Le prieuré


Le prieuré de la Foye dépendait depuis le XIIe siècle des bénédictins
de l'abbaye de Montierneuf (illustrée ci-dessus), sise à Poitiers.

À la veille de la Révolution, l’activité agricole de la paroisse était encore dominée par le prieuré, même s'il n’avait plus la même importance qu’au moyen-âge. Ce modeste monastère, autour duquel s’était construit le village, avait été incendié à plusieurs reprises au cours de l’histoire, dont une dernière fois en 1569 lors des guerres de religion.

Ce qui subsistait des bâtiments monacaux pouvait loger jusqu’à quatre moines, mais le prieuré n'en compta jamais guère plus de deux. Les Bénédictins avaient le crâne rasé ou tonsuré à la romaine et portaient l’habit noir, avec scapulaire et ceinture. Ils officiaient sous l’autorité d'un prieur (abbé), qu'ils ne voyaient que rarement, et célébraient quotidiennement la messe à l'église du village. La Règle de Saint-Benoît leur imposant le silence, ils communiquaient par signes et, outre la lecture et la prière, travaillaient de 4 à 6 heures par jour.

Depuis 1763, ils avaient oeuvré au côté du curé Bory. Disposant des vignes du prieuré, ils veillaient à l’entretien d’un cellier, aidés en cela du tonnelier Pierre Lamiaud. Le prieuré employait par ailleurs deux domestiques, Jean Boucher et Françoise Rousseau, ainsi qu'un meunier, Pierre Rousseau, père de ladite Françoise. Celui-là opérait le moulin à vent appelé « l’ancien » car datant du moyen-âge.

À l'image de nombreuses congrégation en France à cette époque, l’abbaye de Montierneuf, de laquelle dépendait le prieuré, était en déclin. En 1788, les moines qui résidaient encore à la Foye furent rappelés à Cluny [1]. Quant au prieur, les abbés successifs qui remplissaient cette fonction ne résidaient plus dans la paroisse depuis longtemps [2]. En décembre 1783, le noble Jean-Chrysostome-Louis Müller, chanoine de Wissembourg [3], avait racheté la charge du prieuré à Antoine-Louis Lambert, lui-même abbé commendataire de Montierneuf demeurant à Paris [4].

Müller continuait ainsi de toucher la dîme bien qu’il résida en Alsace. Si jusqu'alors certains abbés commendataires avaient fait de courts séjours au prieuré, lui n’entretint jamais la moindre relation avec les paroissiens, pas même avec le curé ou les notables du lieu. En son absence, des fermiers généraux assuraient la gestion du domaine et de ses dépendances. Ceux-ci comprenaient deux logis pour les moines, un cellier (une cave avec voûte d'ogive), huit fermes [5], le bois de la Foye d'une superficie de 330 hectares, des coteaux plantés de vignes, un pressoir, des chais, un four banal et le moulin précité.

Les fermiers lui reversaient chaque année la majeure partie des bénéfices. Comme la Foye-Monjault était à la fois une châtellenie et un prieuré placé sous la juridiction des bénédictins, Müller cumulait la dîme et les taxes seigneuriales, comme le terrage et les banalités, ainsi que les profits résultant de la vente des blés et du vin de ses fermes et vignobles. Ses revenus étaient estimés à plus de 10 000 livres par an, une somme appréciable, quasiment exempte d’impôt [6].



Estimation du plan médiéval de l'ancien prieuré avec ses remparts.
Quelques affaissements de terrain à l’ouest et à l’est font penser à des douves.
À l'ouest, l'un des vestiges des remparts du prieuré encore visible aujourd'hui.


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Notes
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[1] Cette évolution reflétait celle de la majorité des institutions ecclésiastiques sur l'ensemble du royaume. Après s'être accaparée les positions les plus lucratives, une partie de la haute noblesse, éprise des philosophies modernes, était devenue athée. Le manque de rémunération, le mépris du bas clergé et de la foi par les élites avaient fini par décourager les vocations, comme en témoigne Taine : « …dans tel couvent dix-neuf moines au lieu de quatre-vingts, dans tel autre quatre au lieu de cinquante, nombre de monastères réduits à trois ou deux habitants et même à un seul ; presque toutes les congrégations d’hommes en voie de dépérissement ; plusieurs finissant faute de novices. » [Taine, Les Origines de la France Contemporaine, Tome II, La Révolution : l'Anarchie, p240]   [<-]

[2] Le premier abbé commendataire avait été Jean de Châteauneuf en 1471. Abbé de Montierneuf, il avait pris le titre de prieur de la Foye afin de cumuler les rentes.   [<-]

[3] Lié à cette famille.   [<-]

[4] Abbé de Montierneuf et prieur de la Foye dès 1770. Prêtre licencié en théologie de la Maison et Faculté de la Sorbonne, où il semble qu’il enseignait, résidant « en l’hôtel de la Maison de La Sorbonne » dans la paroisse de Saint-Germain-L'Auxerrois à Paris.   [<-]

[5] Dont celles de Sainte Geneviève, de Verinne et de la Mirauderie.    [<-]

[6] Les revenus du clergé étaient exempts d'impôts royaux, comme la taille, mais au sein de l'église le chapitre de Cluny prélevait 20 livres sur ce montant, ce qui faisait du prieuré de la Foye le plus taxé du Poitou. La somme importante constituée par la dîme explique que cette charge fut très recherchée, et source de manœuvres politiques lors de la nomination des prieurs.    [<-]


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