la forêt feuillages et bois sec pour se chauffer, et tous les arbres nécessaires à leur usage (omne nemus per radicem ad omne necesse); ils pourront y trouver, pour leur bétail, et des pâturages et du foin; ils pourront chasser les lièvres, les lapins, les loups et toutes bêtes qu'ils pourront tuer avec une flèche; s'ils trouvent des essaims, ils se les approprieront ainsi que l'arbre où ils seront.

On construit le Prieuré
Quelques décennies plus tard, l’abbé de Montierneuf envoie l’un de ses moines bâtisseurs, Petrus Erispelli, pour construire le prieuré et sa chapelle « a primo lapide » (les premières pierres). C'est un Prieuré bénédictin.  
Plus tard on parlera de deux envoyés de Cluny prieurs de La Foye : Aimardus et Guillermus, mais on a très peu d’écrits a leur sujet. 
 
Dans les écrits de l'Abbaye de Montierneuf, on lit que le Prieuré de Faiä Monacalis existait avant 1135.
Au nord de la forêt de Chizé, l'abbaye de Montierneuf établira un autre prieuré, à Marigny. L'abbaye de Saint-Séverin est fondée, dans la forêt même de Chizé, nous dit la chronique de Maillezais .
Eglise le prieuré Saint-Marcel - Fleurey Sur Ouche  
La période des concessions d'usages dans la forêt à des églises ne paraît pas dépasser le XIIe siècle.
L'exploitation de la forêt, jusque- là réservée essentiellement aux grands domaines ecclésiastiques, s'amplifie à la fin du XIIe et au début du XIIIe siècle, par la création de villes neuves.

La poussée démographique, si forte alors, provoque l'installation « d'hôtes », classe nouvelle de paysans, bénéficiant d'intéressants avantages destinés à les attirer en de nouveaux points de peuplement, sur des terroirs de valeur moindre que ceux plus anciennement exploités. En un demi-siècle, plusieurs bourgs sont créés, au sud-ouest de la forêt de Chizé, le long de la grande voie qui mène de Niort à Saint-Jean-d'Angély : Belleville, la Cigogne, Villeneuve-la-Comtesse, et, vraisemblablement, la Croix-Comtesse.

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