| Albert Prunier à 40 ans ; Bretelles, Ceinture de Flanelle et chapeau de paille. |
La ferme de La Marzelle, au sud d'Usseau A droite l’enclos aux volailles : Oies, canards, Poules et bien sur
lapins. |
Emmanuel et Alexandre épouseront les deux sœurs Maye, files d'un agriculteur de Germon, un hameau au sud d'Usseau. Celui-ci n'ayant pas de garçon, leur lèguera sa ferme de La Marzelle, ou les deux frères travailleront ensemble.
Avec sa femme Alina, Emmanuel aura un fils, Albert, et une fille Albertine.
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| Albert à 20 ans, , Albertine |

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| A l’hôpital avec les infirmiers. Emmanuel est le plus grand, au deuxième rang. |
En janvier 1917, il rejoindra le 109ème Régiment d’Artillerie lourde, mais ses difficultés de marche pour des varices douloureuses feront qu’il restera au dépôt. Le 25 janvier 1918 il passera au 20ème Escadron du Train.
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| Emmanuel, le deuxième à partir de la droite. |
En janvier 1919, il sera démobilisé et reviendra à Usseau.

La rencontre d’Albert et Gabrielle
A Verdun, dans les tranchées, il avait rencontré Emmanuel Prunier. Étant originaires de la même région ils deviendront très vite amis.
Après l’armistice et de retour dans leurs foyers, les deux copains ne s’oublieront pas. Habitant à quatre kilomètres l’un de l’autre, ils s’inviteront régulièrement à déjeuner pour évoquer leurs souvenirs. C’est lors d’un de ces repas, en 1919, que leurs deux enfants, Albert et Gabrielle, à peu près du même âge, feront connaissance.

Au début il y eu quelques échanges de cartes bien timides.
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| Carte d’Albert pour Gabrielle |
Mais très vite ils tomberont amoureux. Ce seront les fiançailles puis le mariage le 20 Juin 1920.
Le mariage
| Albert et Gabrielle |
| Photo de famille Au centre, Albert et Gabrielle entourés de leurs parents. |
Les jeunes mariés s’installèrent au Logis, et Albert cultiva les terres avec Eugène, son beau-père, tandis que Gabrielle s’occupait des animaux de la ferme : cochons, vaches, volailles… Il y avait de quoi faire !
La mère de Gabrielle : Alina, excellente cuisinière, préparait les repas pour toute la famille.
9 mois plus tard, le 30 mars 1921, naissait leur fille, Irène, qui racontera plus tard sa vie à La Foye lors de la guerre 39-45.
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| Irène à 5 mois |
| La paire de bœufs devant l'écurie |
La coutume était que toutes les générations vivent ensemble, il n'y avait pas de maisons de retraite. Chacun aidait comme il pouvait. Tout le monde était occupé comme on peut le voir sur cette photo prise devant la charrette en 1932.
De gauche à droite : René Braux (petit berger), Gabrielle Prunier et la biquette, Irène Prunier, Louis Vinatier (assis), Alina Vinatier, Augustine Prunier, Eugène Vinatier. Derrière : Albert Prunier, Emmanuel Prunier, Julien Vinatier, |
| Plus tard, en 1936 devant les écuries :Eugène Vinatier à gauche, Albert à droite. |
| Albert avec Françoise B, une réfugiée, dans les bras et la jument Lina. |
| Départ pour ramasser le foin. Sur la faucheuse :Albert. |
| Eugène en train de donner du grain aux oies. |
| Devant le porche Assise : Irène. Derrière Augustine en cuisinière. Dernier rang : Albert, Gabrielle, Eugène et Alina. |
| Albert,Roger Thomas (réfugié ), et Irène pendant la guerre de 40 |
Les battages
Battages au Logis. De gauche à
droite : Jacky Cacault, Robert Pied, Jean Ploquin, Henry Souché, Claude
Roche, Jacques Morin, Jacques Sauvaget, Maurice Decemme, Mme Gaborit, Max
Chatain. |
Pour le déjeuner, tout le monde, l’équipe des battages et la famille étaient réunis. C’était ue véritable fête.
Au premier plan : Augustine Prunier, Alexandre
Morisson. Derrière, Irène, et au fond Albert qui sert le vin. |
| Albert et Gabriel, et un petit fils |
Heureusement sa mère et sa belle-mère, également excellentes cuisinières, étaient là pour l’aider.
| Les deux arrière grand-mères, Augustine Prunier et Alina Vinatier. |
| Maurice Decemme |

D’un caractère très facile, il ne se plaignait jamais. Il habitait une petite chambre de l’autre coté du porche à La Foye. Le dimanche matin c’était la grande toilette, et il nous arrivait d’aller le voir se raser. Parfois, le dimanche après-midi, on le rencontrait aux balades des environs. Il tirait à la carabine ou achetait des babioles.
La fin de la ferme à La Foye.
Elle ira habiter à la Marzelle chez sa fille, Albertine, ou elle décèdera trois ans plus tard, en 1962.
Augustine, "Titine" à la Marzelle
Pour Albert, qui avait 62 ans lors de la mort de sa femme, le cœur n’y était plus et il commençait à se sentir fatigué, d’autant plus qu’il faisait de l’emphysème, ce qui le gênait pour respirer. N’ayant personne pour reprendre la ferme, il lui fallait se résoudre à arrêter l’exploitation.
A La Foye, Albert s’occupait du jardin potager qui se situait derrière la maison.
Il continuait aussi à s’occuper de ses vignes, celle du « Champ -Berlin », et celle des Loges.
Et il y avait aussi les rencontres avec son compère Raymond Drut, le mari de Juliette Drut, et père de Jackie
| Les deux compères, un après-midi d’hiver au Logis. |
| Leur tombe au cimetière de La Foye |
A chaque fois, Albert passait dire bonjour à sa sœur Albertine, et à son beau-frère, Auguste.
Irène Prunier, sa fille, s’en souvient :
Là en arrivant je rencontrais ma grand-mère « Titine », c’est comme cela que l’on appelait Augustine, et ma tante Albertine qui était aussi ma marraine. Elle était célibataire et me gâtait énormément.
Avec eux trois, j’étais une petite princesse. J’allais me promener au bord de la rivière dans le marais, et aussi conduire les vaches aux champs. L’été j’allais faire trempette dans le mignon aux eaux claires. Grand-père qui était un poète qui s’ignorait, me faisait écouter le vent souffler dans les grands peupliers, et me racontait plein d’histoires, comme celle de la source au milieu de la prairie qui alimentait un bras du Mignon. L’été on y puisait de l’eau et l’on y mettait les bouteilles à rafraichir. J’ai plein de souvenirs merveilleux de mes séjours à La Marzelle ».
L’hiver, la pièce principale qui faisait office de cuisine et de salle-à-manger, était chauffée par deux pauvres tisons dans la cheminée. De plus la porte d’entrée restait ouverte quelque soit le temps pour laisser entrer les chiens. Heureusement il y avait la cuisinière à bois, presque toujours allumée, sur laquelle on faisait le café et mijoter les plats.
Au dessus de la cheminée trônait le fusil de chasse. Il en avait commandé un nouveau modèle à « Manufrance », la manufacture de Saint-Etienne, et il était fier de nous le montrer. On adorait regarder l’épais catalogue qui contenait tant de choses extraordinaires.
A coté deux chambres en enfilade, dont l’une que l'on occupait. Pas de chauffage, je me cachais sous l’édredon de plumes pour me réchauffer. Le matin le broc d’eau était pris dans la glace et les vitres recouvertes de givre.
Peu importe, La Marzelle c’était l’aventure et l’on s’y sentait bien. Albertine nous gâtait avec ses gâteaux et ses fromages de chèvre frais ou bien sec, et Auguste avait toujours une bonne histoire à nous raconter.
L’hiver le Mignon débordait et le marais était inondé, il fallait mettre les bottes. Dès le printemps, Auguste posait ses nasses en osier, les « bottes », qu’il confectionnait l’hiver pour attraper des anguilles.
A pâques, j'allais avec lui faire le tour des « palisses » pour y débusquer les premières morilles, ce qui valait au retour des omelettes d’anthologie.
J'aimais accompagner Albertine chercher des œufs, ou je la regardait faire son beurre à la baratte. Elle le mettait ensuite dans un moule en bois ouvragé. Lors du « quatre heures » j'avais droit à une tartine recouverte de beurre avec un morceau de chocolat. Quel régal !
Auguste avait le béret vissé sur la tête et la cigarette au bec. Été comme hiver, il portait ses bottes en caoutchouc. Il ne les enlevait le soir que pour entrer dans le lit. Pas de chaussettes, il les confectionnait avec des bouts de toiles coupés dans des sacs de blé.
| Auguste Bernard et ses éternelles bottes. |
Certains dimanches nous y étions invités à déjeuner, après la traditionnelle partie de chasse dans les champs autour de La Marzelle. L’invitation avait été effectuée par un échange de cartes postales, pas de téléphone à l’époque. J'aidais Albertine à préparer le repas. Presqu’à chaque fois c’était le traditionnel poulet rôti ou bien le Lapin en cocotte. Les bouteilles avaient été mises au frais dans la fontaine qui alimentait le Mignon
Photo de mauvaise qualité, impossible de reconnaître les personnages. On y voit les chiens de chasse, la pompe à coté du seuil ou l’on puisait de l’eau. Elle faisait office de salle de bain, avec un broc d’eau dans les chambres.
Albert et Albertine sont enterrés dans le cimetière de La Foye.
Un terrible incendie
Irène raconte :
Le jeune domestique agricole occupait une chambre aménagée dans le grenier. Il aimait beaucoup lire le soir au lit, à la lueur d’une bougie évidemment, bougie qu’il a dû laisser allumée toute la nuit. Et le matin en se levant, il rabattit les couvertures sur la bougie, sans le savoir. Et c’est ainsi que le feu se propagea. Mon grand-père étant souffrant ce matin là était resté au lit, mais de la fenêtre il vit des étincelles et des flammes qui sortaient du grenier. Il se leva et sortit juste à temps, le plafond s’effondrait déjà.
Grand-mère, ma tante, et le petit domestique, étaient occupés dans les écuries. Ils sortirent vite aux appels de mon grand-père. Quand ma grand-mère vit sa maison brûler elle tomba raide faisant une attaque cérébrale qui la mit dans le coma plus d’un mois. Elle en sortit complètement traumatisée. N’ayant plus de quoi loger, ils vinrent vivre tous les trois à La Foye et s’installèrent dans la petite maison du bout.
Le lendemain, retournant sur les lieux, mon père n’emmena avec lui. J’ai un horrible souvenir de cette maison brûlée. La fumée s’échappait encore des murs calcinés. J’ai encore dans les narines cette odeur de brûlé, surtout des haricots que mes grand-parents entreposaient au grenier après la récolte. Plus rien du beau buffet dressoir qui se tenait dans la cuisine avec sa belle collection d’assiettes anciennes. Ils avaient l’habitude comme beaucoup de personnes de cacher les papiers importants entre les piles de draps. Quand le pompiers et voisins vinrent en aide, on déménageât une armoire remplie de draps. Titres et argent disparurent, pas pour tout le monde, bien sûr.
La maison fut reconstruite et louée à un fermier, mes grands-parents ne voulant plus y revenir »
La « colique rouge »
Son fils, Alphonse, avait été réformé à l’armée pour bronchite chronique. En Juin 1922, il avait épousé à Vallans, Lucienne Sarrazin, une fille d’agriculteur, et avait repris la ferme. Sa mére Clémence (1868 - 1937) à présent veuve, ira vivre chez eux. Ils auront un fils, Marcel (1929 – 1995).
Irène se souvient : « J’avais alors 4 ans. Mais j’ai gardé en ma mémoire une scène qui m’avait frappée. Le jour de l’enterrement d’Alexandre, alors que tous les autres membres de la famille assistaient aux obsèques, c’était mon arrière grand-père François, que j’appelais « Pépé papier », qui me gardait. Il m’appelait « Sirène ».
Fatigué, anéanti par la mort de son fils, il n’avait pû y assister. Alors que tous les deux nous étions assis sur un tronc d’arbre dans le pré, le corbillard passait sur le chemin. « Pépé papier » me dit : Tu vois Sirène, c’est mon drôle qui s’en va dans cette charrette. Ne comprenant pas grand-chose à la mort, le voyant pleurer, j’avais compris cependant que c’était très triste. J’en garde le souvenir.
Quelques semaines plus tard, Pépé François s’éteindra à la Barbée, à l’âge de 92 sans jamais avoir été malade auparavant. Il était resté très leste malgré son âge. Le matin il fut tout surpris d’être obligé de s’assoir pour enfiler ses chaussettes. Le soir même il était mort ». C’était le 7 juin 1924.
En fait il s’appelait Marie-Julien Prunier (1831-1924) mais tout le monde l’appelait « François », comme son père.
Il serra enterré au cimetière de La Foye






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