Dévastations lors des guerres de Religion
Sous le règne d'Henry II, puis de ses fils Charles IX puis Henry III, le Poitou deviendra la scène privilégiée des opérations militaires entre partis catholiques et protestants. L’hostilité entre les deux communautés se manifeste par une série de déprédations de monuments religieux. Les protestants, appelés « huguenots », s’emparent de Poitiers en 1552. Ils s’emparent de Thouars et Saint-Médard.
Batailles autour de Niort
Sous la direction de l’amiral de Coligny, les chefs du parti protestant se réunissent à Châtillon en 1568, s'étant assuré auparavant des places de Thouars, Parthenay et Oiron. D'Andelot, le frère de l'Amiral de Coligny, chef des protestants au Poitou, fait tomber la ville de Niort. Il passe au fil de l'épée la garnison de la tour de Magné; sous l'effroi Saint Maixent se rend. Cette même année, à Beauvoir, ils font fuir la « compagnie des gens de pied » du capitaine catholique Laprade.
Un combat décisif semble attendre les deux parties qui veulent en découdre, l'affrontement aura lieu entre Poitiers et Lusignan. La coalition catholique (la ligue), compte :
- Le Duc d'Anjou (futur Henri III) positionné à Jazeneuil avec le gros des troupes, la cavalerie étant positionnée à Sanxay, soit un peu moins de 20 000 hommes.
- Le Prince de Condé positionné à Colombiers, qui vient de recevoir un détachement de Vivonne venant de Pons, soit un peu plus de 20 000 hommes.
Le village de Pamproux se trouve entre les camps adverses et fait l'objet d'escarmouches; Martigues du parti catholique appuie la position avec 800 lances mais Coligny et D'Andelot, protestants, s'en emparent avec 5 groupes de cavalerie. Martigues fait retraite sur Sanxay et Jazeneuil. Coligny est à ses basques et le surprend sur Sanxay. Martigues fuit.
Forts de cette victoire, Coligny et les chefs protestants s'emparent de Niort le 28 septembre 1568. L'église Saint-Gaudens est rasée, l'église Saint André ravagée, tout le mobilier et reliquaires de Notre Dame dispersé, les vitraux brisés.
En 1569 Le Comte de Lude, catholique, Gouverneur du Poitou, profite de l'absence des Princes protestants de Niort pour positionner ses troupes alentour. Pour s'assurer de sa victoire il occupe les postes d'accès suivants :
Au Nord il fait tomber le château de Cherveux, à l'Ouest il fait capituler la tour de Magné, au Sud-est il installe un détachement de cavalerie et d'infanterie à Fors, et au Sud il se positionne avec tout le restant de sa cavalerie à Saint Florent.
Le capitaine protestant Pluviault, sachant la ville de Niort en détresse, s'empresse d'amener 700 fantassins et 120 cavaliers de Frontenay Rohan-Rohan. Il évite Fors, place un détachement à la porte Saint -Jean au Sud, cependant que huit groupes de cavalerie chargent en queue à Saint Florent ou 100 hommes meurent.
Le Comte de Lude est ses catholiques, assiège la ville le 21 juin avec 9000 hommes d'infanterie, 4 canons et plusieurs couleuvrines, dont les tirs sont axés sur le quartier Notre Dame, mais il perd rapidement 900 hommes alors que la cité n'en perd que 90; il lève le siège le 2 juillet. Il rentre sur Poitiers, par Cherveux, puis par Saint Maixent qu'il laisse à D'Onoux. Mais ce dernier est rappelé sur Poitiers et Saint Maixent tombe.
Le 8 octobre, 3 jours après la bataille de Moncontour ou le Duc d'Anjou vainc les protestants, Coligny regroupe les débris de son armée sur Niort, les Anglais y envoie du renfort. Coligny y laisse une garnison, puis se retire sur La Rochelle.
Le Duc d'Anjou somme les villes du Poitou aux mains de la partie adverse de se rendre, la forteresse de Lusignan se rend, les autres refusent, il se présente sous les murs de Niort qui capitule aussitôt, tout le Poitou se soumet.
En 1569, toutes les églises de la région sont dévastées, y compris le prieuré de la Foye. Incendié, il ne se relèvera de ses ruines qu’après un peu plus d’un siècle.
La Saint-Barthélemy
Un peu partout en France, la tension est à son comble entre catholiques et protestants. La reine-mère, Catherine de Médicis, se laisse convaincre par les partis ultra-catholiques d'en finir avec les protestants. Le 24 août 1572, à Paris, lors du mariage du futur Henri IV, Henry de Navarre, avec la sœur de Charles IX, Marguerite de Valois, le parti catholique massacre les protestants. L'amiral de Coligny déjà blessé, est défenestré.
Dans plusieurs villes de France auront lieu des viols, pillages, et tortures.
Batailles en Poitou
Devant cette ignominieuse trahison, le Poitou se soulève. En 1574, le chef huguenot Lanoue s'empare de Melle et Lusignan. Cette dernière est assiégée par l'armée catholique du duc de Montpensier dépêchée par la reine mère, qui s'empare de Cherveux et Saint Maixent. De son côté Lanoue fait plusieurs tentatives infructueuses sur Niort.
Le 15 août 1574, le duc de Monpensier part de Loudun à la tète d’une armée de 12000 hommes et cinq canons. Il fait abattre les défenses de Beauvoir et Chizé aux mains des huguenots. Puis ayant pris La Foye Monjau, Melle, Niort et Fontenay, il continue sur Poitiers. Le Jeudi 3 septembre, à Poitiers, est tué pendant la bataille, Jean Goullard, prévôt de Saint Laurent, prieur de La Foye, « homme riche mais opiniâtre en procès ».
Catholiques et protestants face à face
Pendant les dix ans qui s’en suivent, les deux parties renforcent leurs armées et veulent en découdre.
De leurs cotés les seigneurs protestants ont mobilisé leurs troupes et constitué des armées dans les provinces.
En 1584, la « ligue catholique » emmenée par le Duc de Guise, décide d’en finir avec les huguenots. Ses chefs se montrent menaçants avec le pouvoir, et cherchent même à remplacer le roi, jugé pas assez offensif. De leur coté Henri III et sa mère Catherine de Médicis, rencontrent le futur héritier du trône, Henri de Navarre, mais celui-ci-refuse de renier sa foi protestante.
Très catholique, le Roi décidera donc malgré tout de s’allier à la Ligue. La confrontation se prépare.
Ce seront trois armées puissantes qui partent, vers l’Est, le Centre et le Poitou. Mi 1585, le Maréchal de Biron débarque donc dans le Poitou avec son armée catholique. Il est accompagné du duc de Rohan.
En face se tient l’armée protestante du duc de Mayenne, forte de 800 lances, quatre cent Italiens, neuf cent reitres, 7000 fantassins, cinq mille cinq cent suisses, et seize canons de batterie.
En octobre 1585, le duc entame les hostilités et fond sur Angers puis Brouage.
Henri de Navarre, après avoir sécurisé ses fiefs de Guyenne et Gascogne, décide de venir lui prêter main forte.
Avec ses troupes protestantes, il contourne Saint-Jean d’Angély, aux mains des catholiques, mais surtout, la ville est affamé et décimée par une épidémie de peste qui y sévit. Il arrive à Niort ou la peste sévit également et à fait fuir la soldatesque. Dans cette ville elle sévira de Juillet 1584 à Janvier 1585, et l’on rapporte qu’on y dénombrait 30 à 40 décès par jour.
De son coté le Duc de Rohan à la tête d’une compagnie catholique arrive à La Rochelle, elle-même affaiblie par la peste.
Le Duc de Mayenne, frère cadet et rival du duc Henri de Guise
La Foye sous le contrôle des protestants
En 1586, Henry de Navarre envoie donc à La Foye le capitaine huguenot La Gautrie, avec un détachement de 150 hommes. Ces hommes vivront chez les habitants. Un chroniqueur raconte : « Les places de Matha, Aulnay, Chizé, la Foye-Montjault, Dampierre et Villeneuve-la-Comtesse, furent amplement pourvues d'armes et de soldats.. ».
Il semble qu’une construction (poste de guet ?), fut édifiée à cette époque sur la route de La Foye à Vallans. Ses dernières traces de murs ont été démantelées dans le années 1970.
De son coté, a la tête d’une armée protestante, le prince de Condé prend la ville de Chizé en mai 1587 avec l’aide d’Henri de Navarre qui est venu le rejoindre.
Plus tard, Henri écrira à son cousin le Duc de Monpensier « Mon cousin, Je viens de prendre Sansais ou Mr de Malicorne avait mis une garnison « qui travaillois ceux de La Rochelle ». J’ai toujours été depuis sept à huit jours assailli de tant d’affaires pour la reddition de Chizé, La Foy-Montjaut, Dampierre, Arsay… que je n’ay point couché dans mon lit durant quinze jours, pour le soin, la fatigue et la conduite que l’artillerie apporte ».
Pour en savoir plus…La Gautrie
A la même époque, Jean de Lambert enverra une lettre à René de Galard de Béarn, baron de La Rochebeaucourt :
« Monsieur, J’ay trouvé le Roy de Navarre, mon maistre, si empressé à ses attaques de places en ce païs, et du naturel qu’il est d’y estre tellemant actif, qu’il faict cent fois le jour toutes les charges et offices de tous les officiers… Nous tenons la campagne… Nous avons icy huict canons et quatre petites, et esquipage qui ne faut plus à son huguenot; nous avons pris Chisé, La Pierre, La Foy monjau,… et sommes devant Fontenai, sur la contrescarpe et dans l’un de leurs esperons, sans avoir tiré que des volées... »
Henri IV Catherine de Médicis
La Foye reprise par les Catholiques
En Novembre 1586, elle arrive à Saint-Maixent avec le duc de Monpensier et décide de reprendre ces places. Elle bénéficie de l’apport de la Ligue a fait venir des régiments de Bretagne et d’Anjou afin d’affamer les places de la Rochelle et Saint-Jean d’Angély au mains des huguenots.
Elle écrit à Malicorne: « Il faut diriger les troupes vers le bas Poitou et négocier l’échange de Rocquerolles, capitaine huguenot prisonnier, contre Saint-Michel en l’Herm, Vouvent et La Faie Monjot.. » J’ai écrit qu’il devroit les remettre en mesme état qu’elles estoient quand on les a saisies ».
On ne sait pas si l’échange eut lieu, mais peu après, elle envoie le duc de Montpensier avec une compagnie pour « reprendre Vouvant et La FayMonjau, bien que ce soient des places de nulle importance ».
Il est probable que le prieuré eut à souffrir de cet épisode, et l’on rapporte qu’il y ait eu des combats dans la plaine des loges. Vers 1930, en labourant, des agriculteurs y trouveront des armes rouillées. Et les anciens racontent qu’ils y apercevaient des feux follets la nuit.
Plus tard Catherine écrira au roi Henri III: « Ecrit au roi que Foye Monjaut et Vouvent ont été pris et met en garde contre une revanche des protestants… ». Elle écrira aussi : « Le seigneur de Navarre se plaignoit que j’eusse fait prendre La Foye Montjot et Vouvent… ».
L’entrevue entre Henri de Navarre et Catherine de Médicis)
En fait la reine rencontrera le duc de Navarre à Jarnac le 14 Décembre 1586. Elle lui reproche sa désobéissance et dit que le roi Henri III avait été contraint à faire la paix avec la ligue pour sauver son état. Henri lui répond que la ligue était devenue forte car la royauté était faible. La reine dit à Henri que pour amener la paix, il faillait qu’il se fit catholique, mais celui-ci refuse. En Janvier 1587, Catherine de Médicis rencontrera à nouveau Henri de Navarre, mais cette fois-ci à Niort.
Les combats continuent
Personne ne cède. En 1588 Henry de Navarre à la tête d’une armée protestante, fait tomber Beauvoir. Le 15 décembre, il envoie Louis de Saint Gelais s'emparer de Niort avec 400 arquebusiers et 80 gendarmes. A la faveur de la nuit des échelles sont dressées contre les remparts entre la Porte Saint Gelais (Nord) et la tour Foulie; les sentinelles endormies sont égorgées, les portes ouvertes; la troupe s'engouffre; Niort tombe. Seuls deux ligueurs sont pendus malgré les atrocités commises. La Marzelle, grand Prévost de Navarre, entre en la ville le 29 décembre et naturellement de sanglants règlements de comptes s'en suivent. Dans la foulée on découvre des provisions pour 20 000 hommes pour 2 ans dans les entrepôts.
Saint Maixent sait que l'arrivée des troupes de Navarre est imminente et préfère capituler. Vivonne en fait autant.
Fins des combats après l’édit de Nantes
Le frère cadet du roi de France, François de France, duc d'Alençon puis d'Anjou, étant mort en 1584 sans héritier, Henri de Navarre était devenu prétendant au trône. Le 1er août 1589, le roi Henri III meurt assassiné par le moine fanatique Jacques Clément. Henri de Navarre rejoint Paris et devient le roi Henri IV après s’être fait catholique (raison d’état !).
Le 13 avril 1598 il signe l’édit de Nantes, un édit de tolérance par lequel le roi de France reconnaît la liberté de culte aux protestants. Cet édit met fin aux hostilités.
Le siège de La Rochelle
En 1621 le Poitou se soulève à nouveau; les seigneurs protestants réunis à La Rochelle projettent une République. Louis XIII, successeur d’Henri IV, se présente avec une forte armée; Saint Maixent et Niort capitulent.
Quelques années plus tard, après plusieurs épisodes, il ordonne le siège de La Rochelle. Celui-ci, commandé par Richelieu, commence le 10 septembre 1627, et se terminera un an après par la capitulation de la cité, le 28 octobre 1628. Pour éviter tout approvisionnement clandestin des assiégés, et pour nourrir ses troupes, Richelieu réquisitionne toutes les provisions des places de l’Aunis, dont celles de La Foye.
Reprise des hostilités au XVIIème siècle
Entre 1634 et 1636, les écoles protestantes et temples sont fermés, les protestants ne peuvent plus faire de commerce.
Pillage à La Foye
Les Dragonnades
Vers la fin de 1680, Louis de Marillac, intendant du Poitou, parcourt les campagnes avec un curé et des hommes d'armes, les dragons, ce qui donnera le nom de « dragonnades ». Pour convertir, il paie ceux qui abjurent et promet le pire à ceux qui refusent. Marillac lance les dragonnades en Poitou et arrache par tous les moyens les abjurations, en effrayant, ruinant et contraignant (battre, traîner derrière un cheval jusqu'à l'église ou brûler en plaçant près d'un feu violent).
Il semble qu’à la Foye il n’y eut pas beaucoup de protestants. Néanmoins on apprend que le 13 Juin 1677, un dénommé Louis Garroteau, seigneur de Beaumont, habitant La Foye, fut excommunié par le curé de La Foye, Elie Fauvier. « Malgré trois avertissements, celui-ci ne s’est pas acquitté du devoir pascal, dont il n’a pas tenu compte depuis douze ans. De plus il a dogmatisé contre les mystères de la religion, et invectivé contre les sacrements de l’église auxquels il n’a pas voulu se soumettre ».
Quatre ans plus tard, il reviendra dans la foi catholique. Il passera devant une commission composée du curé de Vallans: Pasthureau, du curé de La Foye: Fauvier, du curé de Saint Florent et prieur de la congrégation: Grisbert Mateyron, et du curé de Granzay: G.Arnaud. Son absolution d’excommunication sera prononcée le 28 Avril 1678.
En 1680, un dénommé Pierre Parré, âgé de 40 ans, habitant de La Foye, souhaite épouser une notable : dame Jeanne Quincarlet. Mais celle-ci est divorcée de maitre Louis Bourdon, seigneur de la Croix, un protestant notoire originaire de la paroisse de saint-Jean de Mougon. A cette époque on ne peut se marier qu’à l’église; Il faut donc être de foi catholique.
Le 12 avril 1680, en présence de témoins, est donc donné publiquement en l’église de La Foye, l’absolution de l’hérésie de Calvin à dame Jeanne Quincarlet. En vertu de quoi, le mariage sera célébré religieusement le 1er mai 1680.
Mais cette conversion entrainera des résistances dans la famille. On apprend dans un registre de Juillet 1697, que Jean David cabaretier à La Foye, qui est marié avec Madeleine Parré, fait des difficultés pour baptiser son fils.
En 1685, Louis XIV décide de révoquer l’édit de Nantes. Cela marque une nouvelle ère de persécutions contre les protestants, encore plus violentes. Les soldats sont logés dans les foyers protestants, jusqu’à l’abjuration. On place des garnisons dans toutes les places fortes, dont Chizé et la Foye.
Cette même année, les dragons du Roi parcourent toute la région de Mauzé pour extirper les protestants.
Pour fuir, une grande partie des protestants émigrera en Angleterre ou Hollande. On ne sait pas s’il y en eut à La Foye. On peut lire le livre de souvenirs de Jean Migaut qui décrit cette période difficile.
Est-ce par suite de troubles ou par négligence mais les registres paroissiaux de La Foye des années 1699-1704 seront détruits, et beaucoup de pages de cette époque seront abimées.
Pour en savoir plus…La Gaultrie
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