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Albert, un agriculteur de l'entre-deux guerres

Cette article est une chronique familiale des Prunier qui, en provenance d'Usseau, vinrent s'établir à La Foye en 1920.
Elle relate la vie d'Albert Prunier et de sa famille à La Foye, et aussi à La ferme de La Marzelle dans le marais d'Usseau.
Albert est représentatif de ces cultivateurs qui on vécu la grande transformation de l'agriculture au cours de la première moitié du XXème siècle, depuis le travail de la terre à la main, jusqu'à la mécanisation intensive.
 
Albert Prunier à 40 ans ; Bretelles, Ceinture de Flanelle et chapeau de paille.

Héritier de la fin du vignoble dans la région, puis de la difficile reconversion vers l'élevage et l'agriculture, Albert connaitra la transformation permanente du métier de paysan, passant de l’attelage de bœufs et chevaux aux premiers tracteurs, du char à banc puis du vélo aux premières automobiles. La guerre de 14-18 décimera un grand nombre de ses compagnons, puis après un renouveau, la guerre 39-45 verra le temps de l'occupation ou il lui faudra accueillir de nombreux réfugiés (Lire le témoignage de sa fille Irène dans l'article sur la guerre 39-45).
Cette période sera une sorte d'entracte, mais lors des années suivantes, beaucoup cesseront leur activité, reprise parfois par leurs fils, mais dans un modèle totalement différente.
Il est l'un des symboles de cette période dont certains anciens sont nostalgique, ou la vie était simple et rude, faite d'efforts quotidiens et de privations. Un point positif : la soif de s’amuser et l'entraide permanente entre voisins qui semble avoir disparue de nos jours.

Entre Marais et Plaine
Le premier des Prunier, Emmanuel (1875-1941), arrivera de La Barbée (Damvix-Marais Poitevin). avec son frère Alexandre (1865-1924) pour prendre une ferme à Antigny (Usseau) en 1888. 
Il est vrai qu'ils étaient les cadets de la famille Prunier, et c'était le frère aîné : Auguste (1863 - 1948), qui avait hérité de la ferme familiale.
 
 

La ferme de La Marzelle, au sud d'Usseau 
A droite l’enclos aux volailles : Oies, canards, Poules et bien sur lapins.

Emmanuel et Alexandre épouseront les deux sœurs Maye, files d'un agriculteur de Germon, un hameau au sud d'Usseau. Celui-ci  n'ayant pas de garçon, leur lèguera sa ferme de La Marzelle, ou les deux frères travailleront ensemble.

Avec sa femme Alina, Emmanuel aura un fils, Albert, et une fille Albertine. 


Albert à 20 ans, , Albertine

Emmanuel à la Guerre
 
Tous les deux épuisés et blessés, ils se retrouveront dans le même hopital à Voiron près de Grenoble.
A l’hôpital avec les infirmiers. Emmanuel est le plus grand, au deuxième rang.

En janvier 1917, il rejoindra le 109ème Régiment d’Artillerie lourde, mais ses difficultés de marche pour des varices douloureuses feront qu’il restera au dépôt. Le 25 janvier 1918 il passera au 20ème Escadron du Train.

Emmanuel, le deuxième à partir de la droite.

 En janvier 1919, il sera démobilisé et reviendra à Usseau.

La rencontre d’Albert et Gabrielle

Eugène Vinatier avait été de toutes les batailles lors de la guerre 1914-1918 : la Marne, la Somme, Verdun…Il en reviendra blessé (voir le récit de son histoire).

A Verdun, dans les tranchées, il avait rencontré Emmanuel Prunier. Étant originaires de la même région ils deviendront très vite amis.

Après l’armistice et de retour dans leurs foyers, les deux copains ne s’oublieront pas. Habitant à quatre kilomètres l’un de l’autre, ils s’inviteront régulièrement à déjeuner pour évoquer leurs souvenirs. C’est lors d’un de ces repas, en 1919, que leurs deux enfants, Albert et Gabrielle, à peu près du même âge, feront connaissance.

 

Au début il y eu quelques échanges de cartes bien timides.

Carte d’Albert pour Gabrielle

Mais très vite ils tomberont amoureux. Ce seront les fiançailles puis le mariage le 20 Juin 1920.

Le mariage

Albert et Gabrielle

Ce fut de grandes festivités à La Foye, au Logis : 150 personnes pendant deux jours. Pour l’occasion on avait nettoyé et décoré les anciens chais à vin, pour servir de salle à manger.
 
Photo de famille  Au centre, Albert et Gabrielle entourés de leurs parents.

Les jeunes mariés s’installèrent au Logis, et Albert cultiva les terres avec Eugène, son beau-père, tandis que Gabrielle s’occupait des animaux de la ferme : cochons, vaches, volailles… Il y avait de quoi faire !

La mère de Gabrielle : Alina, excellente cuisinière, préparait les repas pour toute la famille.

9 mois plus tard, le 30 mars 1921, naissait leur fille, Irène, qui racontera plus tard sa vie à La Foye lors de la guerre 39-45.

Irène à 5 mois

Fin 1928, tout le monde se retrouvait au Logis après que la maison de La Marzelle ait brûlé. Les parents : Emmanuel Prunier et Augustine y avait emménagé dans la dépendance à droite, avec Albertine et Alphonse le neveu. La maison était grande mais bien remplie.

La ferme
C’est elle qui permettait de nourrir tout ce monde. Heureusement il y avait des bras !
A cette époque il n'y avait pas de mécanisation, tout se faisait à la force des bras à l'aide d'animaux.
La paire de bœufs devant l'écurie

La coutume était que toutes les générations vivent ensemble, il n'y avait pas de maisons de retraite. Chacun aidait comme il pouvait. Tout le monde était occupé comme on peut le voir sur cette photo prise devant la charrette en 1932. 

De gauche à droite : René Braux (petit berger), Gabrielle Prunier et la biquette, Irène Prunier, Louis Vinatier (assis), Alina Vinatier, Augustine Prunier, Eugène Vinatier. 

Derrière : Albert Prunier, Emmanuel Prunier, Julien Vinatier,

 Plus tard, en 1936 devant les écuries :Eugène Vinatier à gauche, Albert à droite. 

Albert avec Françoise B, une réfugiée, dans les bras et la jument Lina.

Départ pour ramasser le foin. Sur la faucheuse :Albert.

Eugène en train de donner du grain aux oies.

 Devant le porche  Assise : Irène. Derrière Augustine en cuisinière. Dernier rang : Albert, Gabrielle, Eugène et Alina.

Albert,Roger Thomas  (réfugié ), et Irène pendant la guerre de 40

Les battages
Chaque été, les battages étaient un véritable évènement. Le tracteur « Brutus » conduit par Gabriel Bichon, amenait la machine à battre dans le pré à coté de la maison.
 
Battages au Logis. De gauche à droite : 
Jacky Cacault, Robert Pied, Jean Ploquin, Henry Souché, Claude Roche, Jacques Morin, Jacques Sauvaget, Maurice Decemme, Mme Gaborit, Max Chatain.

Pour le déjeuner, tout le monde, l’équipe des battages et la famille étaient réunis. C’était ue véritable fête.

Au premier plan : Augustine Prunier, Alexandre Morisson. 
Derrière, Irène, et au fond Albert qui sert le vin.

Une vie heureuse en famille
 Irène aura 4 garçons qui feront la fierté de leurs grands-parents.
 
 
 
Gabrielle, la  femme d'Albert, était le pilier de la maison, toujours au travail, s’occupant à la fois des animaux, de la maison et aussi de la cuisine ce qui n’était pas une mince affaire, vu le nombre de bouches à nourrir. 
 
Albert et Gabriel, et un petit fils

Heureusement sa mère et sa belle-mère, également excellentes cuisinières, étaient là pour l’aider.

Les deux arrière grand-mères, Augustine Prunier et Alina Vinatier.
 
Malheureusement Gabrielle décèdera en novembre 1958, des suites d’un AVC survenu dans l’étable de La Foye alors qu’elle trayait les vaches. Albert ne s’en remettra jamais vraiment.
Sa fille Irène en parlait souvent comme quelqu’un de formidable, très travailleuse et s’occupant toujours des autres.

Après le décès de Gabrielle en Octobre 1958, Albert continuera seul à cultiver la terre, avec l’aide de ses trois domestiques : Maurice Decemme, Serge Briffault et Serge Cacault, qui, pour nous, faisaient partie de la famille.
 
Maurice Decemme

D’un caractère très facile, il ne se plaignait jamais. Il habitait une petite chambre de l’autre coté du porche à La Foye. Le dimanche matin c’était la grande toilette, et il nous arrivait d’aller le voir se raser. Parfois, le dimanche après-midi, on le rencontrait aux balades des environs. Il tirait à la carabine ou achetait des babioles.

 La fin de la ferme à La Foye.

Il fallait se rendre à l’évidence, sans personne pour tenir la maison, à part Augustine qui commençait à se faire vieille, la tache était trop dure.  Née en 1876, elle avait à présent 84 ans. Elle était toute petite, à peine 1,50m. Tout le monde l’appelait « Titine ». Nous l’avons toujours connue en noir, avec une coiffe de même couleur.

Elle ira habiter à la Marzelle chez sa fille, Albertine, ou elle décèdera trois ans plus tard, en 1962.

   

Augustine, "Titine" à la Marzelle

Pour Albert, qui avait 62 ans lors de la mort de sa femme, le cœur n’y était plus et il commençait à se sentir fatigué, d’autant plus qu’il faisait de l’emphysème, ce qui le gênait pour respirer. N’ayant personne pour reprendre la ferme, il lui fallait se résoudre à arrêter l’exploitation.

A La Foye, Albert s’occupait du jardin potager qui se situait derrière la maison.

 

Il continuait aussi à s’occuper de ses vignes, celle du « Champ -Berlin », et celle des Loges.

Et il y avait aussi les rencontres avec son compère Raymond Drut, le mari de Juliette Drut, et père de Jackie

Les deux compères, un après-midi d’hiver au Logis.

Albert décèdera à La Foye d’une embolie pulmonaire,  le 12 Octobre 1969, à l’âge de 72 ans.

  

  

 
Il repose avec son épouse Gabrielle au cimetière de La Foye.
 
Leur tombe au cimetière de La Foye
 
Ses petits enfants se souviennent...
Albert, on l’appelait « Papé ». Il représentait pour nous la campagne, les promenades dans les champs, et le marais. On adorait l’accompagner aux « chambeaux », ceux de Tesson ou du Pré-Bourdin à Usseau, ou il cultivait les légumes qui faisaient le bonheur de toute la maisonnée.  C’était un grand bonheur pour nous d’aller à La Marzelle, nous qui étions à La Foye, pays de plaine. Notre grand-père nous y emmenait souvent avec sa Juva 4. Parfois avec un cheval et une charrette. Il allait cultiver ses légumes au « pré-bourdin », un jardin entouré de peupliers au bord du Mignon. On adorait cette ambiance de marais, le vent dans les arbres, les oiseaux, surtout le « Coucou ». Souvent nous allions pécher des vairons dans la rivière. Quel régal au retour !

A chaque fois, Albert passait dire bonjour à sa sœur Albertine, et à son beau-frère, Auguste.

 
D’un caractère affable et réservé, il ne parlait pas beaucoup mais était toujours disponible pour les autres.

 

La Marzelle, un formidable terrain de jeu
Par rapport à la morne plaine de La Foye, La Marzelle sentait bon l’aventure, surtout le long du Mignon, une rivière bordée de « têtards » (Frênes dont on coupait régulièrement la tête pour faire du bois de chauffage). C’était les promenades au « pré-bourdin », un grand champ, avec ses rangées de grands peupliers au feuillage argenté. 

Irène Prunier, sa fille, s’en souvient :

« Très souvent mon grand-père Emmanuel venait me chercher pour passer quelques jours avec eux à la Marzelle. Il n’emmenait dans sa petite voiture à capote, comme on disait. C’était un genre de petite calèche conduite par la jument « Cotiche ». J’aimais beaucoup conduire ; mon grand-père me donnait les rennes et sur la route d’Ussolière je conduisais. C’était pour la forme car la jument connaissait le chemin toute seule.

Là en arrivant je rencontrais ma grand-mère « Titine », c’est comme cela que l’on appelait Augustine, et ma tante Albertine qui était aussi ma marraine. Elle était célibataire et me gâtait énormément.

Avec eux trois, j’étais une petite princesse. J’allais me promener au bord de la rivière dans le marais, et aussi conduire les vaches aux champs. L’été j’allais faire trempette dans le mignon aux eaux claires. Grand-père qui était un poète qui s’ignorait, me faisait écouter le vent souffler dans les grands peupliers, et me racontait plein d’histoires, comme celle de la source au milieu de la prairie qui alimentait un bras du Mignon. L’été on y puisait de l’eau et l’on y mettait les bouteilles à rafraichir. J’ai plein de souvenirs merveilleux de mes séjours à La Marzelle ».

L’hiver, la pièce principale qui faisait office de cuisine et de salle-à-manger, était chauffée par deux pauvres tisons dans la cheminée. De plus la porte d’entrée restait ouverte quelque soit le temps pour laisser entrer les chiens. Heureusement il y avait la cuisinière à bois, presque toujours allumée, sur laquelle on faisait le café et mijoter les plats.

Au dessus de la cheminée trônait le fusil de chasse. Il en avait commandé un nouveau modèle à « Manufrance », la manufacture de Saint-Etienne, et il était fier de nous le montrer. On adorait regarder l’épais catalogue qui contenait tant de choses extraordinaires.

Sur le manteau, la corne de chasse, et la machine à rouler les cigarettes de maïs qui lui jaunissaient la moustache. Comme tous à l’époque, il fumait beaucoup.

 A coté deux chambres en enfilade, dont l’une que l'on occupait. Pas de chauffage, je me cachais sous l’édredon de plumes pour me réchauffer. Le matin le broc d’eau était pris dans la glace et les vitres recouvertes de givre.

Il n’y avait pas de toilettes. Il fallait aller dehors s’assoir sur un seau percé, posé derrière une haie à coté de l’enclos à volailles. Il fallait le déplacer à chaque fois. A la fin de l’hiver c’était un véritable chapelet.
L’eau se tirait à la pompe devant la porte. Avec un broc, on y faisait sa toilette. Et pour l’eau chaude pour la vaisselle ou la lessive, il y avait en permanence un chaudron suspendu dans l’âtre.

Peu importe, La Marzelle c’était l’aventure et l’on s’y sentait bien. Albertine nous gâtait avec ses gâteaux et ses fromages de chèvre frais ou bien sec, et Auguste avait toujours une bonne histoire à nous raconter.

L’hiver le Mignon débordait et le marais était inondé, il fallait mettre les bottes. Dès le printemps, Auguste posait ses nasses en osier, les « bottes », qu’il confectionnait l’hiver pour attraper des anguilles.

A pâques, j'allais avec lui faire le tour des « palisses » pour y débusquer les premières morilles, ce qui valait au retour des omelettes d’anthologie.

J'aimais accompagner Albertine chercher des œufs, ou je la regardait faire son beurre à la baratte. Elle le mettait ensuite dans un moule en bois ouvragé. Lors du « quatre heures » j'avais droit à une tartine recouverte de beurre avec un morceau de chocolat. Quel régal !

Auguste avait le béret vissé sur la tête et la cigarette au bec. Été comme hiver, il portait ses bottes en caoutchouc. Il ne les enlevait le soir que pour entrer dans le lit. Pas de chaussettes, il les confectionnait avec des bouts de toiles coupés dans des sacs de blé.

 

Auguste Bernard et ses éternelles bottes.

Certains dimanches nous y étions invités à déjeuner, après la traditionnelle partie de chasse dans les champs autour de La Marzelle. L’invitation avait été effectuée par un échange de cartes postales, pas de téléphone à l’époque. J'aidais Albertine à préparer le repas. Presqu’à chaque fois c’était le traditionnel poulet rôti ou bien le Lapin en cocotte. Les bouteilles avaient été mises au frais dans la fontaine qui alimentait le Mignon 

 Photo de mauvaise qualité, impossible de reconnaître les personnages. On y voit les chiens de chasse, la pompe à coté du seuil ou l’on puisait de l’eau. Elle faisait office de salle de bain, avec un broc d’eau dans les chambres.

Albert et Albertine sont enterrés dans le cimetière de La Foye.

Un terrible incendie 

L’hiver 1928, la maison de la Marzelle brula complètement, un domestique ayant mis le feu dans le grenier en lisant avec une bougie. Il y eu peu de meubles sauvés. Tous les papiers avaient brulé. Il fallut rapatrier tout le monde sur La Foye.

Irène raconte :

« Hélas, alors que j’avais 8 ans, un drame affreux se produisit à La Marzelle. Un incendie a détruit toute la maison. A cette époque il n’y avait pas encore l’électricité. Dans la pièce principale on s’éclairait avec une grosse lampe à pétrole suspendue au plafond, surmonté d’un énorme abat-jour en porcelaine. Ailleurs, dans les chambres, c’était les bougies.

Le jeune domestique agricole occupait une chambre aménagée dans le grenier. Il aimait beaucoup lire le soir au lit, à la lueur d’une bougie évidemment, bougie qu’il a dû laisser allumée toute la nuit. Et le matin en se levant, il rabattit les couvertures sur la bougie, sans le savoir. Et c’est ainsi que le feu se propagea. Mon grand-père étant souffrant ce matin là était resté au lit, mais de la fenêtre il vit des étincelles et des flammes qui sortaient du grenier. Il se leva et sortit juste à temps, le plafond s’effondrait déjà.

Grand-mère, ma tante, et le petit domestique, étaient occupés dans les écuries. Ils sortirent vite aux appels de mon grand-père. Quand ma grand-mère vit sa maison brûler elle tomba raide faisant une attaque cérébrale qui la mit dans le coma plus d’un mois. Elle en sortit complètement traumatisée. N’ayant plus de quoi loger, ils vinrent vivre tous les trois à La Foye et s’installèrent dans la petite maison du bout.

Le lendemain, retournant sur les lieux, mon père n’emmena avec lui. J’ai un horrible souvenir de cette maison brûlée. La fumée s’échappait encore des murs calcinés.  J’ai encore dans les narines cette odeur de brûlé, surtout des haricots que mes grand-parents entreposaient au grenier après la récolte. Plus rien du beau buffet dressoir qui se tenait dans la cuisine avec sa belle collection d’assiettes anciennes. Ils avaient l’habitude comme beaucoup de personnes de cacher les papiers importants entre les piles de draps. Quand le pompiers et voisins vinrent en aide, on déménageât une armoire remplie de draps. Titres et argent disparurent, pas pour tout le monde, bien sûr.

La maison fut reconstruite et louée à un fermier, mes grands-parents ne voulant plus y revenir »

La « colique rouge »

Alexandre Prunier décèdera le 11 avril 1924 à La Marzelle d’une appendicite, appelée alors « colique rouge », une maladie non soignée à l’époque. Il avait 49 ans.

Son fils, Alphonse, avait été réformé à l’armée pour bronchite chronique. En Juin 1922, il avait épousé à Vallans, Lucienne Sarrazin, une fille d’agriculteur, et avait repris la ferme. Sa mére Clémence (1868 - 1937) à présent veuve, ira vivre chez eux.  Ils auront un fils, Marcel (1929 – 1995). 

 Irène se souvient : « J’avais alors 4 ans. Mais j’ai gardé en ma mémoire une scène qui m’avait frappée. Le jour de l’enterrement d’Alexandre, alors que tous les autres membres de la famille assistaient aux obsèques, c’était mon arrière grand-père François, que j’appelais « Pépé papier », qui me gardait. Il m’appelait « Sirène ».

Fatigué, anéanti par la mort de son fils, il n’avait pû y assister. Alors que tous les deux nous étions assis sur un tronc d’arbre dans le pré, le corbillard passait sur le chemin. « Pépé papier » me dit : Tu vois Sirène, c’est mon drôle qui s’en va dans cette charrette. Ne comprenant pas grand-chose à la mort, le voyant pleurer, j’avais compris cependant que c’était très triste. J’en garde le souvenir.

Quelques semaines plus tard, Pépé François s’éteindra à la Barbée, à l’âge de 92 sans jamais avoir été malade auparavant.  Il était resté très leste malgré son âge. Le matin il fut tout surpris d’être obligé de s’assoir pour enfiler ses chaussettes. Le soir même il était mort ».  C’était le 7 juin 1924.

 En fait il s’appelait Marie-Julien Prunier (1831-1924) mais tout le monde l’appelait « François », comme son père.

 

Il serra enterré au cimetière de La Foye

 


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