Mais à l’époque il ne fait pas bon de s’aliéner la protection de l’église. Pour se réconcilier avec le Pape, Guillaume décide d'agrandir une modeste église qu'il avait fondée en 1069 en dehors des remparts Nord de Poitiers, et de la transformer en monastère. En fondant ce monastère ("monasteri novi"), dont le nom se transformera ensuite en "Montierneuf", le duc d'Aquitaine est donc censé "expier ses fautes". Finalement, l'affaire sera étouffée et Audéarde demeurera avec son mari.
En fondant l’Abbaye de Montierneuf, le Comte du Poitou, Guy-Geoffroy-Guillaume VIII, souhaite "bâtir pour l‘éternité" afin de s'attirer la grâce divine. Afin de permettre à l’abbaye de survivre et de prospérer, il décide de la doter dès la création, de nombreux biens fonciers en sa possession, parmi lesquels le domaine de La Foye.
« Dono in territorio Santonensi …. revestituram de Faia et de Ussello, et revestituram de Cormer et terram et sylvam a via quae transit per Carretam usque ad viam quae transit per Ussel totum ab integro quod ad me pertinebat et medietatem pedagii de Ussel… ».
« Nous donnons en terre de Saintonge, la revestiture de la Foye et d’Usseau, la revestiture du Cormenier, et toutes les terres et forêts s’étendant jusqu’à la route passant de La Charrière à Usseau ainsi que toutes les terres aux alentours.. »
Dans la longue liste des terres qu’il donne en « Saintonge », figure une zone à défricher (revestiture) dans la forêt d’Argenson, la « revestiture de Faia ». Ce qui confirme qu’à l’époque toute la région de la Foye était couverte de bois, principalement de hêtres (Faia), Cette zone comprend le bois de la Foye, alors détaché de la forêt de Chizé, et toutes les terres au sud de Vallans, et délimitées à l’ouest par Usseau et au sud par la route de la Charrière. Mais elle ne comprend pas les terres du Grand-Bois, celles-ci dépendant du domaine de Prissé. Il faudra attendre 1888 pour que ce petit village lui soit rattaché. Par compte, le village du Cormenier sera rattaché au prieuré de La Foye jusqu’à la Révolution.
Cette charte, relatée par Dom Fonteneau, reçut les sceaux de Guy-Geoffroy-Guillaume d'Aquitaine, d'Oddon, abbé de Cluny, d'Hugues de Lusignan, de Borelli de Montreuil-Bonnin et de Gerbert de Saint-Jean. Notons qu’il existe une autre charte de donation écrite à la même date, mais beaucoup plus "détaillée". Cependant, il est difficile d'en tenir compte car l'original a disparu, et plusieurs auteurs l'ont qualifiée de faux ou d'acte refait.
Mais en cette fin du XIème siècle, les terres de La Foye restent recouvertes de bois, ce qui explique qu’il était certainement plus facile de les céder, aucun paysan n’y étant vraiment établi pour les cultiver.
Peu de temps après la donation en 1077, Hugues, l'abbé de Cluny, souhaite mettre en valeur ce nouveau domaine. Dés les années 1080, il envoie quelques moines de Montierneuf pour recruter des paysans sur place et commencer le défrichage pour en faire des terres cultivables.
Ce défrichement est effectué par des « serfs » qui recherchent des terres de labour et aussi un lieu pour établir leur famille. Dans les textes, les terres défrichées se disent « essarts » ou « revetisons », des termes que l’on rencontre souvent dans les environs.
Les religieux participent eux-mêmes au défrichage et se réservent « le gros bois » dont ils ont besoin pour leurs charpentes et leurs meubles. C’est la « dîme des essarts ».
Le reste du bois est utilisé par les défricheurs pour leurs constructions, alors rudimentaires, et pour le chauffage. Le « Gallia christiana », un écrit de la fin du XIème siècle précise que personne n’a le droit de vendre ce bois, ni le donner, ni l’accepter, ni en vert, ni en sec (« Ut in bosco nullam potestatem haberet nec vendendi, nec donandi, nec accipiendi, nec in viridi, nec in sicco »)
Ce déboisement aura pour effet de grignoter les lisières de la forêt d’Argenson partout où la qualité du sol s’avérera suffisante pour porter des cultures. Une partie subsistera, le « Bois de La Foye », peut-être parce qu’elle est trop caillouteuse.
Dès le début, sous l’impulsion des moines, on favorise la culture de céréales mais aussi la plantation de vignes car la terre y est favorable. On élève également quelques animaux, le bois servant de clôture aux pacages.
Le modèle imposée par les moines de Cluny, représenté par le prieur, est partout le même à cette époque: Ils confient l’exploitation des terres à ceux qui les défrichent. En échange ces derniers doivent verser chaque année la « dîme », c'est-à-dire une partie de leurs récoltes. En ce qui concerne la vigne, pour laquelle il faut un certain nombre d’années avant de produire, un contrat spécifique est mis en place: le complant. Pendant les premières années, la récolte appartient entièrement au paysan. Ensuite la surface plantée est arpentée et la vendange est partagée entre le prieuré d’une part, et le paysan.
Plus tard on parlera de deux envoyés de Cluny prieurs de La Foye : Aimardus et Guillermus, mais on a très peu d’écrits à leur sujet.
Quelques décennies plus tard, l’abbé de Montierneuf envoie l’un de ses moines bâtisseurs, Petrus Erispelli, pour construire le prieuré et sa chapelle « a primo lapide » (les premières pierres).
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