Le journal des tribunaux du 13 Septembre 1855 nous relate l'audience de la cour d'Assises de Niort du 5 Septembre 1855.
L’intérêt qui presque toujours s'attache aux accusations d'infanticide, en raison, le plus souvent de leur jeunesse, de leurs larmes, de leur repentir et du mobile qui les a poussé au crime, fait complètement défaut dans cette affaire, à la femme qui vient de s'assoir aujourd’hui sur le banc de la cour d'Assises.
L'accusée, Marie Giraud, veuve Hérissé, est une femme de 39 ans, aux trais durs, à la parole ferme, et qui donne aux jurés les détails pour lesquels elle est poursuivie, avec un calme et et un sang-froid incroyables. Il y a 5 ans que la femme hérissé est veuve. Depuis cette époque elle a eu trois enfants, dont deux ont été exposés à l’hospice de Niort, et c'est sur le troisième qu'a été commis l'infanticide qui lui est reproché. Le père de cet enfant est, suivant la clameur publique, le beau-père même de l'accusée.
A tous ces détails et à tous ces antécédents défavorables, vient se joindre un souvenir qui, rappelé au commencement de l'audience, assombrit encore d'avantage cette affaire si triste.
Le père de l'accusée est mort sur l'échafaud.
C'est contre cette femme, que l'on connait maintenant, qu'a été rédigé l'acte d'accusation qu'on va lire :
La veuve Hérissé, autrefois domiciliée commune d'Usseau, demeurait depuis Noël à La Foye Monjault, en qualité de domestique chez une dame Sauvaget.
"On s’aperçut quelle était grosse, quoiqu'elle cherchât à dissimuler son état. Elle attribuait sa grossesse à une maladie dont, disait-elle, elle avait déjà été affectée. A force de donner cette explication elle avait fini par convaincre la femme Vien de La Foye qu'elle fréquentait et qui ne manqua pas de combattre l'opinion accréditée dans le public au sujet de la grossesse de l'accusée.
Enfin les apparences de grossesses disparurent, et bien que la femme Hérissé eut pris la précaution de ne produire que graduellement pour les yeux qui l'expiaient une diminution d'ampleur, on conclut qu'elle devait être accouchée et le bruit se répandit.
La justice fut informée.
Interrogée sur sa grossesse et son accouchement, l'accusée s'empressa de nier. On la visita et l'on reconnut qu'elle était accouchée depuis quatre semaines.
Des recherches furent faites dans les fosses d'aisance de la maison qu'elle habitait. On y trouva le cadavre d'un enfant nouveau-né.
Le résultat de l'autopsie du corps de l'enfant fut qu'il était venu à terme, bien constitué, qu'il avait respiré et vécu, et qu'il avait été étranglé pendant la vie. Il se trouvait, en effet, autour de son cou, un lien formant un double tour, fortement serré.
En présence du cadavre, la veuve Hérissé avoua tout : elle reconnut qu'elle avait étranglé son enfant après l'avoir laissé crier environ une heure, et qu'après l'avoir fait mourir ainsi, elle l'avait jeté dans la fosse d'aisance.
Toutes les charges de cet acte d'accusation sont entièrement justifiés par le débat. Le jury déclare la veuve Hérissé coupable, admet toutefois en sa faveur des circonstances atténuantes, et la Cour prononce contre elle la peine d'es travaux forcés à perpétuité.
Le siège du ministère public était occupé par M.GELINEAU, procureur Impérial,
Me MORAND, avocat, défendait l'accusée.
Elle fut condamnée à perpétuité et incarcérée à la prison de Vannes (Morbihan, rue d'Auray), ou elle décéda en Juillet 1868 à l'âge de 52 ans.
A Vannes, la rue d'Auray sera renommée plus tard rue Saint-Yves, puis aujourd'hui rue Hoche)
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